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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 09:31

 

  Lecteur, mon Compagnon d'infortune - nous nous plaignons toujours de notre sort, alors que l'arène regorge de sang et de viscères écartelés - tirons une dernière gloire de ce spectacle à nul autre pareil. Rares sont les moments où la pure barbarie montre son hideux visage. Serons-nous assez forts pour le dévisager jusqu'au bout ?  Mais, pourquoi logez-vous vos coudes de sauterelle hargneuse dans mes côtes étriquées ? Mais vous semblez, à proprement parler, fasciné par cette vision dantesque. Ceci n'est rien que de normal. On est toujours amusé du malheur des autres et quel bonheur, quel ravissement que d'annoncer, tout à trac, au milieu d'une joyeuse assemblée, la sordide nouvelle - un accident bien juteux par exemple, ourdi par un implacable destin -, laquelle nouvelle figera les traits des participants selon une mimique tragique : l'image de la Mort elle-même s'imprimant provisoirement sur l'arcade de la mandibule, l'aplat  du maxillaire, l'arrondi du casque frontal, alors qu'apparaissent, avec une forme d'évidence ultime, les fosses nocturnes des orbites. Puis, le vin aidant, la chaude familiarité faisant ses circonvolutions laineuses, les os, un moment apparus, se retireront derrière la souplesse des chairs, l'élasticité des tissus, attendant que la faille mortelle s'ouvre à nouveau par où soufflera, un jour, l'air définitif des catacombes.

  Mais voyez plutôt l'habileté de la femelle Requin à prélever, du bout de ses précieuses et délicates quenottes, quelque morceau de choix, un bout de foie, un bout de rein, et le pou boulottant quelque reste de cuir chevelu ne force-t-il pas votre admiration ? Quant au scolopendre, quelle disposition au mimétisme, tout de même ! L'apercevez-vous, dissimulé qu'il est grâce à l'entrelacement de ses milliers de pattes avec le faisceau vertébral ? Et seriez-vous au moins capable de démêler le corps de l'insecte de celui de Nevidimyj, dont, il faut bien le reconnaître, nous n'avons plus pour l'instant que la silhouette révélée par des rayons-X. Comment isoler l'atlas, l'axis, le sacrum de ce fourmillement proprement inconcevable, comment séparer l'animalité de l'humanité ? Certes, vous avez raison, il n'est guère utile d'en arriver à cette figure d'écorché vif pour percevoir, en l'homme, les mouvements du reptile, les coups de queue du saurien, pour constater que, en arrière des lèvres, s'agitent, en cadence les pièces aiguës, infiniment mobiles et dévastatrices des mandibules. D'ordinaire, la peau, le derme cachent la vérité. Ici elle est "tout nue" si vous me permettez cette expression triviale.

  Parfois, tendez votre oreille, vous percevrez au milieu des cahotements de l'Omnibus - il ne roule pas, ce sont seulement les convulsions internes qui l'habitent qui donnent l'illusion d'avancer, alors que nos ne faisons que du sur-place existentiel -, vous entendrez, parmi les feulements et autres glapissements les cris du Russe, lequel cloué au pilori, perd peu à peu sa consistance humaine, rétrocédant vers une forme éthérée, laquelle après le dernier vagissement, ne sera plus circonscrite qu'aux linéaments de l'esprit, puis aux vagues et presque imperceptibles contours de l'âme, avant que de disparaître, aspiré par la bonde suceuse du Néant.

  Mais il est encore temps d'assister à quelques saynètes avant que le Destin lui-même ne démonte la scène, range les accessoires jusqu'à la prochaine représentation. Pêle-mêle, étrange mélange de pinces et de pattes, d'antennes et d'yeux globuleux, à facettes ou bien lisses, d'ailes diaphanes et de thorax cuirassés, de queues coupées ou terminées par un trident, de griffes et d'abdomens annelés, de tarières et de nageoires, d'évents et d'ailerons, d'aiguillons et de maxillaires, de cordes nerveuses et de lores, de scapulaires et de manteaux, de cires et d'écailles, de sonnettes et de fourrures, de crochets et de fossettes, de glottes et de dents, de calottes et de caroncules, de doigts et de rectrices, de rémiges et de palmes, et encore toute une déclinaison anatomique dont nous ferons grâce au Lecteur, les Racinaires et Pédonculeux Passagers de l'Omnibus (dont tout un chacun aura compris qu'ils ne sont que la transposition métaphorique de Ceux et Celles confiant leurs minces destins aux ondulations et entrechats de la Ligne 27), donc les Convoyés ne s'illustrant plus, dans la pénombre propice à tous les crimes, que sous les auspices d'un aimable bestiaire dont on voudra bien considérer que les présentes occupations, si elles sont bien entretenues par le feu de la haine à l'encontre du Déjà-embarqué-pour-l'Achéron, n'en sont pas moins soutenues par une louable volonté de rendre au Coche des rues, une mine plus présentable avant que de rentrer au bercail. Et, à bien les observer, l'on eût pu se distraire à les classer en une infinité de catégories. On trouvait, par exemple, parmi cette joyeuse troupe : Artiodactyles et carnivorescétacés et  chirpotères ; dermoptères et hyracoïdés; insectivores et lagomorphes ; macroscélidés et marsupiaux ; monotrèmes et périssodactyles ; pholidotes et  pinnipèdes ; primates et proboscidiens ;rongeurs et scandentia ;  siréniens et tubilidentésxénarthres et ansériformesapodiformes et  aptérygiformescaprimulgiformes et casuariiformes ; charadriformes ;  ciconiiformes et coliiformes ;  columbiformes et cuculiformes ; falconiformes et galliformes ;  gaviiformes et gruiformes ;  passériformes et pélécaniformes;  phoenicoptériformes et piciformes ; podicipédiformes et procellariiformes ; psittaciformes et ptéroclidiformes ; rhéiformes et sphénisciformes ;  strigiformes et struthioniformes ; tinamiformes et trogoniformes ; chéloniens et crocodiliens ; rhynchocéphales et saurophidiens ; anoures et gymnophiones ; urodèles et agnathes ; chondrichtyens et ostéichtyens.

 

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