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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 09:22

 

Avventure di Robinson Crusoe p098 [1024x768]

 

Source : Wikimedia Commons.

 

 

 Régression dans l'élément-TERRE.

 

Aristote. -  La seconde partie de mon exposé va donc consister à nous intéresser à l'île proprement dite et tu t'apercevras que cette seconde étape constitue bien une réelle régression dans l'élément-Terre.

Tournier nous invite donc à poursuivre, en compagnie de Robinson, l'exploration de l'île.

 

"Découragé par l'échec de l'Evasion, Robinson avait eu l'occasion de suivre un jour un troupeau de pécaris qu'il avait vu s'enfouir ainsi dans leur souille. Il était si triste et si fatigué qu'il avait eu envie de faire comme ces animaux. Il avait enlevé ses vêtements, et il s'était laissé glisser dans la boue fraîche, en ne laissant passer à la surface que son nez, ses yeux et sa bouche".

 

 ... Jules, tu auras remarqué l'allusion évidente de l'auteur à une sorte de retour vers le Paradis Terrestre : Robinson se dévêt et se retrouve donc dans une posture si proche de l'état de nature qu'elle ne peut guère se comparer qu'à l'image d'Adam sur les rivages de l'Eden. Et, du reste, le mythe se prolonge de lui-même sous la figure de la déliquescence de notre malheureux héros qui, glissant progressivement dans la souille ne fait que réactualiser la Genèse en apparaissant sous sa forme primitive, glaise façonnée par Dieu, mais glaise encore humide, sorte de statue aux pieds d'argile qui n'a de cesse de retourner à son germe initial. Ainsi, en peu de temps, Robinson sera tombé de son piédestal proprement humain, rétrocédant dans une logique irréversible vers l'animalité, comme s'il était sous le règne d'un darwinisme à rebours, d'une involution impérieuse chargée de lui faire parcourir les stades de l'humanité, d'une manière anhistorique, depuis l'homme contemporain jusqu'au pur primate, abandonnant la stature verticale au profit d'une stature horizontale, cette transitivité n'étant que la forme imagée d'une rétrocession de l'espace vers un devenir purement terrestre, chtonien, de l'ordre de la racine, de l'humus, de la veine sédimentaire se confondant avec l'égrènement primitif du temps.

 

L'ouverture du visage.

 

... Cependant, tu auras été attentif à la précaution, au souci  humaniste de Michel Tournier qui laisse une fenêtre ouverte sur la dimension spécifiquement anthropologique dont tout visage est porteur. "En ne laissant passer que son nez, ses yeux, sa bouche", l'Auteur de "Vendredi" se ménage une habile issue qui lui permettra, plus tard, dans le cours de la fiction, de réhabiliter Robinson et de le situer en tant qu'homme parmi les hommes. A cette fin, il préserve le nez qui sera chargé d'accueillir l'air, le souffle, donc le pneuma qui symbolisera l'esprit animant le corps, puis les yeux, le regard, autrement dit l'ouverture de la conscience au monde, enfin la bouche qui absorbera les nutriments, déclenchera le métabolisme du vivant, sera la conque où résonnera la fonction la plus éminente de l'homme : le LANGAGE.

 

La condition animale : le cochon.

 

... Mais avant que cette faveur lui soit à nouveau accordée, Robinson devra endurer le calvaire, sinon l'enfer de la pure condition animale, laquelle se déclinera sous une des formes les plus éloquentes de la bestialité, le cochon apparaissant, dans nombre de mythes comme le symbole de la goinfrerie, de la voracité, devenant ainsi l'icône tragique et grotesque du gouffre où tout disparaît, y compris l'esprit, y compris la conscience et alors il ne reste plus que le chaos et la folie grandiose et démesurée.

  A l'appui de mes propos et pour conclure le retour à l'élément-Terre, citons encore Tournier:

 

"quand il s'arrachait le soir à la boue tiède, la tête lui tournait. Il ne pouvait plus marcher qu'à quatre pattes, et il mangeait n'importe quoi le nez au sol, comme un cochon. Il ne se lavait jamais, et une croûte de terre et de crasse séchées le couvrait des pieds à la tête".

"Robinson comprit enfin que les bains dans la souille et cette vie paresseuse qu'il menait étaient en train de le rendre FOU".

 

 

 

 

 

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