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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 07:48

 

Noire mélancolie.

 

 (Sur une image et un texte de

Pierre-Henry Sander).

 

 

 

L'écriture en partage. Facebook paraissant avoir pour vocation essentielle de favoriser le partage, le texte ci-après voudrait répondre à cette exigence. Manière d'écriture à 4 mains, d'entrelacement du texte de Pierre-Henry Sander avec le mien. Ecriture que prolonge une autre écriture dont nous souhaiterions que le lecteur s'empare afin de continuer la tâche entreprise.

Le texte en graphies rouges est le texte originel de son Auteur. Celui en graphies noires est mon apport personnel dont je souhaiterais qu'il soit perçu dans un prolongement tissé d'affinités avec cela qui fait sens et autorise ainsi la poursuite d'une mince tâche herméneutique. ]

 

 

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 Source : non identifiée.

 

 

 "Fatigué.. journée crépusculaire passée dans la stupeur.. chute mortelle au bord de flammes.. il me reste si peu de temps.. je me raccroche à mon passé comme à la vie.. Il me semble avoir assez vécu pour passer le reste de mon existence dans les rêveries, tisser les songes en forme de mots, rythmes et couleurs.. je sens et je m’accroche, l’œil délirant, tête enflée des sagesses accumulées à la recherche des reliques enfuies .. détails banals de bois piètrement sculpté.. vert.. gris.. triste.. et sans amour.."

 

 *********************

 

  "Fatigué.. journée crépusculaire passée dans la stupeur..rien ne fait signe qui pourrait me distraire de moi, me disposer à une saine activité, une promenade dans les bois, une lecture, un dessin sous la lampe blanche. Mais pourquoi ces ombres funestes, ce tourment permanent, ces immolations dans un temps de cendre et de lave ? Une pure perte de la conscience, un reniement de l'existence à venir. Plus d'horizon, plus de projet, sinon celui d'une sombre rumination. Parfois, au détour de mes pensées closes, alors que mon regard plane sur quelque objet insignifiant, je m'imagine arbre au tronc verdi, racine perdue dans les tumultes de la glaise, cheveux de rhizomes ne se reconnaissant même plus parmi la touffeur du limon. Le regard s'est aboli, a regagné une manière d'ombilic primitif, genre de graine refermée sur une impossible germination..

.. chute mortelle au bord de flammes.. car c'est de cela dont il s'agit, de combustion et de nulle autre chose. Vous aurez compris que ce feu dévorant n'est que la métaphore de l'âme en proie à ses convulsions. Mais, alors, y aurait-il, dissimulée sous cette image ignée, quelque remords, la connaissance d'un péché qui me hanterait depuis la nuit des temps, faisant ses mille voltes, rongeant mon corps à l'acide, attaquant la moindre parcelle de mon esprit ? Mes idées sont bien lentes, ces temps-ci, comme retenues en arrière, encagées, devant rendre des comptes. Cotonneuses, fibreuses, genre d'étoupe s'éteignant dans ses propres mailles, dans ses intimes complications..

  .. il me reste si peu de temps.. avant que je ne sombre dans un ennui définitif, une mélancolie sans fond. Oui, le vide, la porte ouverte sur le néant et le souffle froid du questionnement sans fin. Mais quel silence, mais quelle vastitude livrée à l'effroi, mais quelle désolation ! Le refuge de l'Ermite, à côté de mon existence sans relief, sans aspérité, serait l'image d'une pure félicité. Parfois, je me prends à rêver, placé en haut d'un météore, tout près du ciel lisse et bleu, planant dans l'azur, délivré de cette pesanteur terrestre qui attache continuellement à mes chevilles le boulet des incertitudes..

.. je me raccroche à mon passé comme à la vie.. bien disposé à ne plus me situer dans ce présent empesé, à la statuaire glabre, froide, marmoréenne qui fige mon sang, soude mes larmes, étrille la moindre de mes pensées. Et, du reste, suis-je encore disponible à des pensées, cela gire tellement autour de moi, pareillement à un sinistre vol de corbeaux et, écrivant ceci, me voici soudainement au milieu des volatiles endeuillés, vous savez, ceux de Vincent, aux alentours d'Arles, funeste présage de ce qui, à proprement parler, serait innommable, je veux dire la Mort. Car c'est bien de cela dont il s'agit, n'est-ce pas, l'existence n'est que cette perpétuelle marche sur place : attente; attente de l'attente et ainsi de suite, en abyme jusqu'à ce que..

 

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Source : Les Petites Echappées.

 

.. Il me semble avoir assez vécu pour passer le reste de mon existence dans les rêveries, tisser les songes en forme de mots, rythmes et couleurs.. et, au demeurant, que me restera-t-il à expérimenter que je n'aurais déjà vécu ?, puisque le passé seul me parle encore, manière de lointain sémaphore clignotant faiblement, agitant dans la brume ses bras pathétiques. Il ne reste plus que de cette sourde dérision qu'aura été mon existence, que quelques vocables épars, quelques sons dysharmoniques, quelques couleurs s'effaçant dans les mailles de l'oubli. Si atténuées, les couleurs, dans des pertes de rouille, de plomb, de reflets de zinc en chute sur quelque toit tutoyé d'incompréhension. Du noir, surtout, du noir dense, compact, lourd, tissu serré comme celui d'antiques momies. Du noir strié, scarifié, du noir lumineux, pareil à une lame, aux piquants d'une herse, aux tranchants des yatagans. De "l'outre-noir", vous savez, cette fameuse teinte métaphysique inventée par Soulages dans ses merveilleux polyptiques. Les regardant, nous ne sommes plus à nous-mêmes, nous ne sommes plus au monde, nous voguons déjà vers quelque Léthé mystérieux alors que l'Hadès est si proche avec ses flammes blanches..

 

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Pierre Soulages

 "Peinture 290 x 654 cm, Polyptyque, janvier 1997".

Source : Myriam.

 

.. je sens et je m’accroche, l’œil délirant, tête enflée des sagesses accumulées à la recherche des reliques enfuies .. et je doute que ces sagesses aient contribué en quelque façon à me rendre à moi-même dans une inclination à m'entendre avec le monde. Mais c'est bien plutôt le contraire qui a été ma réalité. A trop fréquenter Villon, Erasme, Rutebeuf  je n'en ai été que leur disciple en tragédie, la marionnette livrée à l'univers de leur déraison, le fou agitant ses clochettes et faisant sa gigue mortelle sur les scènes d'une vie avec ses oripeaux colorés qui, jour après jour, perdaient leur teintes bariolées jusqu'à devenir hautement illisibles. Ma vie ou bien ce qui en tient lieu, une usure du texte jusqu'à sa perte palimpseste, un chromatisme fou se réfugiant dans des catacombes cloîtrées, des sons si lointains qu'on les dirait de brume. Je suis dans la crypte existentielle étroite, cela ressemble à l'intérieur d'une très vieille église qui n'aurait plus ses officiants, livrée à une longue dérive, perdue à elle-même, dans des .. détails banals de bois piètrement sculpté.. on y reconnaît, vaguement, dans un triste clair-obscur une piéta éplorée, le corps du Christ lacéré, gouttes de sang accrochées au linge qui entoure ses flancs, visage griffé des ronces de sa jeune perdition, côtes saillantes sous la dernière respiration et comme un reflet de mon propre égarement, un écho à ma détresse constitutionnelle, mon image reflétée dans le tain piqueté du miroir.. .. vert.. gris.. triste.. et sans amour.."

 

 

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