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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 14:34

 

Honnies soient qui mâles y pensent (15)   

 

  Sous la farandole, qui faisait au dessus du lit, comme une guirlande de pieux préceptes à l’usage de jeunes mariés, Ninon et Fénelon, dans de virginales tasses de porcelaine blanche, trinquèrent à leur passion commune pour les aphorismes, au milieu des volutes d’arabica et des senteurs multiples qui montaient de la Rue du Pélican, que les premiers rayons de soleil commençaient à décolorer.

Ninon pensa qu’il était grand temps de passer aux choses sérieuses.

Le Comte pensa qu’il était grand temps de passer aux choses sérieuses.

Issus d’une commune pensée, où chacune ressemblait à l’autre comme deux gouttes d’eau, leur désir ne pouvait guère être différé qu’au risque de sombrer avant même que d’être consommé.

  Redoutant, dans cette sorte de flottement, que le tragique ne se saisisse d’eux, sentant confusément peser la menace de Thanatos sur Eros, se munissant chacun d’un calame et de deux carrés de toile, ils calligraphièrent, parodiant « Le Cid », deux courtes répliques en forme de pied de nez, qui, ils en étaient sûrs, le Destin saurait comprendre :

 

  NINON :     A moi, Comte, deux mots

                     N’ai-je donc tant vécu

                     A l’Hôtel du Midi

                     Que pour voir perdu

                      En une seule nuit

                      Le Démon de midi

                      Qui de Fénelon

                      Fait le siège assidu ?

 

FENELON :     Ninon, ôte-moi d’un doute

                        De Fénelon as-tu choisi la route,

                        N’auras-tu pas, à la nuit tombée,

                        Des nuées de regrets

                        Qui escorteront ton âme

                        Des souffrances du blâme ?

                        Si tel est ton désir,

                        Pourquoi encor souffrir ?

                        Sur-le-champ, aimons-nous !

 

 

     Ce qui, par Fénelon fut dit, fut par Ninon accompli, et, du septième ciel, les portes ne tardèrent pas à s’ouvrir, derrière lesquelles, chers Lecteurs, chères Lectrices, nous nous dissimulerons un peu, non en tant que voyeurs habités d’intentions lubriques, mais simplement animés du noble sentiment de voir s’épanouir, entre deux êtres que le Destin s’était ingénié à réunir, l’inscription secrète de la passion.

  Les préludes amoureux, non que la loi en soit intangible pour autant, sont, dans la majorité des cas, précédés des préliminaires du déshabillage. Ils le furent, suivant en cela une tradition plus que millénaire, empreints d’une pudeur qui entraîna Monsieur le Comte derrière le paravent, Ninon se tournant vers la lucarne, offrant ainsi à Lamothe-Najac la vue d’une croupe des plus prometteuses. Le Comte s’empêtra un peu dans le déboutonnage de sa veste de velours. Ninon remonta, d’un geste souple ses gracieux avant-bras le long du laçage de son bustier qu’elle entreprit de dénouer avec mesure et application, libérant le bout du lacet qui, alternativement, se dégageait, tantôt de l’œillet de droite, tantôt de l’œillet de gauche, révélant par petites touches une peau veloutée et soyeuse, semblable à la nacre de certains coquillages des Tropiques. Fénelon, quant à lui, s’escrimait sur la fermeture récalcitrante de son haut-de-chausse qui, selon lui, se prêtait de mauvaise grâce à l’impatience de son désir.

  Ninon était parvenue à libérer son bustier qui, ayant chu sur le parquet, révélait à Monsieur le Comte, de profil mais de façon non moins évocatrice, une généreuse et ferme poitrine qui lui rappela, par sa forme, sa couleur, sa densité, sa tenue, les grains de muscat d’Italie, gorgés de soleil, tendus sous la brise, prêts à libérer leur suc à la moindre pression, à la façon des capsules des impatients qui éclatent dès qu’elles sont effleurées, libérant leurs semences par centaines.

  Encore sous le charme des charmilles de la Riviera où poussait la vigne généreuse dont les fruits évoquaient les rondeurs de Ninon, Fénelon entreprit de défaire la ceinture de son caleçon - il faisait encore frais à Paris en ce début de printemps - , laquelle entourait la taille du Solognot de plusieurs longueurs de flanelle. Une fois le caleçon ôté, il jeta à nouveau un coup d’œil discret en direction du « raisin » d’Italie qui, était-ce l’effet de la lumière ou celui d’un léger déplacement de Ninon, lui faisait face maintenant, dans une sorte de « sfumato » vénitien du plus bel effet, lequel livra au regard médusé du Comte, deux superbes mamelons, longs, couleur parme, semblables à la truffe du hérisson « museau de chien », alors que, chez son épouse, les timides mamelons roses évoquaient plutôt le faciès aplati du hérisson « museau de cochon ». L’anatomie comparée de sa future maîtresse et de sa chaste épouse en resta à ce stade, non sous l’effet d’une tension de la volonté mais en raison, simplement, du « chef-d’œuvre », digne de la Renaissance, qui offrait à ses yeux le spectacle le plus sublime qu’il eût jamais vu.

  Vint ensuite le tour de la chemise à plastron, alors que Ninon, relevant d’un côté son ample jupe plissée, révéla progressivement ses fines bottines noires à lacet qu’elle entreprit de dénouer, remonta le long de ses jambes longues et fuselées, recouvertes de bas résille dont la jarretière noire, tranchait sur l’écume de la peau dans un contraste que Monsieur le Comte jugea hautement érotique, plus érotique, en tout cas, que sa façon à lui de se débarrasser de l’ultime sous-vêtement qui faisait encore comme un léger rempart à sa nudité.

  La jupe, relevée maintenant jusqu’à la taille, laissait entrevoir le bouillonnement de la culotte sous l’échancrure généreuse du porte-jarretelles. Ninon fit glisser le long de ses cuisses les derniers petits attributs vestimentaires, de quelques mouvements de reins qui révélèrent un étonnant Mont de Vénus, semblable à une colline boisée s’ouvrant sous la profondeur d’une gorge secrète. A vrai dire, de ce savant déshabillage, dont il était l’unique destinataire, Monsieur le Comte ne dut jamais bien se remettre. La vue de « La Joconde », malgré son admiration sans bornes pour Léonard de Vinci, ne lui fit jamais autant d’effet. Ce qu’il s’avoua à lui-même, dans une sorte de désarroi, ne sachant plus exactement si ce dernier résultait d’une sous estimation de l’œuvre ou d’une surestimation de l’œuvre de chair à la si parfaite carnation, au modelé si exemplaire.

  Force leur fut de constater : Nue, Ninon, sans nuisette aucune.

                                            Nu, Fénelon, sans  chemisette aucune.

 

 

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