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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 14:31

 

Honnies soient qui mâles y pensent (14)  

 

 Mais, Lecteur, Lectrice, avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de faire l’état des lieux du modeste logis de la Rue du Pélican. Au quatrième étage d’un hôtel ordinaire, l’Hôtel du Midi, sous les toits de zinc, Ninon habitait une mansarde de dimensions réduite, suffisante tout de même pour exercer son art. Ce qui, au premier abord, étonna Monsieur le Comte, ce ne fut ni le lit recouvert d’un jeté blanc crocheté à la main, ni la commode aux cinq tiroirs, ni le lavabo de faïence blanche, ni le bidet dont il supposa l’usage intensif et quotidien, ni la table de bois blanc où il supputait que la « Belle de Nuit » prenait parfois ses repas ou un café, ni la fenêtre à petits carreaux dont la mansarde était pourvue et qui donnait sur d’autres toits et d’autres mansardes de la Rue du Pélican. Non, tout ceci était somme toute assez banal.

 Ce qui surprit le Comte et le ravit en même temps, ce furent une quantité de petites toiles blanches suspendues au plafond par un fil de coton, semblables aux drapeaux de prière des Tibétains, chaque petit carré de toile étant porteur d’inscriptions que l’hôte de la mansarde se mit en devoir de déchiffrer, avant même qu’Eros ne vînt le caresser de ses plumes de soie. Afin de ne pas contrevenir aux règles de la bienséance, Fénelon de Najac expliqua à Ninon qu’il était volontiers cryptomane et, qu’à la manière de Champollion, occupé à déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens, il se passionnait pour les inscriptions et messages secrets et, qu’avant d’honorer la maîtresse des lieux, il souhaitait se livrer à un rapide inventaire des petits drapeaux afin d’en mieux connaître le contenu.

  Ninon, nullement choquée par la curiosité du Comte, l’encouragea à se plier à sa manie, pendant qu’elle préparait deux tasses de café. L’invité de l’Hôtel du Midi se livra sans retard à la lecture des petits feuillets qui, sous l’effet du vent venu de la mansarde ouverte, batifolaient à la façon de papillons surpris par la venue d’un printemps précoce. Chacun d’entre eux était calligraphié à la main, avec soin et élégance, en caractères semblables aux idéogrammes chinois, ce qui permit au distingué Solognot d’émettre l’hypothèse que chaque petit texte avait dû être tracé à l’encre noire, à l’aide d’un calame. Un premier inventaire rapide confirma ses impressions : les petits carrés de toile servaient de support à de courts énoncés, limités parfois à une seule phrase, parfois à plusieurs, sortes de petites ritournelles en vers, de chansons populaires avec couplets et refrains dont le contenu, c’était l’évidence même, avait l’allure de proverbes et dedictons, d’adages, de soties, d’aphorismes, petits sentiments populaires qui exprimaient souvent de profondes pensées.

  Monsieur le Comte comprit alors combien le Destin dépassait l’entendement des hommes et s’arrangeait, parfois, à faire se rencontrer des individus qui, pour être animés de la même passion, ne se fussent jamais connus sans sa mystérieuse entremise. Alors que l’odeur du café commençait à se répandre dans la petite chambre, Monsieur le Comte se livra avec frénésie à la lecture des  missives dont Ninon assura qu’il ne s’agissait que de bien modestes « pensées », destinées à remplir la vacuité des jours de repos. Il aborda les sentences qui, pêle-mêle, livraient leurs secrets, comme une noix ouverte dévoile ses cerneaux :

 

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B4

 

 

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