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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 07:32

 

L'expédition du Club des 6.

 

 cd


 

Source : Atelier Mascarade.

 

 

 

   J'avais à peine raccroché le téléphone, voilà l'Antoine qui se pointe. Et derrière les oreilles d'Antoine, devinez... Non, pas la bande à Bonnot, ni les Compagnons de la chanson; juste les Aubergines, sauf qu'il en manque une, même c'est Pittacci à première vue. On fait un sort à nos cassoulets, à nos bouteilles d'Artaban - Bellonte avait été prévoyant et même Calestrel avait apporté du vin de messe doux comme les cuisses du Petit Jésus -, et on part vers l'inconnu. L'éclaireur de pointe, c'est Garcin, comme dans les Aurès, puis Sarias qu'est presque en habit de lumière avec la robe de chambre en soie qu'il a enfilée sur son pyjama; puis Simonet avec un guide de voyage sous le bras; puis Bellonte avec sa jovialité qu'a un peu fondu; puis "Ma Pomme" avec le billet de sa Conjugale plié comme un ticket de Loto et enfin, Calestrel qui ferme la marche avec son air de croque-mort qui doit prier le Bon Dieu que sa Marie-Firmine le plaque pas pour aller pieuter chez le Curé.

  Alors, sans dire un mot, comme animés d'une même intuition, d'un même souffle, d'une même locomotion, on descend la Rue du Square qui miaule encore après les croquettes de la Mère Wazy; on passe le pont où la Lune se regarde sur les cailloux au fond de l'eau, on remonte la moitié de l'Avenue de la Gare parce que c'est là, justement, que crèche le "Cleup de l'Eternelle Jeunesse", et avant même qu'on déboule sur le parking avec les traits peints en blanc, on entend comme des gloussements, à moins que ce ne soient des grognements ou des glapissements; les derniers veulent être les premiers, les premiers veulent pas être les derniers et ceux du milieu veulent pas être pris en sandwich.

  Alors, en vrac, un peu comme au "Tiercé", on se bouscule pour arriver en tête du peloton mais, en tête, y a rien à voir cause à la buée qui colle aux vitres et on en sera quittes pour le son, à défaut d'avoir l'image. Mais Simonet, l'homme des situations complexes, nous tire d'un mauvais pas du haut de son avisement. Le Jean, il contourne le préfabriqué et, tout simplement, avec son Opinel, il dévisse la plaque d'aération, et alors on reçoit le Carnaval en pleine poire et, bien que la lucarne soit plutôt étroite, on arrive, chacun son tour, à choper un peu du spectacle.

 

 Les Foldingues du Cleup.

 

 Alors, approchez, regardez bien avec nous, ça vaut son pesant d'or.

Vous voyez l'Yvonne, la spécialiste des clafoutis, eh bien, l'Yvonne c'est Miss Charleston avec sa robe noire à franges, ses manchettes à mi-bras, sa perruque couleur carotte et son diadème en toc. Et elle danse, l'Yvonne et même sa robe étroite elle remonte tellement sur les reins qu'elle a plus rien à cacher, ni ses bas résille, ni la culotte qu'elle a même pas eu le temps d'enfiler. Et comme d'habitude elle se descend un peu de Monbazillac, même elle en remplit une chaussure et comme elle est un brin éméchée, elle en refile à ses copines.

  Et derrière l'éventail en dentelles, c'est qui qui se cache ? Mais c'est la Laura en habit d'Andalouse. On dirait pas mais ça lui va bien au teint, le filet rouge. C'est du pareil au même. C'est le même teint vineux, couleur Artaban. Eh, oui, que voulez-vous, la Laura, depuis qu'elle a perdu l'Edmond, faut bien qu'elle se console, d'ailleurs "elle a toujours le gosier en pente". Et, comme dit Sarias, "de toute façon c'est bon pour faire remonter le Smic des culs-terreux".  Et le chapeau noir à larges bords, ça fait un peu d'ombre sur les rides et ça économise le plâtre, c'est toujours ça de gagné. Et la Laura, elle la fait virevolter la large ceinture à franges, on dirait même un dindon qui fait la roue.

  Alors, vous voyez, vous avez bien fait de venir. C'est pas si souvent que le Cleup se donne en spectacle. Et encore, attendez, vous avez pas tout vu !

  Et maintenant on va vous faire un paquet cadeau avec plein de ces jeunesses et le cadeau on vous l'entourera avec des faveurs et des volutes de bolduc. Vous pouvez pas vous plaindre, tout de même ! Alors, hésitez pas, ouvrez-le le colis, comme autrefois les bonnes surprises de chez L'Epicière. Et qu'est-ce que vous y trouvez, dans la pochette ? Vous y trouvez, en vrac, l'Antoinette en Cancan rouge, bottines à lacets, jarretières, plumes sur les bras et perruque en pièce montée; puis l'Amélie en Coccinelle Dream avec ses antennes sur la tête, ses ailes collées derrière le dos, sa robe à froufrous - même on se demande comment elle a pu enfiler toute sa gélatine dedans, vu l'étroitesse du fourreau ! -, ses cuissardes sur des hauts talons et, pour la culotte, on vous dit pas parce qu'on la voit même pas cause aux éminences qui l'ont un peu boulottée; et puis la Milène, avouez, vous l'auriez pas reconnue dan sa robe rouge de Diablesse, elle qui porte toujours le deuil; on doit dire, ça lui va plutôt bien les petites cornes piquées sur sa calvitie précoce; le trident qu'elle tient avec arrogance et ses yeux, vous avez vu ses yeux fardés s'ils sont mignons, on dirait des ailes de papillon avec des traits de charbon tout autour; et la Félicia et la Félicité qui sont presque jumelles du point de vue des noms, elles sont aussi jumelles du point de vue de l'habillement, et ces deux vieilles taupes, c'est presque un miracle, ça leur va pas si mal la tenue Disco avec le chandail bleu décolleté - on voit un peu du remonte-pentes qui, du reste, a du mal à remonter les oreilles de cocker ! -, et le blouson vinyle à large revers couleur guimauve, faut reconnaître, ça rehausse bien leur teint de punaises de sacristie - se sont des accros de Calestrel -, sans compter la mini-jupe à large ceinture qui n'a rien à cacher, pas même les varices qui flottent sur la peau avachie; puis l'Adélaïde en Hôtesse de l'air, elle est pas gironde avec son calot rouge à revers bleu, son chignon couleur sel avec juste un peu de poivre, sa tunique à boutons, ses jambes gainées de soie, ses escarpins vernis, elle est pas gironde notre Adélaïde ? Vous dites ? Ses oignons ? Mais ses oignons on les voit pas, ils sont à l'étuvée dans les escarpins. Ce que vous pouvez être mauvaise langue, alors !, et puis l'Yvette, celle qui sait si bien faire sauter les crêpes, vous la trouvez comment avec sa tenue de Soubrette, son plumeau rose à la main, son tour de cou, sa robe à fanfreluches, sa jarretière sur sa cuisse velue, ses chaussures à hauts talons ? Vous trouvez qu'elle a l'air d'une grande sauterelle ? Oui, d'accord, surtout les jambes, elles sont longues mais comme le buste a la taille d'un bonsaï, ça fait une moyenne et on lui demande pas d'être Miss France à la soubrette; et l'Andréa, celle qu'a toujours le feu à l'entre-jambes, elle vous tape pas dans l'œil avec ses lunettes de Star, sa robe décolletée et moulante - oui, c'est vrai, c'est sans doute un moule à cakes, vu les ondulations -, ses manchettes et ses bottes façon zèbre et surtout sa chevelure couleur citrouille et puis sa bouche pulpeuse et carminée - oui, elle a quelques dents en moins mais ça l'empêche pas de marcher -, et ses créoles, vous avez vu ses créoles, comme ça lui va bien ?"

 

 

 

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