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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 08:56

 

MORPHEE

 

Capture

 

 

                                                                                             NATIVEEMOTIONS - PHOTOGRAPHY

 

 

 

   "Morphée", nommons ainsi la belle encadrée,  la reconduisant seulement à n'être qu'une énigme entr'aperçue dans l'éclairement d'une fenêtre. Car nous ne saurions aller au-delà de ce que le jour effleure, révélant seulement un pur surgissement. La lumière est encore si peu advenue qu'elle porte en elle les traces insignes de la nuit. En elle plonge la chevelure d'ébène comme si elle voulait signifier une appartenance au passé. Cependant s'annonce une tension, un vacillant clair-obscur voulant dire, parmi  les heures  à venir, la prudente joie. Ce sont des pas si légers à l'entour des chambres closes qu'ils sembleraient résonner dans un bien étrange outre-monde. Mais qui est donc cette bâtisse qui dresse ses pierres angulaires, ses vitres brisées, ses lames de métal, sinon la figure de Cerbère lui-même interdisant l'accès de ce qui apparaît selon luxe, calme et volupté. Certes la couleur manque par rapport à Matisse, les personnages pluriels également, le paysage fait défaut et nous n'apercevons ni la surface pointilliste de la mer, ni les collines ménageant de somptueuses criques.

   Mais ce que la photographie semble refuser grâce à une économie de moyens, au recours à la palette étroite du noir et blanc, au modèle unique, au cadre serré, l'onirisme non seulement nous l'apporte mais le décuple. Car parfois les choses sont présentes dans leur effacement même. L'ovale du visage rayonne d'une fécondante lumière alors qu'un rayon vient  déposer son sceau dans l'arcade des sourcils, au lieu même de la spiritualité, manière de tilak dont les indiennes parent leur front d'une goutte de curcuma, symbole du soleil levant, en même temps que marque de séduction. Mais ici le cercle est écumeux, si peu perceptible qu'il semblerait faire signe vers une pureté qu'atteste la blancheur virginale. Le regard, lui, est plus sombre, plus mystérieux alors que la vision porte au loin, que l'arête du nez s'incline et la bouche doucement lovée sur elle-même révèle l'ivoire des dents. Tout, dans cette posture, nous incline à imaginer ce qui, s'occultant, ne demande qu'à être dévoilé.

  Au loin sont des brumes qui laissent dériver leurs écharpes parmi le couvert des arbres. Les chatons des saules, l'écorce cendrée des bouleaux s'agitent sous la levée de l'aube alors que la lumière commence à faire sortir de l'ombre un ruisseau pareil à l'ondoiement du mercure. Son cours est sinueux, paresseux, genres de méandres romantiquement pliés sur leur encolure, tels des cygnes reposant sur l'onde. Plus loin, des collines, à moins qu'il ne s'agisse de généreux tapis de mousse agrandis par la vision de la Rêveuse. Puis les chandelles des peupliers levées dans d'épaisses toisons d'ouate. L'heure native est si calme, rare, évanescente, qu'elle dispose à la rêverie, au songe sans fin, aux émerveillement de l'esprit, aux étirements souples du corps que, plus tard, les rayons du soleil viendront frapper de leur blanche réalité. Bientôt, pareille à la vitre brisée occultant en partie le bras de l'à peine Eveillée, le surgissement aura lieu qui entaillera le ciel de sa lame aiguë. L'ombre lumineuse et dispensatrice ne sera plus là qui protégeait, inclinait l'âme aux rêveries solitaires. L'argile fera ses lézardes sous les coups de boutoir des rayons obliques; les hommes, sur la Terre, dissimuleront leurs tremblantes épiphanies derrière des cache-nez, de hauts cols au fond desquels les anatomies travailleront à retourner dans leur nuit primitive, originaire, lieu du refuge jamais oublié. Car c'est ainsi, l'intervalle, le basculement, la pliure insérée comme un coin entre la nuit donatrice et le jour captateur est toujours le lieu d'une douleur, le territoire d'une effraction.

  Dans si peu de temps, Morphée sous la nuée des photons, parmi les tourbillons des grains d'argent et d'or sera devenue un pur mirage, un effacement d'elle-même, un puits ouvert au doute. L'espace agrandi dissimulera ce qui, dans la conque nocturne, s'était révélé, s'était éployé sous les efflorescences de l'imaginaire. La nuit, des battements de l'ombre, surgissent le carrousel des formes, la plénitude des idées, les esquisses qui tissent leur dentelle onirique aux cimaises des chambres. Seule la pénombre est disposée à porter Morphée sur les rivages où la vie se métamorphose en milliers de fragments, en myriade de cristaux, en hallucinations mescaliniennes, en déflagrations de la conscience, en mirages où le temps et l'espace n'ont plus que leurs propres frontières, transcendés qu'ils sont par l'octroi d'une sublime liberté.

  Nous arrêtant sur cette image, nous aurons accompagné Morphée dans son rêve jusqu'à la frontière de l'aube, limite au-delà de laquelle le voyage enchanté change de nature pour  se frotter à la peau rugueuse du réel. Alors, sur la courbe de notre mémoire, le rêve se poursuivra de multiples manières jusqu'à la prochaine image que déjà nous imaginons remplie des séductions nocturnes. Alors, de nouveau, il nous faudra, patiemment, laborieusement,  fendre la bogue et chercher le corail qui s'y dissimule. Notre volupté est à ce prix !

 

 

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Published by - dans PHOTOSYNTHESES

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