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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 15:52

L'Année du cultivateur.

 

  Les beaux jours reviennent : il faut vite en profiter pour semer les avoines, herser les blés, bêcher. Avril survient et la douceur ; les pêchers sont roses et les cerisiers blancs, les bourgeons s'ouvrent, les oiseaux chantent ; tout cela est bien beau (...) ; mais pour nous, ça signifie seulement qu'il faut se hâter de labourer, de planter les pommes de terre.

  Vient mai, le fameux beau mois de Mai (...) : il faut briser les jachères, curer les fossés, biner. C'est juin, avec ses beaux soleils ; les haies sont piquées d'églantines, les acacias sont chargés de grappes blanches qui embaument ; il y a des fleurs et des nids partout; mais nous cela veut dire qu'il faut se lever dès trois heures du matin pour faucher, et qu'il faut travailler sans arrêt jusqu'à neuf ou dix heures chaque soir.

  C'est juillet : en grande hâte, il faut finir le foin : le seigle mûrit. Le seigle est coupé; hardi ! au froment ! Abattons à grands coups les tiges sèches ! Serrons les javelles brûlantes ! Edifions en meules les gerbes lourdes ! Il fait tellement chaud qu'on n'en peut plus. Mais moi, le maître, je dois entraîner les autres : Hardi, les gars ! Hardi !

  Août bat son plein, et l'on cuit de plus belle. La moisson est finie : bouvier, vite à tes bœufs, il faut conduire les fumiers pendant que les chemins sont secs.

  (...) Septembre : les jours raccourcissent, allongeons-les ; le travail presse, les pommes de terre sont bonnes à arracher ; continuons de nous lever à quatre heures. Hardi ! les gars !

  (...) Octobre et les semailles : Hardi ! les gars !

   Voici novembre enfin : c'est la saison d'hiver, la saison du calme, mais non celle du repos ; il y a encore des besognes en masse, des labours de chaumes, des rigoles à creuser dans les près, des ronces à extirper, des haies à tailler, des arbres à ébrancher ; il y a surtout les animaux qui sont revenus à l'étable et qu'il faut soigner. Debout à cinq heures quand même ! (...)

  Et, tout le jour, allons patauger dans la boue, crottés jusqu'aux cuisses et les pieds mouillés. La veillée convient très bien pour couper la ration de racines fourragères des bœufs et des moutons gras, pour faire cuire les pommes de terre des cochons.

 

                                                                               Emile Guillaumin. (La Vie d'un simple).

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