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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 09:05

 

  Mais ceci, on l'éprouvait dans sa chair, on ne le thématisait pas et le concept n'était encore qu'une vague lueur dans un hypothétique horizon. On était dans l'égarement de soi, de la Nature, des phénomènes. On était tremblements, frissons, moraines dressées au seuil de la grotte, acculés à regarder le monde sans pouvoir réellement y participer, le soumettre au pouvoir d'une action, envisager quelque projet qui aurait donné les assises afin d'émerger de toute cette matière hébétée, sidérée d'être simplement là. Le feu céleste on le subissait avec une crainte toute animale, on le dotait de pouvoirs magiques, strictement incompréhensibles. Alors, aveuglés, on courait se réfugier au fond de la grotte, on couvrait son corps meurtri d'hébétude de peaux lourdes au suint fort, à l'enveloppement rassurant. Déjà on instituait dans  cette manière de refuge, dans ce recours au mythe protecteur de la grotte, dans ce ressourcement de soi aux positions natives, on instituait donc, on donnait lieu à ce que, plus tard, la psyché rechercherait avec fébrilité, cette douce conque féminine, cette réserve de chaleur, cette infinie oblativité où apparaître hommes, femmes pourvus d'une direction, d'un savoir sûr, d'un tremplin nous portant vers un avenir, nous ouvrant à la lumière du jour. C'était cela cette longue marche de l'humain vers la reconnaissance du réel, la recherche d'un sens à porter au-devant de soi.

  Alors il fallait graver les signes de la découverte de soi, de l'autre, du monde. Alors, le chiffre balbutiant de l'humain, le lumignon anthropologique, on commença à l'apposer sur les parois de la grotte, comme pour dire l'émergence de la sourde animalité, comme un règne à ouvrir au milieu des ténèbres, un exhaussement à assurer vers une possible parution sur la scène de l'exister. D'abord les mains, ces postes avancés de la conscience, ces empreintes de l'essence artisanale, ces manipulatrices de la terre, de l'eau, du feu, ces antennes brassant l'air de leurs conciliabules gestuels. Les éléments on les retrouvait, on les faisait siens, on les abritait du regard. On en faisait des objets de culte, on les portait à la dignité de prémices de l'art. Des mains négatives d'abord, sans doute chargées de symboliser, d'imprimer sur les amples aires pariétales les contours d'une absence. Oui, avec ceci qui commençait à recouvrir la blancheur du calcaire on pouvait s'absenter alors que le témoin de votre présence demeurait là, gravé dans la mémoire de la pierre.

 

 

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