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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 09:01

 

L'arcature du jour.

 

pr4 

 Sur une page Facebook de Psyché Rose.

 

 

   L'arcature. D'abord il faut expliquer le titre. En architecture, ce mot désigne les arcades, souvent de dimension modeste, destinées à apporter la lumière ou bien à servir en tant que motif décoratif. Selon leurs destinations, ces éléments, sont dits "à claire-voie" ou bien "aveugles". Par métaphore, l'arcature humaine s'ouvre à la clarté ou, au contraire, ne se dispose qu'à l'obscurité. Le court texte ci-après veut indiquer, par un jeu d'ombres et de lumières, la complexité de l'existence humaine constamment exposée à cette alternance de noir et de blanc. Noir d'avant la naissance - Blanc de l'existence - Noir d'après la vie. Et les signes sur le corps  comme autant de sémaphores  avant-coureurs de ce qui toujours s'annonce à nous dans une manière d'urgence symbolique que nous nous efforçons constamment d'oublier. Peut-être n'écrivons-nous qu'à provoquer la parution des mots, des signes, avant qu'ils ne se dérobent à nous.

 

  Toute annonce du jour est un poème. C'est pourquoi il faut s'y disposer, c'est pourquoi un recueil est nécessaire. Dans l'ovale du miroir se reflète la géographie  souple de l'Attentive. Son visage est une ombre à peine visible, une modeste effraction venue dire l'instant unique. Les yeux cernés de khôl, l'aplat des joues à peine carminées, le teint couleur rose-thé, l'arc des lèvres livré à une intime volupté, la lyre des bras inclinée vers l'aval, la colline des seins entourée de pénombre, tout ceci est une ode à ce qui va advenir. Tout ceci afin que le corps soit un écho, une réverbération de la lumière naissante. La clarté est un tel mystère et pourtant nous lui survivons et pourtant nous la regardons jusqu'à la limite de nos yeux, jusqu'à la pointe extrême de notre conscience. Sans elle, rien ne serait plus possible. Nos anatomies deviendraient icebergs flottant dans le bleu sidéral, nos mains crochets de givre, nos pieds racines se confondant avec la tourbe noire, plongeant dans l'humus pareil au bitume.

  La clarté, la lumière, l'éblouissement des phosphènes sur le dôme translucide du ciel, nous les appelons et, jamais, nous ne pourrions croire à leur possible disparition. Même les cryptes,  les souterrains, les catacombes brillent de l'intérieur, lancent leurs éclats ossuaires, jettent leurs lueurs de phosphore, aiguisent leurs flèches semblables à des harpons lumineux, à des trajets d'étoiles rubescentes. C'est ainsi, nous sommes faits de ce langage où, singulièrement, alternent étoiles vives et cendres tachées d'obsidienne. C'est ainsi et nous sentons bien que cette oscillation, cette subtile dialectique nous tisse depuis l'en-dedans de notre être jusqu'à notre périphérie de peau, laquelle n'est qu'un signe, un chiffre disant notre fiction, notre cheminement de comète parmi la ténèbre.

  Partout, autour de nous, alors que nous traversons l'espace sidéré, que notre sillage s'habille d'une pluie de météorites, nous sommes encore retenus par une origine celée, compacte, gluante comme le goudron. Alors nous nous débattons, alors nous agitons nos membres et nos gesticulations essaiment des pluies lourdes, des meutes de caractères fermés sur eux-mêmes, des encres, des jets de poulpe. Mais aussi  des incisions, des fulgurations, des crépitements, des braises. C'est toute cette complexité dont nous sommes habités, cette amplitude, ce perpétuel grand écart entre ce qui signifie et ce qui se perd, corrompt et disperse ses bombes, fait siffler ses soufrières au-dessus de nos têtes. Nous sommes un volcan en éruption, qui, depuis son socle de lave, projette ses lapillis sur la toile du ciel rendu à son obscurité première, à sa noirceur primitive, comme néant dont l'être se dissocie afin de pouvoir apparaître. Notre existence : un clignotement entre deux pans d'ombre, deux failles emplies de poix, deux mâchoires enserrant dans leur étau la matière noire d'où tout sort, où tout revient.

  Tout ceci, cette fabuleuse histoire de l'Existant, s'écrit sur la terre de notre corps, y imprime des lettres de feu, des arabesques, des mouvances, des ondulations, des efflorescences, des mutineries de traits et de points, des alphabets, des incisions au calame, des gravures, des tailles douces, des morsures au burin, des percussions de silex, des excisions, des tatouages, des scarifications. Tout ceci vient nous dire, en langage visible, ce que depuis toujours nous savons, à savoir notre condition mortelle dont ces signes sont la troublante métaphore. Des rives enténébrées, situées hors du temps, surgissent toujours, comme un rappel à notre finitude ces vibrants lexiques auxquels nous opposons notre face de clarté. Comme un exutoire, un antidote, un contre-poison. Seulement les flèches sont lancées depuis la nuit des temps qui, jamais, ne se distraient de leur but et, finalement, signent l'épilogue, la fin de la partie.

 L'Attentive est si belle dans sa posture hiératique, tellement ramenée à sa condition première, tellement méditative dans son attitude de doux repliement. Jamais, de prime abord, nous ne penserions que de telles pensées de finitude puissent l'affecter. Jamais nous n'imaginerions son âme troublée par autre chose que son affairement d'elle-même, son souci d'exister dans une manière de plénitude. Jamais nous ne nous laisserions aller à de funestes pensées la concernant. Et pourtant, ces majestueuses arabesques dont sa peau est tissée, ces ramures florales, ces fines broderies viennent nous dire en langage esthétique ce qu'un langage ontologique profère depuis toujours : notre être ne se meut sur un praticable que l'espace d'un spectacle. Les coulisses sont si proches où veille la confondante démesure. Pour cela que nous connaissons, nous sommes Hommes, pour cela nous sommes Femmes. La lucidité est à ce prix qui fait, continûment, son scintillement de luciole ! 

 

 

 

 

    

 

  

   

 

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Published by - dans Tentations Herméneutiques.

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