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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 09:46

 

 

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L'histoire de Robinson.

 

 

Labesse. -  Aristote, j'aimerais que tu reprennes l'histoire de Robinson depuis ses premières tentatives destinées à régler son sort, jusqu'à son refuge au fin fond de la grotte.

Aristote. -  J'allais y venir, Jules, mais tout d'abord je dois, par souci de cohérence, donner quelques nervures à mes propos. A cet effet je te dirai simplement que l'absurde dans lequel Robinson est immergé, tient essentiellement à trois points :

  - d'abord à ce que j'appellerai le "bouclage de l'espace";

  - ensuite à la "régression dans l'élément-Terre";

  - et pour terminer, à la "contrainte temporelle".

Labesse. -  Aristote, je te demande d'être le plus concis possible car il vaut mieux que notre échange se fasse avant l'arrivée du "Club" et je souhaiterais que tu cites quelques phrases de "Vendredi" que tu auras pris soin de commenter.

 

  A la suite de ces recommandations, j'adoptais la pose la plus "épicurienne" que je puisse trouver, les fessiers calés sur le dossier du banc, la tête plongée dans la conque des mains, les avant-bras en appui sur les cuisses, les pieds reposant bien à plat sur l'assise. Cette position, par le confort relatif qu'elle m'assurait, me disposait favorablement à la réception des propos philosophiques de mon interlocuteur.

 

Le naufrage de Robinson.

 

 

Aristote. -  Donc, Jules, je te rappelle que Robinson, après le naufrage de la Virginie, une galiote hollandaise, se retrouve échoué sur une plage. Il commence par explorer la terre inconnue sur laquelle il se trouvait, juste après qu'il avait repris conscience.

 

"C'est ainsi, debout sur le sommet du plus haut rocher, qu'il constata que la mer cernait de tous côtés la terre où il se trouvait et qu'aucune trace d'habitation n'était visible : il était donc sur une île déserte".

 

 Le bouclage de l'espace.

 

 ... Robinson qui venait de parcourir les vastes océans, depuis York jusqu'aux confins de l'Amérique du Sud, se retrouve soudain circonscrit à un espace étroit qui lui est d'autant plus étrange et hostile qu'il ne le connaît pas, qu'il lui est impossible de le localiser sur une carte, ne pouvant ressentir, dans une telle situation, que sentiments d'inquiétude et d'oppression.

 

"Robinson était accablé de tristesse et de fatigue"

 

 ... Dans son âme, l'île s'inscrit, d'une façon évidente, comme la métaphore de l'isolement, ne lui offrant qu'un horizon courbe sur lequel sa vue échoue à bâtir une vraie dimension existentielle. Elle le constitue en une sorte de point fixe à l'intérieur d'un cercle lequel n'est que la figure du temps infini, la succession continue et invariable d'instants tous identiques. A proprement parler, Robinson se met à souffrir d'abandonnisme, il est orphelin sur cette terre sans avenir. Il a perdu sa Mère qui le portait en son sein, cette mère si douce et si forte que représentait symboliquement la galiote la "Virginie", que tout lecteur ne pourra identifier qu'à la figure de la "Vierge" en tant que conscience émergeant de la confusion et naissance de l'esprit. Or, pour Robinson, cette perte est irrémédiable et sonne à la façon d'un déni d'existence, la mer prenant pour lui les contours vagues et anxiogènes de l'inconscient signifiant la rupture du lien affectif primitif et, d'une façon générale, précipitant dans l'abîme sa perception de l'altérité.

 

La construction de "L'Evasion"..

 

 ... Alors il n'y a pas d'autre issue, pour Robinson, que de rompre l'anneau qui l'entoure, de par la seule force de sa volonté, de son action déraisonnée, de ses gestes désespérés qui bandent ses muscles dans une lutte sans merci contre la matière, ébranchant un tronc, l'attaquant à la hache, assemblant les pièces d'un bateau de fortune, comme un enfant assemble les pièces d'un puzzle. L'embarcation s'appellera "Evasion", premier essai de fuite pour rejoindre la mer, la Mère, premier essai pour retrouver la fusion; la dyade primitive.

 

"Enfin il se décida à procéder au lancement de l'Evasion (...) Il essaya de glisser des rondins sous la quille pour la faire rouler (...) il calcula qu'il lui faudrait des dizaines d'années de travaux de terrassement pour réaliser ce projet. Il renonça".

 

 ... Les limites de Robinson sont comme les limites spatiales de l'île : elles lui collent à la peau et sa propre peau est en fait la seule vêture dont il peut se parer pour faire face à une nature hostile. Le naufragé, dès lors, sait qu'il n'a plus rien à attendre d'une "mer" infranchissable, d'une "Mère" hors de portée. Il va donc délaisser l'élément-EAU pour l'élément-TERREqui constituera le second domaine d'élection de la fuite à laquelle il se sait condamné.

 

   Alors que la "Virginie" se fracassait sur les côtes de l'île inhospitalière, que Robinson s'ingéniait à fabriquer "L'Evasion", les joyeux branquignols, presque aussi dénudés que le locataire de "Speranza", louvoyaient tranquillement entre les platanes, poussant d'un geste souple et aérien leurs tongs en plastique bleu qui ressemblaient à d'innocentes vagues, s'appuyaient un instant sur la margelle claire de la Fontaine et finissaient par une longue station entre les capots des voitures, plusieurs membres de la Confrérie ayant de réels penchants pour les bolides à moteur et autres commerciales.

 

Labesse. -  Aristote, je commence à comprendre ton argumentation selon laquelle le changement d'élément opéré par Robinson n'est pas seulement fortuit et fantaisiste mais repose sur une démarche plus censée qu'il n'y paraît à première vue.

 

 

 

 

 

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