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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 11:46

 

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Ici, nous chercherons moins à mettre en lumière les influences visibles de Renoir, de Toulouse-Lautrec, qu'à essayer de retrouver l'empreinte d'une époque, sinon d'un romantisme, d'une inclination de l'âme. Le thème de la fête, de la rencontre autour d'un verre est, d'emblée, posé dans une manière de nécessité dont nous ne saurions nous abstraire. Indubitablement, nous sommes présents, physiquement, parmi la triple évocation de la figure féminine. Nous osons quelque libation, déjà ivres au milieu des orbes colorés de la guinguette. Pas d'échappatoire possible. L'absinthe, nous la boirons jusqu'en son ultime goutte afin que rien ne soit soustrait à notre regard désirant, à notre soif d'immersion dans le sublime. Nous sommes habités de passion, nous vibrons, nous souffrons. Comment éviter une manière de transe alors que la grâce nous fait face, alors que la beauté est à disposition, préhensible, descendue parmi le peuple des hommes ? Nul rêve, même le plus fou, le plus éthéré, ne serait parvenu à produire de telles épiphanies.

  La belle "Veuve noire", au premier plan, nous entraîne dans sa propre volupté qu'abrite une troublante résille. Nous sommes pris dan une glu, nous sommes retenus derrière la pluie de flocons noirs. Mais quelle neige mortifère s'illustre-t-elle ainsi, quelle dramaturgie dont nous ne percevrions que les nervures superficielles ? Le regard est perdu, comme pour dire la douleur, l'inquiétude, peut-être la fièvre d'une possible rencontre. Et la "Blonde apparition" qui en est le contrepoint est-elle seulement présente en tant que figurante, qu'anonyme passagère ou bien confidente, ou bien rivale ? Teint d'argile, fragile biscuit pareil à la confondante énigme de la geisha. Nul secret ne saurait être mieux gardé qu'en cette abstraite beauté dont le masque, à lui seul, fait signe vers l'indicible. La vapeur des mousselines en témoigne, la brume des cheveux en est l'intime vibration. Et que l'arc ouvert des lèvres n'aille pas nous abuser, le langage est subliminal, pure efflorescence livrée à une esquisse surprise d'elle-même.

  Et cette carafe vide est-elle seulement présente pour nous révéler, symboliquement, le tarissement d'un langage, la dissolution des sentiments dans les mailles de l'exister ? Et la Forme noire, de dos, l'Inconnue, fait-elle partie de la même scène, joue-telle la même pièce ou bien son  apparition est-elle fermeture à ce que pourraient dire les Belles Isolées ? Le diadème épinglé aux cheveux semble assurer une certaine élégance, sinon une aristocratie, l'ample décolleté de la robe paraît une invite à de pures jouissances. Mais nous n'en saurons guère plus tant la falaise abrupte du dos est une occlusion, un renoncement à se dissoudre dans les supputations, les approximations qui, toujours, travestissent la vérité. Ainsi demeurerons-nous dans une parole à demi révélée, dans un clair-obscur dont nous ne pourrons sortir qu'à soustraire à nos yeux avides de savoir cette pure vision de ce qui, toujours, ne parle mieux que de l'intérieur d'une mutité.

 

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