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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 13:19

 

Le feu félin l’affole.

 

 

lffl-a.JPG 

Photo © Arno Rafael Minkkinen

 

 

 Libre méditation sur un texte de

© Pascal Sauvaire.

 

 

« Elle dort enfin, elle dort enfant.
Elle dort en fa, elle dort en faon
Elle dort en fille, elle dort en fesses.
Elle dort en fente
Jambes à l’aiguille
Sonnant aux heures fidèles.

Je l’épie chatte fendue,
Venus en eaux,
Ma bien lunée,
Sa main chérit et berce
La source jamais tarie.

C’est sa beauté, sa faiblesse, sa féline
Son feu. »

  

 

 

    Comment dire, autrement qu’en feulements, en phonèmes filés, en fricatives sifflantes et autres allitérations, le chuintement, le chatoiement, la féline offerte comme un feu, la folie-folle à portée des fous, de Nous,  d’Elle, des Autres, les Offertes du monde que jamais nous ne verrons, comment dire la fenaison possible, la toison étoilée, la fente permissive, les vendanges dionysiaques, la lave en fusion, le sexe large comme un estuaire, la montée des eaux, le ressourcement, l’immersion dans la conque fondatrice, la plongée dans l’amont du songe, la grande vague onirique, comment dire l’enfant-la-fille-la-fente l’immense idolâtrie universelle et ne pas mourir de désir, là, au lieu où s’origine le monde, là au confluent des mains tendues, là dans le prolongement du bras qui tient en l’air la vanité d’être, comment dire la tension de la langue avant qu’elle ne devienne poème, comment dire la turgescence du glaive fécondant, la fusion demandée, de l’Un dans l’Autre, immense confusion des genres, immense abrasion de l’exister, comment dire alors que nous ne disons pas, nous mourons seulement, de la petite mort, d’abord, de la grande ensuite, de l’éternité pour finir, comment dire la vague et l’oiseau, la voilure et la blancheur, le mot et la phrase, le texte et le monde, nous sommes là sur le bord des choses et la fente-abîme appelle et la bogue-urticante déplie ses tentacules et l’anémone lance ses assauts et nous sommes pris dans la grande nasse de la vie et nous nous débattons infiniment rabattus sur l’ombilic, sur la pliure, dans la densité première, nous ne sommes pas encore nés, nous flottons dans l’immense marée verte des fougères, elles n’ont pas déplié leur crosse, elles attendent notre premier vagissement, le cri par lequel nous commettrons la voix, comme pour ordonner le monde, le disposer en cosmos, au début fut le Verbe, puis les mots fusant leurs gerbes polychromes, puis les discours ricochant sur  les peaux-palimpsestes, c’est toujours sur les autres que nous écrivons, comme on tatoue, comme on marque les taureaux au fer rouge, comment dire le dépliement de la muleta, le sang pourpre jaillissant de la plaie, comment dire l’enfantement du jour alors que la nuit s’alourdit d’encre, que les ombres sont grosses de n’être habitées que de haine et de vengeance, ce que nous voulons regardant la femme en sustentation devant la falaise au-dessus de la mer près des villes où dorment les hommes dans la confusion des heures c’est nous reconnaître nous-mêmes, nous saisir comme promis à la délivrance de l’aube, dans le gris, au creux de l’événement diagonal, celui qui fait la paix entre les hommes, qui instille au creux du ventre de l’Endormie la liqueur apaisante et douce, la mauve abrasant le doute, le simple dissolvant l’effroi, le complexe dissimulant le commerce illusoire des Existants, comment dire Celle-qui-dort-enfant, Celle-qui-veille-en-fille, Celle-qui-va-par-le-monde à peine le sachant et nous, les Déshérités, nous pleurons des gemmes de résine, de spermatiques engeances qui, fécondant la Terre font pousser les mandragores aux rémiges éployés alors que les Belles endormies en leurs lunaires eaux n’attendent que d’être enlevées vers d’autres feux que les dérisoires étincelles dont nos yeux sont porteurs qui jamais ne s’éteignent, il faut ouvrir le monde !  Il n’y a pas d’autre vérité ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

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