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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 09:16

 

Le visage distancié de la douleur.

 

 

(Sur une proposition minimaliste de

Milou Margot).

 

pluie 

 Photographie : Blanc-Seing.

 

 

"Dans quel parler tombe la pluie sur les villes de la douleur ?"

                                    Milou Margot.

                                   

  

  La spirale de votre langue, repliez-là comme le fait le caméléon; l'enroulement de votre cochlée, réduisez-le à la taille du silence; le bouton de votre ombilic, amenuisez-le jusqu'à le porter au seuil de l'invisibilité. Et soyez disponibles aux langages qui habitent le monde, alors que votre cheminement est une hésitation au bord d'un marécage habité de lourde insignifiance. Mais seriez-vous sourds, hermétiques, tellement soudés à votre cocon carné que vous n'apercevriez même plus les paroles qui sillonnent la terre de leurs dents muriatiques ? Mais cela parle  autour de vous, mais cela fait ses écoulements continus et votre peau en porte les stigmates liquides, les infinis ruissellements, la pluie acide, comme si elle voulait ronger, attaquer, dissoudre et, à la fin, se fondre dans vos humeurs corporelles.

 

"Dans quel parler tombe la pluie sur les villes de la douleur ?"

 

  Mais n'entendez-vous pas cette continuelle litanie tombant du ciel, ces manières de cantiques venant à vous dans une onde vibrante de supplication, cette vivante liturgie faisant ses allers-retours incessants depuis le ventre gras des nuages jusqu'à la bonde vertigineuse de votre conscience ? N'entendez-vous pas ? Non, ce n'est pas Dieu qui s'adresse à vous, pas plus que les anges qui déploient leurs ailes vaporeuses afin que vous puissiez, enfin, goûter aux joies célestes. Non, c'est plus tendu, plus incisif, ça veut forer en vous, taillader votre esprit, ronger votre âme jusqu'à sa dernière pellicule. Et, du reste, à quoi bon lever vos yeux glauques vers le ciel si ce n'est qu'à y deviner un temps dissous, un espace non préhensible, une arcature livrée à sa seule contemplation ? Car vous vous égarez constamment dans de bien étranges considérations arbustives. Vos sublimes turgescences, certes, vous les destinez à l'éther, vous les portez à l'extrême pointe de vos ramures et vos doigts sont des vrilles qui s'enroulent infiniment, avortées avant même d'avoir vécu. Des remugles d'inconséquence. Des replis laborieux d'illucidité.

 

"Dans quel parler tombe la pluie sur les villes de la douleur ?"

 

  Mais cette question de la pluie, de son langage, la dimension de la ville, le creuset de la douleur, en avez-vous au moins été alertés en quelque manière ? Car rien ne sert de sillonner en tous sens les cannelures des rues, de lever les yeux en direction des vitrines aux éclats aveuglants, de s'engouffrer dans les salles obscures gonflées d'images et puis de retourner dans vos antres étroits, la vue basse, les oreilles dévastées de musiques, la peau habitée de fourmillements d'impatience, langue sèche remisée au silence. Et vos paquets consuméristes, les aurez-vous à peine dépliés qu'ils se confondront à gésir à terre comme d'inutiles guenilles. Et vos écrans bleutés, que vous apprendront-ils sur vous, si ce n'est une immense et vertigineuse désolation. De soi, on n'apprend rien à partir d'une vacuité mondaine. De soi on n'apprend jamais qu'à partir de soi, en interrogeant, fouillant, retournant la moindre bribe de connaissance, comme le fait le tamanoir de son museau fouisseur à la recherche des fourmis porteuses de nutriments. Mais qu'attendez-vous donc pour sortir votre trompe, la dérouler pareillement à celle de l'éphémère papillon, avant de l 'enfouir dans les blanches corolles où le précieux nectar est toujours disponible ? Attendez-vous donc que le ciel vous tombe sur la tête ? Qu'il vous adresse son message de pluie, qu'il déplie chaque goutte translucide de sorte que, y trempant votre langue insoucieuse, soudainement se produise une illumination, un éblouissement papillaire, une juteuse révélation ? Attendez-vous ?

 

 "Dans quel parler tombe la pluie sur les villes de la douleur ?"

 

Ou bien, alors, serez-vous comme au bord de l'abîme, les yeux hagards, les mains moites, la gorge serrée, le sexe enfui dans quelque repli épidermique, tétanisé, n'existant qu'à titre de sursis, de projet nul et non avenu, de vice rédhibitoire qui vous porterait au bord des choses, juste le temps d'une éjaculation précoce et vous abandonnerait, les bras ballants dans quelque cul-de-basse-fosse livré à toutes les apories possibles et imaginables ? Est-ce de ceci dont vous avez peur ? Est-ce l'explication de votre stupeur, de vos tremblements ? Ou alors êtes-vous saisis d'un tel sentiment d'incomplétude que vous ne puissiez avancer dans l'existence qu'à titre paralytique ? Qu'à titre de mutité, d'occlusion de votre esprit face aux pulsations des choses, à leur insondable mystère, à leur réserve inépuisable de sens. Est-ce cela qui vous abandonne ainsi, pareil à l'orphelin au bord de la route, alors que passent les caravanes et que les chiens aboient à la Lune ? Est-ce cela ?

 

"Dans quel parler tombe la pluie sur les villes de la douleur ?"

 

  Oui, vous demeurez prostrés dans l'attitude d'une inutile concrétion tutoyant le ciel de sa démesure calcaire, et votre refuge n'est que la mise en forme de cette vérité qui nous dit, continuellement, en divers langages compréhensibles - il suffit de s'y disposer- que la pluie parle en effet, de moi, de vous, des bien lotis, des "damnés de la terre", car cette pluie n'est que la métaphore vive de la douleur qui, partout, lance ses ramures d'effroi, jusque dans la plus étroite doline, dans le moindre creux portant le monde à nos yeux étonnés qui ne s'ouvrent qu'à questionner, inlassablement, jusqu'au vertige !

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

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