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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 20:03

 

En guise d'avertissement au lecteur.

 

 

  Avant d'entrer dans cet écrit  particulier, très particulier, - on voudra bien excuser la redondance - il est fortement conseillé de se reporter, soit à l'article "Alchimie textuelle" parmi les articles du Journal ou bien de lire ce même titre sur la Page d'accueil du Site.

  Il existe parfois des situations tellement confondantes, tellement cernées de tragédie que l'écriture ordinaire ne suffit plus à en rendre compte. Alors il faut inventer une autre langue. Sans doute abstraite, cryptée, pareille à un sabir, difficile à pénétrer et pourtant ce texte dit quelque chose d'une réalité. Mais il le dit dans une manière d'absence à soi de l'écriture, comme si cette dernière avait été contaminée par la constante déréliction du sujet qui l'a inspirée. Parfois faut-il s'exonérer d'une façon quotidienne de dire les événements afin d'en faire ressortir, non seulement la complexité, mais la dimension de limite, tout près d'une ahurissante finitude.

  Dans ce texte, il est parlé de LUI, sans qu'aucune autre identité que celle liée à ce pronom personnel soit convoquée. En effet, certaines existences en forme d'outre vide tutoient constamment cette manière de non-présence, comme si, par avance, un funeste destin s'était attaché à biffer les traces d'une vie ne parvenant pas à trouver son rythme, à s'éployer.

  Alors, il n'y a plus de fiction possible, plus d'histoire qui tienne debout, - la transcendance vers une quelconque liberté étant, par avance, congédiée - et l'écrit se résume à une sorte de "storyboard" désincarné, mécanique, faisant son bruit de rouages et ses frottements ossuaires. L'existence tellement réduite à une peau de chagrin que le langage ne peut témoigner qu'à se perdre lui-même. Mais se perd-il vraiment, ou bien est-il parvenu à la seule issue qui lui reste afin de décrire cet inconcevable qui toujours a lieu alors que nous cherchons simplement à fuir, à nous voiler la face. Il faut seulement lire et se laisser pénétrer par cet étrange cantilène métaphysique. D'ailleurs, le sachant ou à notre insu, que faisons-nous d'autre en marchant parmi les sentiers égarés du monde ?

 

 

 

LE CORPS LE SAIT

 

 le corps

 

Sur un thème "chiriquien".

 

 

 

 

Lui. Sans âge, il est.

A mi-chemin de la vie.

Peut-être plus, peut être moins.

Indéfinissable.

Lui. La cinquantaine. On dirait.

Le teint basané. Criblé de vent.

Des rides barrent le front.

Calvitie bien avancée,

ménageant deux golfes clairsemés

autour d’une presqu’île de cheveux.

Les yeux : vagues, lointains.

Des yeux qui ne vous voient pas.

Qui sont dans l’errance même.

Dans la non-connaissance des choses.

 

Maigre.

Un trench-coat bleu marine. Cintré. Comme autrefois.

Pantalon noir.

Chaussures noires. Usées.

Les talons surtout.

Les pointes aussi.

Les yeux dans le vague.

Toujours. Ne voient personne.

Vous êtes invisible dans le croisement de lui que vous effectuez.

Les choses non plus. Ne les voit pas.

Sauf les voitures parfois. Dans l’approche du détail.

Se penche. Regarde dessous. Curieusement. Les pneus surtout.

Geste un peu obscène. Peu lui importe votre regard.

Ne le voit pas. Le sent peut-être.

Comme un souffle dans les cheveux.

Seuls les pneus sont vus.

Dans leur réalité de caoutchouc. Noirs.

Seules les gravures des roues sont retenues.

 

Se relève.

Le regard dérivé.

Au-delà de l’horizon.

Au-delà de toute forme humaine. Autre qu’humaine, aussi.

Noir, le regard.

Comme le caoutchouc.

Comme l’ombre.

 

Poursuit le bitume.

Ruban noir.

Passe dans l’impasse.

Nul ne le voit.

Il ne voit nullement qui ne le voit pas.

Pas plus que ceux qui le verraient incidemment.

Jours de soleil parfois.

L’ombre marche devant lui.

Marche sur son ombre qui le précède.

Son ombre derrière lui, parfois.

Selon la position du soleil.

 

Passe sur la passerelle. Sur la rivière. L’eau sur les galets.

Croise des ombres qui s’écartent.

Passerelle étroite.

La cascade de l’eau sur les galets.

Ne l’entend pas.

Longe la haie. Palmes brillantes des feuilles.

 

Tourne l’angle de la haie.

Froid venu du nord. Ne le sent pas.

Impression de ses pas dans la poussière.

Qui ne retient pas son empreinte.

 

Evite le refuge à l’angle des deux rues.

 

Voitures.

Cyclomoteurs.

Vélos.

Passants.

Lui, seul.

Au milieu des trajets.

Les Vivants le dépassent.

 

Rue en pente.

Ses jambes le savent.

Ses pieds aussi.

Ne le sait pas, lui, vraiment.

 

Cabine téléphonique.

On téléphone.

On parle fort.

On rit parfois.

Fort, aussi.

Le rire ne l’atteint pas.

Les pleurs non plus.

Parfois des pleurs mêlés de rire. Venus de la cabine de verre.

Ne sait pas l’origine.

Des pleurs.

Du rire.

 

Nuages du nord. Gris. Poussés par le vent.

Des ombres glissent. Sur le visage. Basané. Tuilé.

Peu lui importe.

 

Bâtiment jaune.

Haut.

Désuet.

Cube de ciment.

Escalier de ciment aux arêtes de fer. Qui brillent.

Dans l’atténuation.

Ciel gris sur les arêtes de fer.

Des fenêtres avec des grilles.

Les devine.

Ne les voit pas.

Trois fenêtres. Devinées seulement.

Des fentes dans le mur.

Deux fentes. Horizontales.

Avec des inscriptions.

Peintes en jaune.

Fentes recouvertes de plaques de métal.

De chrome.

Ne le sait pas.

Le métal brille. Plus que le fer des marches.

Seulement la succession, il connaît.

 

Cabine de verre.

Marches aux angles de fer.

Fenêtres avec grilles.

Fentes de chrome.

Porte bleue. Repeinte.

Ne sait pas la nouvelle couche de bleu outremer.

Bloc de ciment jaune.

Plaque de bois bleu. Complémentaire, la couleur.

Ne sait pas la complémentarité.

 

Ne connaît que quelques points de l’espace.

Repères.

Non, ses jambes savent, elles.

La pente du trottoir.

Le quadrillage de ciment du trottoir.

Ses semelles savent.

Cinq quadrillages après l’éclair du métal.

Ne voit pas l’éclair.

Sait seulement les fentes de chrome, avant les encoches du ciment.

 

Porte bleue. Poignée de métal.

Non de chrome. De métal mat.

Appuie dessus.

Grincement.

Ne l’entend pas.

Sait seulement le tapis à terre. Rectangle sombre sur le sol clair.

Sol lisse. Bruit du caoutchouc sur le lisse du sol.

Six pas.

Il le sait.

Non, ne le sait pas.

Les articulations de ses pieds seulement le savent.

Mouvement de bascule des pieds.

Six pas.

 

Une planche. Bois clair.

Cloison de grillage.

Deux trous dans le grillage.

Poche droite du trench-coat.

Rectangle de carton. Dans le creux de la poche.

Il le sait.

Ses doigts plutôt le savent.

Carton foncé. Posé sur la planche.

Bois clair de la planche.

La main s’y pose. Aussi.

 

Fraîcheur du bois. Ne la sent pas.

Ses doigts la savent, la fraîcheur.

Comme pour le carton.

Il est parlé dans le trou du grillage.

Le carton est tendu à ce qui a parlé.

Disparaît dans le trou.

Bruit coulissant d’un tiroir.

Métallique.

Ne l’entend pas.

Feuille blanche. Avec des signes dessus.

Tendue par le trou du grillage, là où il a été parlé.

Tube de plastique noir.

Sur la planche.

Ne le voit pas. Le devine seulement.

 

Il est à nouveau parlé dans le trou du grillage.

Voix creuse. Sans écho.

Une croix noire.

Sur la feuille.

Ne la voit pas.

Sait le crissement de la bille.

Sur la feuille.

Rectangle de papier bleu.

Lui est tendu.

Par le trou dans le grillage.

Bruit sec de froissement.

Bruit métallique, ensuite, sur la planche.

De bois clair.

Deux fois le bruit métallique.

Les deux fois, il les sait.

Le papier bleu aussi.

 

Dans la poche du trench-coat.

Au fond.

Dans le décousu des coutures.

Les deux ronds de métal.

Le papier bleu. Est plié en quatre.

Sait la pliure en quatre au fond de la poche.

Du trench-coat, bleu, lui aussi.

Doigts refermés. Sur la pliure. Sur les ronds de métal.

 

Des bruits autour.

Pas entendus.

Devinés.

Caoutchouc sur le sol lisse.

Six pas.

Il le sait.

Ses pieds le savent.

Rectangle marron.

Porte bleue.

Avant la porte, la poignée.

Grince un peu.

Il le sait. Ses doigts le savent.

 

Marche à l’angle de fer.

Une seule marche.

Il le sait.

Rainures dans le ciment.

 

Des rires.

Des pleurs.

Dans la cabine. Dans le verre de la cabine.

Passe.

Ne sachant rien des pleurs.

Des rires non plus.

 

Grilles des fenêtres.

Escalier aux cinq marches. Aux bordures de fer.

Loin déjà.

Peut être.

Ne la sait pas, la distance de lui aux choses.

 

Le refuge aux dalles de ciment. Inclinées. Avec des encoches.

Ses pieds le savent.

Ses articulations le savent.

Le trottoir de ciment. Le bord arrondi.

Les chaussures savent le creux dans la semelle. Incurvée.

Dans le franchissement du bord.

Le bitume noir. Les nuages gris. Le trottoir taché de feuilles jaunes.

 

Comme le cube de ciment aux trois fenêtres.

Ne les voit pas, les feuilles.

Ses semelles savent le glissement.

Les orteils aussi. Se recroquevillent.

Les feuilles sont dépassées.

Les muscles le savent. Qui se relâchent.

 

A gauche, des façades.

Blanches.

Des jardins.

Verts.

Des arbres.

Avec feuilles.

D’autres sans feuilles.

Ne voit pas les yeux. Ni les feuilles. Ni les arbres. Ni les façades.

Le vent. Le froid. Ne les sent pas.

 

Les mains savent.

La doublure du trench-coat sait.

Les mains au fond de la doublure.

La droite, la main avec la pliure bleue.

Avec les ronds de métal aussi.

Métal blanc. Brillant au fond de la doublure.

Les fils de la doublure le savent. L’appui du métal. Le brillant aussi.

 

Gravillon sur le trottoir.

Le caoutchouc le sait.

Le tronc à gauche. Brun. Rugueux.

Le coude le sait.

Passe au plus près.

 

La rue à gauche. Etroite.

 

La haie verte à gauche.

 

La grande bâtisse jaune à droite.

 

Le garage derrière la bâtisse.

 

Les yeux ne savent pas.

Les genoux le savent. Les articulations.

 

L’air frais de la rivière.

Le froid sur le front.

Les gouttes d’eau le savent.

Le long des rides.

Les joues aussi. Creusées. Dans l’air coupant.

 

Trois tiges de métal. Peintes en vert.

De chaque côté de la rue étroite.

Les passants les savent. Lui ne les sait pas.

Le passage des gens.

Sur la passerelle.

Les épaules le savent. Qui obliquent.

Le bassin aussi. Qui oscille.

Le courant d’air des passants.

Rien d’autre ne passe que les passants qui passent.

Continûment.

Un frôlement.

 

Des bruits.

On tousse.

On éternue.

On parle.

Les bouches le savent.

Lui ne le sait pas.

 

Une bâtisse haute.

De ciment gris.

Ne sait rien d'elle.

Lui ne sait pas la bâtisse proche.

Le tas de détritus.

L’odeur.

Ne la sent pas.

Les passants, oui. Qui s’écartent.

 

Le portique de ciment.

Au milieu, un portail blanc.

En fer peint.

Ne le sait pas.

 

 

Le bitume tourne. A gauche.

Les pieds le savent.

Le bitume tourne.

A droite.

Container vert.

A droite.

Avec des roues noires.

Ne voit pas les roues.

Le caoutchouc. Les gravures dans le caoutchouc.

Les contours du container.

 

L’impasse.

Au nord.

Le froid. Ne le sent pas.

Au milieu de l’impasse.

A droite, trottoir.

A gauche, trottoir.

Ne les voit pas.

 

Voitures. Ne les voit pas.

Klaxon.

Ne l’entend pas.

 

Avenue.

Circulation.

Flot de circulation.

Ne le voit pas.

Le trottoir non plus.

Les pieds le savent. Les orteils, surtout.

La cambrure.

Les articulations.

Le bitume avec des trous.

 

Le croisement. Traversé.

Klaxons.

Ne les entend pas.

Cris.

Ne sait pas les cris.

Des chiens aboient.

Ne sait pas les aboiements.

 

Trottoir. Les pieds le savent.

Les orteils surtout.

Les articulations.

La cambrure.

 

Grande bâtisse grise.

Grande ouverture dans la façade.

Comme déchirée, la façade. Violée.

Les yeux ne savent pas.

Le corps sait l’ouverture. La béance.

L’air à peine plus chaud à l’intérieur.

Dans le cube de ciment. Un tourniquet de métal.

Brillant.

Comme le chrome des fentes.

 

Cliquetis du tourniquet.

Le tourniquet le sait.

A droite des choses claires.

Ne les sait pas.

A gauche des cylindres verts.

Foncés.

Ne les voit pas.

Au fond de la bâtisse. Des angles de métal.

Verts.

Ne les voit pas.

Le corps sait. S’y frotte dans l’avancement.

Les hanches savent. Rotation des hanches.

Du bassin aussi.

Les jambes savent.

Angle de métal à gauche.

Le corps sait, les chevilles savent. 

Les tendons aussi.

Long couloir jaune.

Rives métalliques.

Boîtes jaunes.

Boîtes vertes.

Boîtes bleues.

Les yeux ne savent pas.

A droite. Longue caisse.

Métal blanc.

Du froid.

Beaucoup de froid.

Les mains ne savent pas.

Feuille bleue dans la jointure des doigts.

Pliure au creux de la jointure.

Les doigts savent.

Articulations bleues.

Cercles de métal serrés.

Les mains savent.

Le pouce sait.

L’index sait.

Le majeur sait.

L’annulaire sait.

L’auriculaire sait.

L’auriculaire ne sait pas. Dans son absence.

Les articulations savent.

La pliure du papier bleu. Dans la jointure des doigts.

Les ronds de métal savent. Dans la pliure des articulations.

A droite. Des lignes de métal.

Entre les lignes, des boîtes rondes.

De métal. Rouges. Bleues. Vertes.

Les mains savent.

Les pliures savent.

Les doigts savent.

La langue sait.

La bouche sait.

Les yeux savent.

Les doigts savent.

Le froid de la boîte.

Le lisse de la boîte.

La saisie de la boîte.

La main sait.

Le corps sait.

Le souffle sait. Le cœur aussi.

Les mains savent. Moites.

La pliure bleue sait. Se délie, la pliure.

De la doublure.

Les ronds de métal. Sortis de la doublure.

Exposés. La pliure. Le métal blanc.

A gauche, longue plaque de métal.

Gris, le métal.

Long ruban de caoutchouc. Noir.

Absent d’échancrure. Lisse.

Qui roule entre deux rives de métal. Sombres.

On parle.

Les mains savent.

Les doigts savent.

Le papier bleu est pris.

Entre majeur et annulaire.

Les ronds de métal sont pris.

Entre pouce et index.

Bruit de tiroir. Métallique.

Glissement.

Bruit à nouveau.

Ronds de métal. Sur la plaque de métal gris.

Cuivrés, les ronds.

Entre pouce et index.

 

Dans la doublure du trench-coat.

Les mains savent le froid de la boîte. Verte la boîte.

Les pas savent le franchissement. De l’ouverture.

De l’éclatement de la façade. Sur la rue.

Le corps sait l’autre côté.

De la façade.

Les pieds savent le trottoir. Les aspérités. Les rainures.

Par cœur les savent.

Les articulations savent.

Les orteils savent.

Tous. Sauf les majeurs.

A gauche et à droite. Absents.

La cambrure aussi sait.

 

A gauche, des planches. Vertes.

Des planches verticales.

Horizontales aussi.

Le corps sait.

Sous les planches, des tiges.

Lourdes. De métal gris. Ouvragées. Plantées dans le sol.

Le corps sait. Les planches. La lourdeur des tiges de fer.

Les reins savent.

Le dos aussi.

Les fesses.

Les mollets.

Les planches, les tiges de fer, savent aussi le corps.

Les reins, le dos, les cuisses.

 

La boîte de métal.

Verte, la boîte.

La boîte le sait.

Sur le dessus, l’anneau de métal.

Sur les flancs, des inscriptions.

Les doigts le savent, l’anneau.

L’index le sait. Le détache.

Claquement. La langue le sait.

Les bulles le savent.

Le liquide ambré le sait.

Le sait dans la cascade de la gorge.

La langue le sait.

La glotte le sait. Dans son ouverture.

Les papilles le savent. Le tube salivaire aussi.

La déglutition aussi.

La pomme d’Adam sait l’avalement.

Monte.

Descend.

Monte.

Descend.

Le corps sait le glissement. Du liquide.

Tout le corps parcouru. Secoué le corps.

Spasme de la déglutition.

Le banc le sait. Aussi les planches.

Dans le mouvement. De chute.

Les soubresauts du liquide.

La grande dalle de ciment. Sous les pieds.

 

Une fente. Dans le sol de ciment.

De ciment gris.

Une lézarde.

En zigzag. La fente.

Les chaussures noires savent la faille.

Noire au centre. Dans le sol de ciment..

Le corps déglutit.

En son entier.

Ondulation du corps.

Liquide dans la gangue du corps.

De la tête aux pieds.

Le corps le sait.

Liquide, le corps. Fluide.

La colonne vertébrale aussi.

Vêtements soudés au corps. Mouillés aussi.

Sueur au creux des reins.

Sur les planches vertes.

Les verticales d’abord.

Puis les horizontales.

 

Le corps sait le mouvement descendant.

La liquidité.

Le déclin.

Les cellules savent. La fente de ciment. Liquide aussi.

Pluie.

Ne la sent pas.

Le corps non plus, dans sa liquidité.

Pluie battante.

Les filets d’eau savent la pente du corps.

Savent la fente près des pieds de métal. Lourds. Gris. Ouvragés.

Bulles d’eau. Dans la lézarde.

Ne sait pas le bruit.

Ne sait pas le mouvement.

La perte d’eau dans la fente.

Le ciment gris sait la lézarde.

Les gouttes s’égouttent. Dans la fente d’eau.

Le liquide ambré suit l’inclinaison. Vers le sol.

Le corps la sait, la déclinaison.

Les membres aussi.

Les veines aussi. Le trajet du sang. L’écoulement de la lymphe.

Déluge de pluie.

Qui connaît le chemin. De la chute. Vers la lézarde.

La peau sait sa consistance. Molle. D’outre.

De peau flasque. Son dépouillement aussi.

Les muscles, les nerfs, les os savent.

La liquidité de la peau.

Savent leur inconsistance propre.

Au contact de l’outre de peau. Qui déglutit les muscles, les nerfs, les os.

Ouverture de la lézarde. Qui boit le liquide ambré.

Ses bulles aussi.

Qui boit l’eau de la peau.

Qui boit le corps.

Ses fragments,

de peau,

de muscles,

d’os.

 

Pluie moins forte.

Goutte à goutte.

Bords peu à peu jointifs de la lézarde.

Sur ses rives, des bribes.

De peau.

De cheveux. Mouillés. Epars. Pellicules aussi. Rares.

Lézarde refermée.

Bruits internes de succion.

 

Le corps le sait.

De l’intérieur.

Dans son désordre liquide.

Lui ne sait pas.

Les planches vertes verticales savent le trench-coat.

Comme une peau usée.

Les planches horizontales savent le pantalon.

Noir.

Collé.

Les chaussures aussi.

Molles.

 

Le trottoir sait la boîte.

Verte.

Vide.

Verte.

Vide.

Mangée par le sol gris.

 

Sans âge, il était.

A mi chemin de la vie.

Peut être plus, peut être moins.

A mi chemin de la mort aussi.

Indéfinissable…

 

 

 

 

 

 

 

 

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