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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 14:15

 

Honnies soient qui mâles y pensent (13)   

 

Sa tête provinciale s’emplit de mots et d’images, de noms de rues : Rue des Halles; Rue Courtalon ; Rue Sainte-Opportune; Rue de la Ferronnerie; Rue des Innocents; Rue de la Cossonnerie; Rue des Prêcheurs; Rue Rambuteau; Rue des Lingères; Rue des Déchargeurs; la plupart des noms le faisant sourire; s’emplit d’images de Femmes multiples, chacune unique, du moins le pensait-il, dans l’exercice du  « plus vieux métier du monde »; d’images d’hôtels aux façades sombres, aux couloirs souvent éclairés de rouge; d’images de bistrots, de cafés enfumés, de terrasses animées où l’on mangeait, où l’on buvait, au milieu d’odeurs de cuisines fortes et épicées, du relent des étals que l’on lavait à grande eau. Décidément, la vie du quartier était à la hauteur des pages prometteuses du Petit Livre Rouge, dans lequel figurait, en bonne place, l’estaminet de l’Auvergnat et néanmoins ami, que le futur dissipé solognot s’apprêtait à rejoindre, remontant la Rue de Rivoli, tournant à droite par la Rue du Pont Neuf, pour rejoindre la Rue Berger et l’enseigne du Pied de Cochon.

  La soirée étant fort avancée, il ne restait plus à Fénelon de Lamothe, s’il ne voulait pas mettre en péril sa réputation « proverbiale », qu’à rejoindre Symphorien Lavergnolle auprès duquel il prendrait conseil afin que la lecture du Petit Viatique Rouge ne restât pas lettre morte. Ainsi, il se surprit à accélérer le pas pour remonter la Rue Berger, en direction de l’enclave auvergnate. A peine commençait-il à apercevoir la modeste devanture du Tenancier, qu’une superbe créature, encadrée par les portes à battants pourvues de verre martelé, fit irruption dans la rue, sous l’éclairage des becs de gaz. La créature était, comment dire, plus qu’une créature, LA créature faite Femme, ce que le Comte constata avec amertume car, une silhouette si parfaite ne pouvait convenir au « commerce » habituel d’un quartier si populaire et il pensa aussitôt qu’il s’agissait d’une voyageuse égarée dans une ville qu’elle ne connaissait pas. Pour cette raison sans doute, et pour quelques autres qu’il serait trop long d’énumérer du fait de leur fondement dans le complexe arbre généalogique de Fénelon, le Comte n’entendit pas la proposition d’une incursion au septième ciel que lui fit la belle inconnue. C’est seulement à la troisième reprise, lorsque l’infortunée, derechef, fit l’éloge de ses charmes, que l’étourdi reprit contact avec la terre que, pour l’instant, il avait désertée. La « Belle de Nuit », se souvenait avoir croisé son distingué futur client, la veille, alors qu’elle entrait chez Symphorien pour y boire un café. Elle prétendait s’appeler Ninon et n’exercer ce métier que pour une noble cause, celle de repêcher les âmes en peine qui erraient, surtout la nuit venue, dans ce quartier interlope. Médusé autant que fasciné, de Najac navigua de concert avec son Egérie, dans les rues qui pâlissaient, l’aube étant proche.

  Ils remontèrent la Rue Berger, contournèrent, Rue de Viarmes, l’édifice circulaire de la Bourse de Commerce, traversèrent la Rue du Louvre, déserte à cette heure matinale, obliquèrent à gauche, rue Jean-Jacques Rousseau, tournèrent enfin à droite, dans une petite rue qui portait l’enseigne « Rue du Pélican ». Avant de se rendre à l’hôtel qui abriterait leurs aventures, Ninon demanda à Monsieur le Comte s’il connaissait l’origine du nom de la rue. A tout hasard, et sans que la justesse de son assertion ne vînt un instant le tourmenter, il prétendit que cette rue était autrefois destinées au commerce des volatiles au grand bec. La réponse parut si cocasse à sa compagne de l’aube que celle-ci éclata de rire, son rire cristallin résonnant encore dans la rue, après qu’ils avaient monté l’étage desservant le septième ciel. Ninon expliqua à Monsieur le Comte l’origine du nom de la rue. Cette dernière était peuplée, il y a longtemps déjà, d’une kyrielle de Filles de joie, lesquelles ne sacrifiant pas encore à la mode épilatoire de leur Mont de Vénus, étaient réputées pour leur toison pubienne, si bien que, dans la Capitale, cette rue était connue comme étant celle du « poil au con », nom qui, par altération successive, était devenue, aujourd’hui, la Rue du Pélican. (A l’attention de mes curieux et cultivés Lecteurs : cette anecdote, pour paraître invraisemblable, n’en est pas moins vraie !).

  Monsieur le Comte, fort séduit par la culture de Ninon, souhaitait approcher, maintenant, une culture plus « manuelle ». Ce à quoi les deux occupants de la mansarde s’adonnèrent sans retard, sous les feux encore pudiques du jour qui commençait juste à déplier ses ailes.

 

 

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