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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 06:48

 

Si près de l'origine.

 

Capture1 


 

 

 

     La pièce est dans le gris, à mi-chemin du jour, de la nuit. Juste une émergence. Le corps y est à peine perceptible, comme une parole qui ne parviendrait  à se dire, une écriture à tracer ses signes. Indistinction native, essentielle ambiguïté, refuge dans l'indicible. Simple forme inatteignable, tellement la  source est éloignée, hors d'atteinte. Tout en haut, le dôme de lumière semble incliner à une manière de spiritualité ou à une idéalité qui aurait emprunté, pour se manifester, le recours à la métaphore. Tout en bas, si près d'un possible fondement, l'effigie humaine se fond dans le sol dont elle semble constituer le naturel prolongement.

  Image silencieuse à force d'économie, de rareté, de simplicité. Jamais la photographie n'est mieux servie que dans cette approche de l'essentiel, du sublime, d'une temporalité unique et sans doute non duplicable. Jamais cette figure ne se reproduira identique à elle-même. Jamais de double, de réverbération qui viendrait en atténuer la troublante signification. Image silencieuse, disions-nous, image secrète qui garde en elle ce dont elle est porteuse, comme une icône à n'exposer qu'à un regard compréhensif, prêt à accueillir ce qui pourrait se dire de plus pur touchant l'être, son essence. Une divulgation minimale, une approche seulement. Car la recherche d'une supposée origine ne peut se faire qu'à l'aune d'une discrétion, d'une progression sur une ligne de crête. Entre adret et ubac, entre lumière et ombre, vérité et mensonge.

  La clarté de l'aube, sa symbolique de passage, de médiation, sa survenue immédiatement après la dissipation de la nuit alors que le jour commence à paraître, nous est délivrée telle une subtile offrande ouvrant à quelque compréhension, à quelque intellection. Mais revenons à cette image, à son corps signifiant. A ce dernier, nous pourrons attacher de multiples interprétations, tracer des esquisses, toutes justes, toutes fausses. Tout, dans le fond, est problème de subjectivité, de regard singulier porté sur les choses. Jamais assurés de rien, pas même de notre progression sur le chemin existentiel.

  Le centre de l'image est habité par une conque d'ombre où se devine, à peine, l'arrondi d'un sein, objet nourricier par excellence. Ne doit-on en déduire qu'il nous devient presque impossible de nous abreuver à cette source, à investir cette douce et accueillante ambroisie maternelle ? Un peu comme si notre venue au monde provenait de cette manne obscure dont notre angoisse constitutive serait la plus pure illustration ? Et ce bras enveloppant la tête, cette main agrippant les cheveux, cette position purement  fœtale, ne viennent-ils pas nous dire la douleur de la parturition, la venue au jour d'un Existant à peine issu des ténèbres ? Et cet Existant est-il vraiment séparé de nous, autonome, tellement différent de notre propre silhouette que nous pourrions le confier à son sort, sans plus ?

  Mais cet Existant, n'est-il pas simplement notre intime réverbération ? Ne sommes-nous pas assignés à une identification qui ferait de notre être le sujet découvrant soudain l'immense lumière du monde ? Alors nous serions nés à nous-mêmes dans le sentiment d'une somptueuse révélation en même temps que destinés, par nature, au manque, à la perte, à l'abandon de ce qui nous abrita et que, toujours, à notre insu, nous rechercherons comme une utopie dans laquelle nous  fondre à jamais.

  N'y aurait-il pas alors comme un vertige, une douleur, un éblouissement en même temps que la prodigieuse révélation de l'arche existentielle en ses infinies potentialités ? Pouvons-nous nous abstraire du spectacle dont l'image est révélatrice, laisser s'ouvrir un genre de fable qui nous concernerait si peu ? Certes nous le pourrions à la mesure du reniement de notre essence humaine. Ce corps infiniment présent, cette hypothétique naissance, cette infinie tension par où se révèle à nous l'esquisse de la déréliction, nous-mêmes les Voyeurs de l'œuvre, tout ceci joue la même partition. Nous n'avons pas d'autre parcours, de fuite possible.

  Pensant que cette photographie nous révélerait un monde à partir duquel nous pourrions échapper à notre condition même, gagner une liberté supplémentaire, nous avions seulement fait  le pari d'un ressourcement hors de notre portée. Notre liberté s'inscrit totalement, irréductiblement, dans les frontières de notre propre exister.

  Cette image, comme toute image, pose plus de questions qu'elle n'en résout. Et c'est bien parce qu'elle va à l'essentiel qu'elle se comporte de cette manière. Cependant le jeu de la polysémie reste ouvert. Nous seuls avons alors les cartes en mains !

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Published by - dans PHOTOSYNTHESES

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