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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 14:49

 

La Comédie Humaine.

 

babel 

Émile Zola compare

la Comédie humaine à la « Tour de Babel ».

Source : Wikipédia.

 

 

  "C'est passionnant de chercher une sorte de vérité au milieu de toute l'agitation, de toute la démesure, de la fornication, de la tromperie, de l'illusion; c'est passionnant de l'ouvrir tout à fait le grand livre de la "Comédie Humaine" et de décrire minutieusement, obstinément, armé de patience et d'attention, toutes les petites manies, les travers, les manquements, les faussetés, les dérives dues à l'amour, à l'argent, à la gloire, à l'ambition; mais aussi, la générosité, le dévouement, l'humilité, l'altruisme dont l'homme est le creuset, assure le recel; c'est passionnant de faire un bout de route avec Balzac, de poursuivre avec lui le rêve de Louis Lambert, de chercher à percer le problème de la connaissance, d'essayer d'ouvrir le mystère de la pensée, de cerner la folie, le génie, les aspirations parfois surhumaines des individus; c'est passionnant, dans "Ursule Mirouet" de chercher à percevoir le surnaturel faisant irruption dans le réalisme, de décrire une scène de la vie de province mettant en lumière l'avidité des héritiers, les complots tramés contre l'auteur du testament; c'est passionnant de suivre les méandres des personnages balzaciens, leur délectation pour l'intrigue, le pêché, les combines, leur goût des situations limites, des franges, des marges, là où grouillent les larves et les scories de l'aporie existentielle; c'est passionnant de démonter les rouages de la vie, d'en démêler les ressorts, de tutoyer l'argent et la puissance, l'honnêteté parfois aussi, de côtoyer et d'éprouver, comme si l'on s'était glissé dans leur peau, le sens de l'escroquerie d'un Nucingen, la pente du crime sur laquelle glisse Vautrin, de ressentir l'impérieuse ambition d'un Rastignac, de s'enfoncer avec Eugénie Grandet dans l'avarice et la tyrannie.

  C'est bien aussi d'éprouver les choses du côté de la victime, d'être, pour un instant, le Père Goriot, de souffrir pour ses filles jusqu'à en devenir le "Christ de la paternité"; c'est bien de s'identifier à Madame De Mortsauf, de vivre sa schizophrénie, déchirée qu'elle est entre vertu et passion amoureuse; c'est éclairant de jouer le rôle de l'ambitieux Lucien de Rubempré qui, par sa faiblesse, devient le jouet de Vautrin; c'est bien d'étudier le grand carrousel des mœurs où l'âme humaine se déchire en milliers de versions, en milliers de facettes; de s'immiscer dans la vie privée avec "La Femme de trente ans"; de pénétrer la vie de province avec "Le Curé de Tours"; de se laisser entraîner par Sarrasine dans la vie parisienne jalonnée d'expériences de vies fausses et absurdes où la richesse est étalée au grand jour avec son côté clinquant et tumultueux.

  C'est bien de vivre dans "Un épisode sous la Terreur", le parcours étrangement "humain" de Charles-Henri Sanson, le bourreau de Louis XVI qui ne demande rien d'autre qu'une messe pour le Roi défunt; c'est éclairant aussi de voir les convictions parfois contradictoires du Docteur Benassis qui peuvent s'interpréter comme une conscience hésitant à choisir entre la doctrine libérale, le dogme socialiste, l'utopie fouriériste; c'est étonnant de suivre les méandres de Séraphitus-Séraphita, curieux androgyne à la recherche de l'amour parfait; et puis il faudrait passer en revue les 2209 personnages de la "Comédie Humaine", Gobseck, le Colonel Chabert, Honorine, le Docteur Rouget; avoir l'omniscience de Gaudissart, tout savoir et parler encore de Sarias, de ses calots, de son déracinement; de Garcin, brave mais buté dont l'horizon présent ne dépasse guère la Commune d'Ouche, dont l'horizon d'hier se heurte aux montagnes arides des Aurès; puis faire encore le tour de Bellonte, de sa gentillesse, de sa disponibilité qui paraissent sans limites; puis plaisanter sur les fantasmes presque hors d'âge de Pittacci, dont le bon sens nous sauvera peut être de la pire des situations, enfermés comme nous l'étions, jusqu'à maintenant, dans notre territoire étroit de la Place d'Ouche; puis évoquer les vœux pieux de Calestrel, lesquels ont du mal à entraîner l'enthousiasme des foules; parler de Jules Labesse, mais seulement en filigrane, vous avez bien aperçu quelques unes de ses obsessions, de ses ritournelles, de ses lignes de fuite et y a pas de quoi fouetter un chat, y a pas de quoi donner lieu à l'étoffe d'un roman, après tout, comme disait Céline : "C'est un garçon sans importance collective, c'est tout juste un individu", alors y a pas de raison de s'éterniser et, quant à moi, y a rien de plus à dire qu'à propos des autres branquignols qui, eux aussi, sont seulement des "individus" qui, jour après jour, font quelques bulles à la surface de l'eau pour qu'on ne les oublie pas.

   Et, comme je disais au début de mon intervention, eh bien, nos Chères Compagnes, elles en veulent une part du gâteau et même, pour nous tous, ce sera salutaire et si, par hasard, on décidait de ne pas se pousser sur nos bancs pour qu'elles puissent y poser leurs légitimes curiosités, la place elles la prendront et, je suis sûr, elles amèneront les Foldingues du Cleup et alors, pour nous, c'en sera fini de l'observation d'Ouche, du Comptoir, de la Boutique à Nelly parce qu'on croulera sous le poids du destin et il ne nous restera plus qu'à jeter l'éponge. Alors, et il ne s'agit aucunement d'une fuite de notre part, juste un partage équitable des choses, j'ai décidé, en mon âme et conscience, qu'à partir de la semaine prochaine, y aura un tour de garde alterné sur les bancs verts : les hommes le matin, les femmes l'après-midi".

 

 

 

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