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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 08:55

 

 

"En faveur de l’enfant, qui croit pouvoir l’atteindre, avec ses petites jambes endolories, il n’ose pas élever la voix ; car les autres hommes lui jettent des regards de mépris et d’autorité, et il sait qu’il ne peut rien faire contre tous."

 "Jeune homme disponible, jeune âme inclinée à l'accueil de l'Autre, de ses faiblesses, de ses failles, cherchant à comprendre les ressorts intimes et secrets de la situation qui frappe l'enfant perdu; Jeune Générosité, tu es donc pardonné de refermer si vite le battant de la porte qu'un instant, à mon attention, tu avais entrouverte. Jeune homme incliné à l'honneur, tu n'es pas libre. Tu n'es pas un lionceau qui pourrait se détacher du groupe compact de  ses congénères et vaquer à sa guise, adoptant, au hasard de tes rencontres, l'attitude qu'il te conviendrait d'adopter. Non, ta crinière à peine ébauchée contient déjà l'empreinte de toutes les autres crinières, de tes semblables, du chef de la bande, des femelles qui lui sont attachées selon un vibrant harem, gage de la continuité de l'espèce. Non, jeune et insouciant lionceau, tu n'es pas libre. Tes feulements tu ne les pousseras qu'à obtenir le consentement de tes aînés, tes accouplements tu ne les réaliseras qu'à l'instant même où tu auras assuré ton autorité sur l'ensemble de la meute. Pour le temps présent, contente-toi de regarder le lionceau, ton frère, qui est blessé et implore qu'on l'entoure de soins. Tu lui aurais volontiers prêté ta patte afin qu'il puisse rejoindre le cercle des félins. Mais le chef en a décidé autrement. Il faut chasser, se saisir de nouvelles proies, survivre. Ainsi est la loi du groupe qui condamne toujours les plus faibles, les valétudinaires, les infirmes, les idiots. Ne cherche point à être secourable, tu finiras par attirer sur toi les foudres les plus mortelles, les plus injustes, mais il y a là une réalité indépassable. Ô, Voyageur estimable parmi les estimables, poursuis donc ta route et ne te retourne donc point, il en va de ton bonheur. Et n'aie point de remords, le groupe est là pour te protéger, te rassurer et la faute est toujours moins lourde à porter à plusieurs. La solitude est la condition de l'attention, l'appartenance grégaire son incoercible opposé. C'est ainsi !"

 "Le coude appuyé sur ses genoux et la tête entre ses mains, il se demande, stupéfait, si c’est là vraiment ce qu’on appelle la charité humaine. Il reconnaît alors que ce n’est qu’un vain mot, qu’on ne trouve plus même dans le dictionnaire de la poésie, et avoue avec franchise son erreur. Il se dit : « En effet, pourquoi s’intéresser à un petit enfant ? Laissons-le de côté."

 "Me voici rassuré. Tu as donc enfin compris qu'on ne protège la veuve et l'orphelin qu'à y perdre soi-même son âme. Poursuis ta route, à la recherche de ta bonne étoile. Le deuil que tu feras de mon inconsistante personne, fais-le aussi vite que possible, ton salut et ta gloire en dépendent !"

 "Cependant, une larme brûlante a roulé sur la joue de cet adolescent, qui vient de blasphémer. Il passe péniblement la main sur son front, comme pour en écarter un nuage dont l’opacité obscurcit son intelligence. Il se démène, mais en vain, dans le siècle où il a été jeté ; il sent qu’il n’y est pas à sa place, et cependant il ne peut en sortir. Prison terrible ! Fatalité hideuse ! Lombano, je suis content de toi depuis ce jour ! Je ne cessais pas de t’observer, pendant que ma figure respirait la même indifférence que celle des autres voyageurs."

 "Ta larme t'honore mais ne doit pas concourir à ta perte, Lombano. Ce siècle, comme tous les siècles sont sans pitié. Tous nous sommes des bêtes de somme que seulement la prison peut abriter de la terrible liberté. Quant à la fatalité, certes elle est hideuse et frappe ceux qui claudiquent et désespèrent, c'est la façon qu'elle a d'être charitable. Jetant sa vindicte sur les gauchis du corps, les boiteux de l'âme, elle concourt à leur bonheur en ruinant leur longévité. C'est cela que pensent tes compagnons de fortune assis au chaud ou bien respirant d'aise sur les hauteurs de l'impériale. Leur tour viendra bientôt qui les fera goûter au fiel de l'infortune. La nature est généreuse, il suffit de tendre les mains pour y recueillir les présents : soit la délicatesse de l'amande douce, soit l'intransigeance corrosive de l'acide acétique. C'est comme à la Tombola, Lombano, des jours on gagne, des jours on perd !"

 "L’adolescent se lève, dans un mouvement d’indignation, et veut se retirer, pour ne pas participer, même involontairement, à une mauvaise action. Je lui fais un signe, et il se remet à mon côté… Il s’enfuit !… Il s’enfuit !… Mais, une masse informe le poursuit avec acharnement, sur ses traces, au milieu de la poussière. Les cris cessent subitement ; car, l’enfant a touché du pied contre un pavé en saillie, et s’est fait une blessure à la tête, en tombant."

  Omnibus emportant ta charge de désespoir vers de sombres catacombes - les heureux de ce jour n'attendront pas longtemps avant d'être les démunis de la nuit -, rassure donc tes Passagers aux yeux obliques, aux oreilles ourlées comme la feuille du chou, aux poitrines pléthoriques, aux ventre gonflés d'acide, aux bassins immergés d'eaux putrides, aux hanches malfaisantes, aux cuisses lardées d'inconséquence, aux jambes torsadées par l'envie, aux pieds bots glissant sur le sol d'indifférence, rassure-les, chante leur de pieux cantiques dont leurs âmes cernées de gale feront leur miel fielleux, entonne leur des comptines afin que leur idiotie puérile les conduise à trépas avant que le dernier refrain n'entre dans leur immonde caverne. Moi Youri Nevidimyj, Moi Your...  Nev..., tu vois je suis déjà réduit à n'être plus qu'un pointillé, une suite de points de suspension dans le vide de l'existence, un aimable pavé - mais c'est certainement ta charmante roue cerclée de fer qui l'a disposé là, obligeamment, en guise d'offrande pour l'Egaré que je suis -, donc, un sympathique pavé vient de me trépaner pour l'éternité et ma tête ensanglantée est le tribut que je devais payer à la communauté des hommes. Pour eux, je ne serais plus un obstacle sur leur chemin, une manière de chien galeux auquel on se retient de donner des coups de pied, non par une noble indulgence, mais de peur d'attraper la gale ou peut-être même pire, on ne sait jamais avec les miséreux ce qu'ils peuvent bien dissimuler dans les replis pervers de leur anatomie de goule. Je ne suis plus qu'une boule de poussière parmi la poussière, un genre de guenille tirebouchonnée qui, sans doute, fera le bonheur d'un maraudeur ou d'un chiffonnier en quête d'une petite fortune immédiate."

 

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