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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 09:21

 

Lumière noire.

 

Capture-copie-1

 

Sur un partage photographique de

José Jaminon - Facebook.

 Vers : SENSUALITY. 

 

 « Nuit qui me délivre des raisons des salons des sophismes,des pirouettes des prétextes, des haines calculées des carnages humanisés

Nuit qui fond toutes mes contradictions, toutes contradictions dans l'unité première de ta négritude. »

 Léopold Sédar Senghor - "Chants d'ombre".

 

 

     Disant "Négritude", déjà nous ne sommes plus sur la même planète. Déjà nous ne sommes plus dans la lumière du pur concept, dans la logique, l'explication. C'est ailleurs qu'il faut chercher. Ne pas rester dans l'enceinte des certitudes, des pensées exactes, du "Principe de raison". C'est d'une autre manière d'envisager les choses dont il faut nous doter. Et abandonner, d'un seul empan de l'imaginaire, toutes les vérités qui brillent habituellement au ciel de nos civilisations, souvent ivres de leur propre savoir. Toutes les cultures - la "Blanche" par exemple - pêchent par excès, par orgueil, et cette manière de "suffisance" dont elles sont affectées les conduisent nécessairement à la cécité ou, du moins, à une myopie réductrice. Le narcissisme est roi dès qu'il s'agit de dire la valeur de telle ou telle forme d'art, de tel événement précis de l'Histoire, de faire l'apologie d'un "Grand homme" dont le destin a éclairé tout un continent pareillement au sillage de la comète. Et c'est toujours de la même origine que proviennent les erreurs, les approximations, les images d'Epinal dont toute communauté humaine aime à s'entourer. C'est toujours d'une amplitude, d'un abus de clarté que naissent les problèmes. Comme si, en un point particulier de la planète, brillait avec l'éclat d'une gemme, une connaissance ultime, indépassable, en un certain sens : un absolu.

  Mais alors, si la clarté est source d'aveuglement, c'est bien dans l'ombre qu'il faut chercher une raison de se réconcilier avec de plus justes estimations. Certes l'ombre - celle dont nous parle Senghor - apparaît comme fondatrice de bien des silhouettes qui, jusqu'alors, étaient restées en retrait. Comme un secret qui, jamais ne se révèle mieux que lorsqu'il a longtemps été occulté. Et l'ombre est le domaine de la nuit, là où tout se dissimule dans un nécessaire recueil avant d'apparaître au plein jour : celui de la conscience. Il n'y en a pas de plus fécond.

Là, au cœur de la nuit, se dissimule le Poème. Car, jamais un dire essentiel - ce qu'il est toujours, le Poème  - ne saurait s'enlever d'un fond lumineux, exposé au regard, livré à la curiosité. Le Poème est, comme le cerneau de la noix, un simple repliement du sens sur lui-même. Pour le déceler, il faut percer la coque, patiemment, longuement et se retrouver, soudain, immergés dans cette "chair du milieu" (cette métaphore est riche de sens, mais nous y reviendrons dans une autre texte) qui, non seulement est la chair vive du Poème mais est  également la nôtre, intime, sensible, prête à accueillir ce qui veut bien s'y loger avec une charge de plénitude, une promesse de déploiement.

  La nuit est cette merveilleuse métaphore poétique - poïétique même au sens de "création" des anciens Grecs - la nuit est médiatrice de ce qui lui est confié : à savoir le secret, l'essentiel, l'originaire. C'est bien le jour qui surgit de la nuit et non l'inverse. Identiquement à l'éclosion de la fleur, c'est bien l'ombre qui est première, dense, souple dans les replis du calice, alors que pistil et étamines s'apprêtent à recevoir la pluie des phosphènes. C'est bien dans l'ombre chaude de la conque primitive que prend forme le fœtus qui, plus tard deviendra l'homme, le porteur de lumière sur les chemins de l'existence. Toujours la nuit comme référence première. Toujours la nuit pour dire son essentielle mission : nous rendre notre liberté. Nous rendre à nous-mêmes là où naît la source de ce qui nous installe dans notre singularité. Délivrés "des raisons des salons des sophismes, des pirouettes des prétextes, des haines calculées des carnages humanisés…", nous sommes reconduits à notre essence, celle-là même que toutes les manigances humaines, les mensonges, les avanies de toutes sortes nous avaient ôtée.

  Car, tout ceci, les manquements à être, ne  paraissent qu'au plein jour, dans les villes aux larges avenues, près du commerce calculé des hommes, sur les agoras où pullulent les discours insoucieux, sur toutes les scènes ouvertes aux comédies, aux tromperies, aux faux-semblants.

  Donc l'ombre, la nuit. Mais avons-nous parlé de la belle icône Noire dont la photographie nous fait ici l'offrande ? Nous paraissions en être si loin ! Et pourtant, c'est d'elle que nous avons parlé, mais nous en avons parlé comme d'une "lumière noire", ce qu'en réalité elle est, même si ceci nous échappe. Cette si belle épiphanie qui naît insensiblement de l'ombre, nous ne l'apercevons qu'à être cette tremblante lumière qui vient à nous dans la douceur, la simplicité, l'authenticité. Toujours les étoiles naissent de la nuit. Elles en écrivent le subtil Poème, elles nous font l'offrande de ce qui est à saisir du monde en son irremplaçable figure.

"Cette obscure clarté qui tombe des étoiles…", disait le Poète Pierre Corneille.

   De "Lumière noire" à "Obscure clarté", il n'y a que l'intervalle de l'oxymore chargé de nous dire en mode contrasté et imagé ce que, depuis toujours, nous dit la juste mesure de notre conscience. Toute beauté naît de la nuit, que la lumière révèle. Il s'agissait d'une pure évidence. Pareille à celle d'une sculpture d'ébène éclairée par la flamme du regard, illuminée par l'éclat d'un sourire.    

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

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