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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 09:23

 

Le pli avant le jour.

 

 zoi4


 

                                                                                Photographie : à propos de Zoï

 

 

 

["Hajnal" est le mot qui, en hongrois, veut dire "aube".

Sa pureté, sa luminosité, son inclination à signifier

le mystère très féminin du pli entre ombre et clarté,

lequel prélude au déploiement de la lumière,

sa poésie aussi, tout ceci fait qu'il s'est imposé à nous

avec la justesse d'une "intime conviction",

comme si nul autre prédicat n'avait pu, mieux que lui,

réaliser l'esquisse de ce qui, toujours, se réserve.]

 

    

 

  Hajnal est posée au milieu de la pièce dans sa nudité simple. Corps-membrane infiniment tendu sur l'événement à venir. Bientôt s'y inscrira la démesure du jour. Derrière elle la nuit est une sève gonflée de sourdes germinations, une disposition à l'amplitude, une réserve de sens multiples. Elle sait l'urgence de cette heure native à dire, à s'éployer selon les nervures des choses. Elle attend. Hajnal surveille ce qui pourrait témoigner, ce qui, du contre-jour, est toujours à même de jaillir comme une source. La nuit n'est jamais le contraire de la clarté, un écho des ténèbres. Hajnal le sait. La nuit, dans ses volutes est pure offrande, pure liberté jaillissant d'elle-même. Infinité de ressources, éclosions multiples ouvrant sur la seule beauté. Il suffit d'écouter, il suffit de faire de son corps une voile. Alors il y a soudain une nuée de brises légères, de minces réminiscences, alors il y a un lieu de mémoire s'érigeant là ou était la mutité, là où se tenait l'abîme. Il suffit d'écouter. L'incantation est là, toute proche, si visible que, tout d'abord, on n'y prête attention.

  Hajnal a posé son regard sur cela qui va s'illuminer, qui va écrire le long poème du monde. Seule la solitude y donne accès, seule la longue méditation en ouvre les portes. Mais qu'est-ce donc qui parle son langage crypté, que sont ces sombres hiéroglyphes dont nous sommes atteints, nous-mêmes, en tant que Voyeurs, que sont ces signes dont nous percevons les vibrations alors que nos yeux sont comme aveuglés ? Y a-t-il un mystère qui se dissimulerait, ou bien serions-nous soumis à une manière de métaphysique de l'ambiguïté qui nous placerait sur une invisible carnèle, sur une évanescente ligne de crête entre ce qui est et ce qui n'est pas ? Nous doutons. Nous sommes égarés.

  Mais regardons Hajnal, son esquisse dans la lumière grise. Peut-être est-elle sur le bord d'une vérité ? Mais observons ce pli, cette coulée de clarté qui la visite à la manière d'un savoir dont, peut-être, elle-même, est distraite. Qu'y voyons-nous qui nous conduirait à percevoir l'essence de l'altérité ? Et cette dernière est-elle seulement accessible ? Nous nous connaissons si peu nous-mêmes. Laissons nous guider par notre intuition, laissons notre instinct faire émerger les choses dans leur simplicité. Le pli avant le jour est ce qui s'approche le plus d'une parole dépouillée de ses approximations, de ses faux-semblants. Le pli avant le jour, si semblable aux sublimes œuvres de Lucio Fontana où les fentes, les incisions, les lacérations nous interrogent bien plus que la surface lisse dont nous pouvons nous abstraire, nous détacher, préférant l'ouverture d'une clairière à la touffeur de la forêt qui l'encercle.

  Mais regardons Hajnal. Un pur miroitement tutoie à peine ses cheveux; le front est lissé d'écume recouvrant les étoilements de la pensée; les yeux, sous les arcades, sont des puits profonds habités de questionnement; les narines frémissent, envahies des fragrances qui, bientôt, habiteront les arbres, les fleurs, les courbes des nuages, les peaux subtiles des Égarés sur les sentiers de terre; l'à-plat des joues réverbère les rumeurs venues de la croisée, joue avec l'écoulement diffus du temps; les lèvres entr'ouvertes sont comme au bord d'un secret attendant, pour s'annoncer, le dépliement du jour; la conque des doigts à demi refermée est abritement de l'intime; l'épaule  retient un cercle de lumière comme pour signifier l'imminence d'une révélation; une gemme blanchâtre coule vers l'aval du corps encore pris de nuit, signe avant-coureur de ce qui, avant même de paraître, pourrait s'immoler dans un non-dit.

  Cet instant est magique, rare, marqué du sceau de l'éphémère. Chaque jour son empreinte se renouvelle identique et différente à la fois. Chaque jour, sur le corps-réceptacle, sur le corps-palimpseste s'écrivent et s'effacent les signes d'une possible vérité que, bientôt, le jour viendra effacer, affairement de pierre ponce, entêtement de lave compacte où se noieront  les mots qui, dans le rythme du temps, écrivent la grande histoire de l'exister.

  Hajnal, regardons-là, dilatons nos pupilles jusqu'à la mydriase. Là est encore le séjour d'une esthétique heureuse avant que ne s'éteignent les braises vives de la conscience !

 

 

 

 

     

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Published by - dans PHOTOSYNTHESES

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