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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 09:15

 

Nous sommes un arbre levé dans l'azur.

 

 

arbre 

Photographie : Blanc-Seing.. 


  Le retour aux sources, là où nous sommes nés à nous-mêmes, sur une terre nourricière, près d'un paysage fondateur, dans la vibration d'une culture particulière, ce retour, ce cheminement tiennent d'une féerie en même temps qu'ils signent une douleur. Comment, en effet, ne pas éprouver d'émotion, ne pas ressentir en son tréfonds que ce sol que nous foulons, cette ville dans laquelle nous nous immergeons, nous habitent de l'intérieur de la même façon qu'un sentiment nous étreints et nous porte parfois à témoigner, mais dans la confidence, l'intimité. Dans ces moments précieux où l'unité de notre être se révèle, rassemblant en un même creuset les fragments épars de notre existence, l'oreille d'un ami est toujours une aide précieuse. Car seulement celui, celle dont nous avons gagné la confiance, pourront recueillir la pure gemme ourlant nos lèvres éblouies. C'est bien d'un éblouissement dont il s'agit, dont nous devons rendre compte, à nous-mêmes, d'abord, à l'ami ensuite, afin qu'une trace mémorielle subsiste après que l'événement sera passé.

  Tout individu, au cours de sa vie, a foulé quantité de sols, multiplié les rencontres, s'est ouvert à nombre d'expériences multiples et variées. L'existence comme un puzzle, le corps comme une diaspora. Tout nous sommes des êtres de partage, des êtres éparpillés en des milliers de menus hasards, des êtres livrés à un constant égarement. Alors nous cherchons comment sortir de cette condition schizophrénique, comment relier les parties éparses, trouver le miroir dans lequel notre vue pourra s'affairer à la synthèse, rassembler le divers afin que l'unité retrouvée, nous puissions nous remettre en chemin.

  C'est toujours en vue de rassemblement sur soi des significations que nous entreprenons ce retour vers la terre de nos ancêtres qui est aussi la nôtre, le lieu de notre enracinement, l'aire de nidification originaire où les conditions furent réunies qui participèrent à notre propre éclosion au monde. Car renier sa terre constitutive reviendrait à  saper les structures qui concourent à notre propre édification. Jamais l'abri ne saurait tenir sans ses fondations, jamais l'arbre croître sans la nappe rhizomatique qui l'assure d'un lieu, d'une assise, d'une parole s'ouvrant dans l'éther. Sans doute la métaphore de l'arbre, par sa riche symbolique, est-elle la mieux fondée à nous introduire à la compréhension de ce que nos événements premiers ont imprimé en nous de force, d'énergie, de volonté de paraître selon notre singularité. Car le-sol-pour-toi n'est jamais le-sol-pour-moi. Il y a certes des confluences, des parties communes, des participations  à la même poussière mais le trajet de la sève est unique qui pousse notre être à réaliser son essence.

  Ainsi, notre quête est-elle toujours reliée au paysage, au chemin qu'on parcourut autrefois, au brin d'herbe dans le creux du fossé, au caillou, à la fontaine que cache un tapis de verdure. Nous avons besoin de cette présence modeste mais nécessaire à la configuration de notre présence actuelle. Toute remontée vers la source - nous sommes des saumons -, s'inquiète d'une telle quête dont la chose ramassée sur le chemin d'enfance témoignera, faisant ses gerbes étoilées lorsque l'ennui surgira ou bien la détresse, laquelle, en dernière analyse, n'est que la perte de nos polarités essentielles. Sans amulette, sans encrier qui, jadis, nous servit à poser les premiers mots sur le papier, sans objet investi d'une aire magique, nous flottons infiniment dans les vêtures trop grandes du destin, nous nous égarons parmi la multitude identiquement au gyroscope fou.

  Afin de coïncider à la quadrature du monde, c'est à la nôtre qu'il nous est intimement ordonné de consacrer une partie de ce temps précieux, seulement justifiable à l'aune d'une urgence à nous y retrouver parmi la grande dérive existentielle. Les mémoires, journaux et autres biographies n'ont d'autre objet que de doter celui qui écrit d'une nécessaire boussole ontologique. Car de l'être, il ne saurait y en avoir qu'à la mesure d'une entente avec le monde, avec nous-mêmes en premier lieu. Ce premier lieu de notre naissance dont nous croyons toujours nous éloigner alors que nous sommes constamment  en orbite autour de ce qui fut l'étincelle première par laquelle une clarté put paraître et que, toujours, nous recherchons.

 

 

 

 

 

 

 

   

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