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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 15:16

 

LETTRE XLVI.
Lyon, 2 août, VI.

Quand le jour commence, je suis abattu, je me sens triste et inquiet ; je ne puis m’attacher à rien ; je ne vois pas comment je remplirai tant d’heures. Quand il est dans sa force, il m’accable ; je me retire dans l’obscurité, je tâche de m’occuper, et je ferme tout pour ne pas savoir qu’il n’a point de nuages. Mais lorsque sa lumière s’adoucit, et que je sens autour de moi ce charme d’une soirée heureuse qui m’est devenu si étranger, je m’afflige, je m’abandonne ; dans ma vie commode, je suis fatigué de  plus d’amertumes que l’homme pressé par le malheur. On m’a dit : Vous êtes tranquille maintenant.

Le paralytique est tranquille dans son lit de douleur. Consumer les jours de l’âge fort, comme le vieillard passe les jours du repos ! Toujours attendre, et ne rien espérer ; toujours de l’inquiétude sans désir, et de l’agitation sans objet ; des heures constamment nulles ; des conversations où l’on parle pour placer des mots, où l’on évite de dire des choses ; des repas où on mange par excès d’ennui ; de froides parties de campagne dont on n’a jamais désiré que la fin ; des amis sans intimité ; des plaisirs pour l’apparence ; du rire pour contenter ceux qui bâillent comme vous ; et pas un sentiment de joie dans deux années ! Avoir sans cesse le corps inactif, la tête agitée, l’âme malheureuse, et n’échapper que fort mal dans le sommeil même à ce sentiment d’amertumes, de contrainte et d’ennuis inquiets, c’est la lente agonie du cœur : ce n’est pas ainsi que l’homme devait vivre. (...)

 

                                                                                   Source : Wikisource.

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