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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 18:05

 

Le transcendant n'est pas la propriété du religieux !!!

 

 

 

 

Pierre Kahane Très chrétien de seing blanc !

 

Ce commentaire de Pierre fait suite à l'extrait publié ci-dessous, en guise de présentation du fragment 65 des "Copains d'abord".

 

"Enfin, la "lumière" est la mise en scène phénoménale de la transcendance, laquelle nous est envoyée sous la figure du Père dont le rayonnement solaire nous submerge et alors, la vérité est si éblouissante qu'elle "frappe" en son milieu la cible éminemment anthropologique du visage dont l'épiphanie constitue notre ouverture au monde et notre place privilégiée au sein du cosmos." C'est dans LES COPAINS (65).

 

Mais, pour comprendre adéquatement cette méditation sur la "lumière", il faut la replacer dans son contexte d'origine, à savoir les commentaires sur une partie très éclairante du texte de Michel Tournier, dont voici le contenu ci-après :

 

"Les parois du boyau étaient lisses comme la chair (...) il (Robinson) plongea tête la première dans le goulot (...) il arriva dans une sorte de niche tiède (...) il s'y installa, recroquevillé sur lui-même. (la grotte au sein de l'île de spéranza).Quand il se réveilla (...) l'obscurité était devenue blanche autour de lui ! (...) il ne pouvait s'empêcher de penser à sa maman (...) il comprit qu'il fallait qu'il sorte de son trou (...) et se hissa par le goulot (...) la lumière du soleil le frappa en pleine figure..."

 

Ben évidemment, la phrase sortie de son contexte prête à confusion et je n'en veux pour preuve que l'utilisation  d'une rhétorique quasiment religieuse ou destinée à faire émerger la nature du sacré : "la transcendance";  "figure du Père"; "l'épiphanie".

Cependant une rapide explication aura tôt fait de situer à nouveau l'intention sous-jacente à l'emploi de tels prédicats. Mais je précise que dans le commentaire attribué à Aristote lui-même ou à son épigone déguisé sous la figure du Colombin, nulle connotation religieuse ne se profile en filigrane. Il s'agit simplement de philosophie et d'explications purement rationnelles, comme peut le faire un chercheur passionné d'herméneutique, science qui, certes au départ, s'appuyait sur l'interprétation de textes sacrés mais dont l'usage actuel peut concerner toutes les disciplines dignes d'être abordées en raison de leurs riches significations.

 

  Donc reprenons : Robinson ayant longuement séjourné dans l'obscurité totale de la grotte se trouve soudain face à l'éclatante lumière solaire et c'est, pour lui, une révélation qui, en effet, a valeur de transcendance : il recouvre uneliberté, peut commencer à élaborer des projets (les critères de l'existentialisme) sort du Néant (la transcendance phénoménologiquement abordée est précisément l'existence qui s'inscrit comme sortie du Néant).

  Ensuite comment ne pas reconnaître l'allusion plus que visible à "l'Allégorie de la caverne" platonicienne, Robinson jouant alors le rôle du Prisonnier Glaucon, lequel voyant, est saisi par la théôria mythique (la contemplation) qui le livre tout entier à l'espace éblouissant de la vérité. Or la vérité transcende toujours nos singularités compte tenu de son caractère universel surplombant toute existence humaine. En effet, il n'a été nullement parlé du Transcendant, lequel, bien entendu aurait aussitôt fait référence à Dieu ou à un quelconque absolu. L'énonciation est de caractère purement platonicien, se référant à l'Intelligible, à savoir à une "réalité" se laissant appréhender par une intellection. Ce qui n'est pas le cas de Dieu, seulement concevable à l'aune de la foi.

 

Quant à la "figure du Père", il ne s'agit nullement de la figure des Pères fondateurs de l'Eglise, mais tout simplement de la perspective de l'archétype jungien, lequel n'est pas de l'ordre de l'âme, mais de l'inconscient collectif. Il y a plus qu'une nuance, un immense fossé les situant dans des espaces incompatibles.

 

Enfin "l'épiphanie" :  L'étymologie du mot, bien antérieure à son utilisation chrétienne, signifie : "se manifester, apparaître, être évident", ce qui, bien évidemment fait signe vers le phénomène, champ d'investigation privilégié de la phénoménologie, bien évidemment. Ce mot a trouvé une sorte de fécondité exceptionnelle avec la connotation éthique et philosophique dont Lévinas l'a pourvu.

"C’est le « visage » de l’autre qui fait effraction dans mon être et rompt ma tranquillité, interroge mon droit à persévérer dans mon être et à user du monde comme s'il était mien." (Wikipédia).

Ce que d'autres philosophes et sociologues ont résumé sous la forme suivante : "l'interpellation éthique dans le face-à-face".  Là non plus ce n'est pas l'âme du religieux qui est invoquée mais la conscience de tout individu dans son commerce avec l'Autre.

 

  Mes textes et articles, s'ils s'intéressent souvent à l'aspect du spirituel, de la transcendance, du sacré ne le font jamais qu'à l'aune d'une réflexion strictement philosophique, étant tout simplement AGNOSTIQUE.

  Dieu, pour moi, étant une fable, une commode mythologie que les hommes ont inventée, apeurés qu'ils sont par la perspective eschatologique qui les met au désespoir. Personnellement je ne me sens nullement concerné par les temps messianiques.

Mon "absolu relatif" est composé de littérature, d'art, de philosophie, de poésie et de méditations essentiellement liées aux questions de temporalité, dans une esquisse absolument profane. Pour autant, à l'encontre de certains Philosophes qui croient de bon ton de jeter aux orties les textes sacrés, les croyances, au point de commettre un "Traité d'athéologie", je pense qu'ils s'absentent d'un devoir de considérer l'existence dans son ensemble et se laissent aller à un péché d'orgueil ou bien à une vengeance pour une simple question de biographie personnelle.

  C'est en pur incroyant que j'ai lu les quatre volumineux tomes d'Henri Corbin sur "En Islam iranien". Merveilleuses pages, poétiques, pleines de sagesse, notamment de la part des néoplatoniciens dont une lecture peut être faite sur un plan authentiquement philosophique.

Habité par un rationalisme orthogonal (n'oublions pas que Platon a été l'instigateur de la rationalité dans la Philosophie) , passionné de platonisme, de thèses jungiennes, de considérations lévinassiennes et inconditionnel d'une des plus grandes philosophies de tous les temps, à savoir la merveilleuse phénoménologie, il ne me resterait que peu de place pour loger la piété. Ce que je laisse volontiers à d'autres, respectant par ailleurs, leur choix.

 

 

 

 

 

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