Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 08:18

 

La traversée du miroir.

 

 miroir.JPG

 Sur l'album de

SARACHMET Photographe.

 

   L'Indécise est là, dans le frimas du jour. Seule dans la pièce que visite un troublant clair-obscur. Image à peine posée sur le tain de la glace et, déjà, nous sommes loin, dans l'estimation de ce que cette apparition pourrait être. C'est comme un fin brouillard qui glace nos yeux et nous sentons l'incertitude ceindre notre front étroit. Le doute a posé ses palmes sur notre regard, a foré le puits de nos pupilles comme pour dire l'interdit. Il y a vertige à s'aventurer dans la connaissance de ce qui, toujours, fait ses mystérieux cercles au-delà de nos propres corps.

  De nous-mêmes nous sommes si peu sûrs. Une silhouette à l'encontre de la lumière, le tremblement d'une lueur, l'étincelle de la luciole dans les herbes des hauts plateaux. Alors l'Autre que nous devinons à peine dans l'enclin de l'aube, émergeant tout juste de la nuit, que pouvons-nous en saisir qui soit différent de la chimère ? Nous planons dans le songe et la Citadelle dresse ses tours, affiche ses mystérieuses fenêtres qui se tapissent d'ombre. Intérieur inaccessible. L'être est toujours en retard sur son visible déploiement, pareil à l'esquisse qui annonce le dessin sans en accomplir sa propre forme. Un glissement, le début d'une métamorphose, le passage de l'ombre à la lumière dans une teinte médiane, un genre de gris seulement lisible depuis les rives d'une conscience que nous supposons éclairée mais qui, souvent, se dissimule derrière la lourde aporie de l'exister. Que reste-t-il sinon à bâtir quelque hypothèse hasardeuse, comme l'on jette les dés marqués de points sur le tapis vert éclairé par l'opaline du destin ? Que reste-t-il sinon la plus incertaine des conjectures à sortir de soi avec précaution : le rapt est proche qui peut réduire à néant nos tentatives d'effraction.

  Alors le doute s'empare de nous. Il devient la seule perspective sur laquelle fonder notre regard. Mais quel est donc le cogito qui présenterait assez d'assurance pour nous dire la certitude d'exister de telle ou telle manière ? "Je pense donc je suis" . "J'aime donc je suis""Je rêve donc je suis" ? Eternels promeneurs des demi-jours nous ne percevons que trop rarement ce qui se dit à la jointure de la lumière, - cette lucidité dont nous devrions davantage avoir souci - , et de l'ombre, ce néant dont nous exhaussons afin de paraître. A vivre dans un genre de radicalité qui nous expose soit à l'éclat du ciel dans son immensité, soit à la densité nocturne de la terre dans son retrait, nous ne percevons des choses que leur mutité, non le dire ouvert dont elles se tissent.

  Or, c'est bien dans ce dialogue infiniment en suspens, lequel ne s'instaure qu'à l'aune d'un balancement entre la Vie et la Mort, que se trouve la totalité des significations dont l'existence nous fait  continûment le don . Mais, comme nous sommes Hommes, nous sommes Femmes, nous campons toujours sur des versants escarpés qui nous distraient de nous-mêmes et nous excluent de la dialectique des genres. Il nous faut, symboliquement, apprendre l'androgynie, seule façon de restaurer la parole dans le registre dont elle n'aurait jamais dû être exclue, sa capacité infinie de nous dire le juste milieu par lequel nous sommes au monde. Ceci veut simplement dire que l'androgynie est ce mythe par quoi l'amour humain, rassemblant en un même lieu les principes éternels masculin et féminin, conduit l'être dans une totalité dont il peut faire émerger son identité propre, sa nature essentielle.

  Cela, cette possession de soi dans l'unité retrouvée, TousToutes nous en traçons les tremblantes lignes à défaut de savoir de quelle manière les rendre visibles. Le miroir est cette belle surface réfléchissante semée d'illusions narcissiques, ce reflet trompeur  dans lequel nous ne faisons que redoubler l'image que nous offrons au monde, donc conduire notre doute d'exister à son acmé. Toute image est d'un tel  ordre qu'elle ne nous installe qu'à l'intérieur de nos propres frontières, faisant l'économie du tremplin ontologique de l'altérité. Ce dont  l'Indécise fait l'expérience est seulement la duplication en écho de sa propre angoisse d'exister. L'illusion se présente à elle comme la manière adéquate d'assumer son essor.

  Or c'est du contraire dont il s'agit. La Forteresse demeure vide puisque non fécondée par le principe complémentaire qui demeure dans l'occlusion. Il suffirait de faire du miroir une surface non réfléchissante dont la liberté permettrait la rencontre signifiante. La traversée du miroir est cette décision grâce à laquelle la médiation des genres s'opère, mêlant dans une seule et même harmonie tous les objets du monde, toutes les singularités, toutes les différences. Creuset de la révélation de l'être en ses esquisses plurielles enfin rassemblées. La traversée est ce geste de pollinisation mettant en contact les étamines-mâles et les stigmates-femelles avant que ne se disperse à l'infini la profusion du vivant en quoi consiste l'être en son essence. Ceci, parfois, se nomme aussi AMOUR. Ce que, souvent, les Hommesles Femmes oublient dans leur cheminement laborieux sur les sentiers de l'exister, alors qu'ils ne souhaitent que ce passage d'eux à eux, d'eux à l'Autre. Ainsi en est-il sous les cieux, près de la terre où toute semence est l'allégorie d'une présence dont nous sommes porteurs, le sachant ou à notre insu !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Blanc-seing.
  • Blanc-seing.
  • : Littérature et autres variations autour de ce thème. Dessins et photographies.
  • Contact

Rechercher