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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 06:37

 

Pure lumière du jour.

 

5-copie-1 

Photographie : Naïade Plante.

 

@Naïade Plante/ www.naiadeplante.com

 

 

Petite incise :

8-copie-1 

 

 

 

Cette photographie, prise à l'occasion d'un festival d'art à Bombay en 2012

met en scène des Elèves de la Salam Bombay Fondation.

L'article ci-dessous ne cherche nullement à relater en quelque façon

la dimension humanitaire du projet, bien que la considérant essentielle.

Il se contente d'aborder, d'une façon relativement autonome,

le problème de la BEAUTE.

 

 

 

    

     La beauté, par son caractère d'universalité, de pure évidence, nous pourrions l'aborder par le biais du silence. Alors il ne nous resterait plus, comme tâche s'essayant à la percevoir, que de voir,  regarder, contempler. Voir grâce au processus optique faisant son chemin vers les aires perceptives. Regarder en tant que progrès  de la conscience prenant acte de ce qui se dévoile. Contempler, c'est-à-dire mettre notre âme en conformité avec l'âme du monde. Un face à face où le Regardé et le Regardant se rencontrent dans une manière de relation fusionnelle. Car il ne saurait y avoir d'échappatoire. La beauté est une brûlure, une incandescence à laquelle nous ne pourrions  nous soustraire qu'au risque de nous absenter de nous-mêmes. Ne pas la voir et plus rien ne signifie ou bien à titre d'égarement, de perdition, de chute dans quelque abîme. La peur, la famine, la guerre ne sont que les figures d'un tel abandon. C'est parce que nous ne savons plus décrypter ce qui nous fait signe vers un fondement que nous sommes remis à nous-mêmes dans un genre d'effroi et, ce simple fait, nous renvoie à notre propre invisibilité.

  Être visible, n'est que cela : ouvrir sa conscience à la beauté du monde et s'y adonner sans retenue. Là où la beauté fait ses enroulements esthétiques, là où se révèle une éthique - les deux sont indissociables -, surgit au plein jour ce qu'il y a à comprendre, à espérer, à mettre en œuvre. Car tout est problème de compréhension;  il y va de l'intelligence du monde, de la considération de l'altérité, de la révélation des choses de la nature qui entretiennent un langage qu'il est urgent de déchiffrer. Ainsi le beau paysage - la longue mesa d'argile rouge, la colline souple de la dune, les arêtes bleues des grands icebergs -, s'adresse à nous selon une généreuse géopoétique dont nous devons être les gardiens attentifs. Il faut nous exercer à entendre et entretenir ce "chant de l'eau" tel qu'il apparaît chez le peuple nomade vivant dans les plaines du Mali, là où coule le majestueux Fleuve Niger. Pays dont le Poète Peul Kurka nous dit qu'il est

  "un paradis terrestre où la beauté de l'homme vient rehausser celle de la végétation".

  Car tout signifie à être seulement relié. Le palmier se balançant dans le vent est le miroir dans lequel l'homme se reflète comme s'il était une simple conscience végétale, une efflorescence suspendue entre ciel et terre. Le palmier n'est palmier qu'en face du regard de l'homme. La Jeune Indienne n'est ce qu'elle est qu'à l'aune de l'intérêt que nous lui portons. Tout joue et se réverbère sur la courbure du monde selon l'inclinaison réciproque des consciences. Il existe une conscience de la terre, de la mer, de la feuille, du ruisseau, du pays d'Afrique dont Amadou Hampâté Bâ nous dit dans une si belle langue  qu'il est une :

  "Mésopotamie soudanaise où, à la crue, réfugiés sur leurs taupinières d'argile, les villages sont des îles semées sur un océan d'herbe et d'eau".

  Magnifique confluence de l'homme, de l'eau. Comment mieux dire cette ode vivante que le Peul adresse, par sa façon d'être, à l'environnement qui le façonne, dont il est un fragment à part entière, une image indissociable ? Grande beauté des peuples simples demeurés en contact avec ce qui les définit, les porte, les installe dans un verbe poétique dont la magnificence n'est que le reflet de ce cosmos dont nous sommes environnés, souvent à nos yeux défendant. Il nous faut nous déciller et nous diriger vers l'amont de la perception où s'origine le poème du monde.

  Mais il est temps de revenir à cette Jeune Indienne - dont nous ne nous étions éloignés qu'en apparence - essayant de trouver en elle ce merveilleux lexique dont son effigie nous fait l'offrande. Nous disions la possibilité du silence à annoncer la venue de la beauté. Sans doute. Mais quelque chose nous intime de correspondre à notre essence et de confier à la parole ce qui, par inclination naturelle, pourrait s'y dévoiler. Mais dans l'ellipse afin de ne pas se soustraire à une nécessaire modestie du dire. La beauté est d'une telle amplitude et, soudain, nous sommes comme interdits, reconduits à une mutité ou, à tout le moins, à une discrétion. Regardons l'image et laissons-nous aller à son langage intime, de la même manière que nous nous confierions au déploiement d'un paysage.

  Une brume est au fond qui fait sa couleur d'aube. Rien n'est encore sorti des plis de la nuit, sauf trois silhouettes à contre-jour. Deux à peine lisibles, comme pour incliner notre vision, là, au centre, sans doute dans quelque chose d'essentiel. C'est d'abord le regard  qui nous attache, nous fascine. Deux lunules de clarté posées sur l'eau d'un lac aux reflets sombres. Du mystère, mais dans la candeur, dans l'innocence qui précède l'âge nubile. L'âge ambigu retenu sur les rives de l'enfance alors que, déjà, s'annonce la presque maturité, peut-être le fardeau sous lequel il faudra se ployer et accepter le destin. Puis nous sommes soudain placés au centre du regard, sur le point exact du bindi en forme d'abeille, énigmatique parure d'or qui semble être le langage crypté et profond du troisième œil, cet appel mystique dont chaque Indien est, par nature, l'insondable réceptacle. Bientôt, à sa place, la goutte carminée de la poudre de kum-kum, comme pour dire la flamme du regard intérieur, la longue coruscation de la conscience. Tout en haut, la colline bombée du front repose sous un arceau couleur d'ébène sombre, pareillement à une forêt tropicale envahie d'ombre alors que l'ovale des sourcils et la courbure inférieure des yeux s'adoucissent dans des teintes de cendre. Puis les joues à peine colorées, semblables à une pierre de lave qu'une lumière inventive viendrait effleurer de sa palme avant que le jour ne paraisse dans le ciel lavé des pensées nocturnes. L'arête du nez, elle, vient compléter l'harmonie en un trait symétrique seulement présent à affirmer l'équilibre du visage, comme une ligne de crête entre adret et ubac. Et les lèvres, couleur de rose ancienne, il nous semble en sentir la douce fragrance à seulement les observer; les lèvres qui, bientôt, s'ouvriront sur les fleurs infinies du langage, modulations pareilles au son grêle et enjoué du sitar. Enfin l'ovale du visage enserrant en un même creuset cette supplique adressée à la beauté dont nous souhaiterions qu'elle fût éternelle. Sans doute l'est-elle, à la mesure de ce que nous sommes prêts à lui accorder l'espace d'un regard. Il ne saurait y avoir de plus beau poème.

 

 

 

 

 

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Published by - dans PHOTOSYNTHESES

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