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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 07:43

 

Le voilement du monde.

 

lvdm

 Février 2014© Nadège Costa.Tous droits réservés


 

 "La femme tout à fait heureuse se résume en une caresse, en un baiser, en un soupir."


Henri-Frédéric Amiel. 

 

  L'image, nous la regardons comme par effraction, d'une manière subreptice, sur "la pointe des pieds" pour user d'une métaphore qui nous installe dans une manière de spatialité. Car c'est bien d'espace dont il s'agit. De l'image par rapport à nous, ensuite de nous par rapport à l'image. Si nous progressons à seulement "faire les pointes", c'est parce que, d'emblée, nous ne sommes guère assurés de nous-mêmes. Ne serions-nous  pas sur le bord d'une indélicatesse, observant L'Observée dont le regard s'occulte derrière la dentelle noire ? Ne serions-nous pas en train d'enfreindre un code de bonne conduite ? A regarder qui ne peut nous regarder, nous plaçons notre Vis-à-vis dans une position sans défense. Nous offensons son territoire de chair et de peau, nous nous immisçons dans la faille ouverte de sa conscience. Déjà nous pouvons y lire quelque désarroi, déjà nous pouvons y décrypter quelque secret. Mais pourquoi donc occulter ce regard, dont nous pouvons imaginer la profondeur, la densité, si ce n'est pour dissimuler ce qui, jamais ne peut se dire : à savoir la sublime intériorité ?

  Mais d'abord, demeurons à la périphérie, comme au bord d'un volcan et cherchons à en percevoir le cratère. Bien que partiellement dissimulé, le visage nous parle de lui dans un langage immédiatement saisissable. L'ovale en est parfait qui fait songer à la forme originelle de l'œuf par lequel le monde advient et se déploie parmi les choses de l'exister. Les yeux nous parlent depuis leur oubliette, leur grotte abritante. Ils nous disent la beauté du monde qui ricoche sur le corps en des teintes de porcelaine douce. Ils nous disent l'immense courbe du ciel où l'oiseau trace sa longue dérive blanche. Ils nous disent les arbres à la lourde ramure s'agitant sous la houle du vent. Ils nous disent l'infini scintillement des étoiles dans le ciel poli du crépuscule. Ils nous disent l'imaginaire et les chemins du rêve par lesquels la cécité prend acte de ce qui soude le corps à la matière terrestre. Car les Aveugles voient, mais en mode métaphorique, mais en images réverbérées tout ce qui cherche à se voiler mais s'annonce toujours d'une manière allusive. Car les Réfugiés-dans-la-nuit perçoivent ce qui les entoure et les enclot en leur territoire par cette délicate intuition qui n'habite que Ceux, Celles qui, privés de vue, se livrent au regard intellectif. Celui qui ouvre tous les possibles puisque s'enlevant sur l'obscurité comme condition de possibilité de tout regard. La lumière, fût-elle vive, exacte, ne s'imprime qu'à faire sens sur la surface d'ombre dont elle jaillit et qui la révèle. C'est pour cette raison que Nousles Regardeurs habituels enveloppés de clarté, finissons par ne plus l' apercevoir, la lumière,  qu'à la façon de glissements éphémères qui ne nous atteignent même plus. Feux follets qui parcourent le zénith de leur inapparente trace. Et alors nous marchons sur des chemins qui n'ont plus de bornes, sans repères, faisant leur serpentement parmi les percussions du jour.

  C'est Nous qui ne voyons plus le monde à la mesure de notre constant égarement. Si L'Observée a dissimulé sa vue sous les voiles d'ombre, c'est pour la seule raison d'augmenter sa vision, de la porter aux confins d'une possible démesure. Du noir où elle gît, elle coïncide tellement avec son être qu'elle se nourrit de cette singularité, s'y abandonne, s'y love comme elle le ferait au sein d'une eau lustrale qui la révélerait à elle-même dans la plus verticale des certitudes qui soit. Un genre d'absoluité dont elle jouirait du centre d'elle-même, sans qu'il lui soit besoin de chercher, au dehors, une quelconque approbation, un assentiment venant lui dire qui elle est. Une apodicticité. Une vérité ne souffrant aucune autre assertion que sa propre perspective au contact du massif ontologique. Comme la superposition de deux lignes se fondant en une seule.

  Et ceci qui rayonne depuis l'intérieur s'étoile en plein jour, disant la certitude des choses, leur puissance à signifier mais à seulement être fécondées par cette réserve d'intériorité, la seule à échapper aux pollutions mondaines et affairées. L'étoilement de la conscience est cette perfection de l'épiphanie humaine, ce sublime ovale du visage repris en écho par la conque souple des doigts. Comme une réverbération qui chercherait à dire, en mode imagé, la sérénité du jour, l'amplitude de la nuit, l'intérieur comme architecture portant les nervures de l'exister à paraître dans la simplicité. Tout, dans cette posture hiératique, tient le langage de l'exactitude, aussi bien les lèvres ajointées dans la prochaine parution de la parole, aussi bien la chute des épaules proférant en corporéité ce que l'intuition soutient en approche subtile. Regardant Celle-qui-se-livre à la contemplation, il n'y a autre chose à percevoir que cette esquisse portant témoignage d'une essence rare et unique.

  C'est pour cette raison qu' Henri-Frédéric Amiel, ce subtil diariste de l'intime - son journal de quelque 17000 pages en atteste -,  peut dire en toute certitude que :

 "La femme tout à fait heureuse se résume en une caresse, en un baiser, en un soupir."

 Et ceci, il ne peut le dire qu'en raison de la sémantique à laquelle il a recours. "Caresse", "baiser","soupir" ne sont que des exhalaisons de l'âme, des émanations de l'esprit, des distillations de la vertu par la grâce desquelles l'homme, la femme parviennent à leur propre éclosion, à leur particulière condition parmi les confluences diverses de l'exister. Il n'y a pas d'autre vérité que cette apparence charnelle qui n'est que le dessin, l'estompe d'une destinée s'accomplissant. Il n'y a pas d'autre  lieu où paraître. 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

  

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