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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 08:00

 

  Alors, soudain l'ordre de l'attaque fut donné. Une sorte d'injonction universelle, on ne pouvait savoir d'où elle venait. Du Ciel, de Dieu lui-même, de Jupiter, ou bien des Enfers, des sombres cavernes métallurgiques où régnait encore la puissance des flammes ? L'assaut fut terrifiant. A peine les légions humaines se mettaient-elles en marche que surgirent de l'éther mille éclairs plus brillants que toutes les inventions humaines réunies. De la terre sortirent des ruisseaux de lave incandescente qui brûlaient tout sur leur passage. L'eau libérée se déversa selon l'intensité du déluge et, bientôt, la Terre ne fut plus qu'un immense lac que les vents parcouraient de leur souffle impétueux. Bien évidemment, l'immense champ de ruines qui résulta de ce redoutable affrontement ne laissait que des traces infimes de la civilisation "mortelle" - le Poète avait raison - qui venait de disparaître, engloutie par les flots de sa vanité et l'aire illimitée de son incurie. Par-ci, par-là, flottaient encore des fragments de raison, s'évanouissaient des meutes de sentiments, des rivières de doute. Par endroits, sous le ciel lourd de nuages, la conscience faisait ses minces affleurements, son bruit de luciole. Des bribes d'imaginaire flottaient à la dérive. Des rameaux de vertu s'agglutinaient autour des vasières. De loin en loin, pareil à des esquifs en voie de perdition, on apercevait encore quelques palpitations de libre arbitre. Le Bien dérivait, quelque part, vers des rives éphémères. Le Beau avait des voies d'eau. Le Vrai ressemblait à un tronc perdu menaçant à tout instant de disparaître dans la grande dérive liquide.

  Bien loin de là, sur une colline vert pomme, au milieu de cerisiers en fleurs, dans le murmure des cascades cristallines, alors qu'une brise tiède envahissait le ciel, le soleil faisait rouler sa couronne d'or, la terre bourdonnait de vie, la Nature se frottait les mains, entourée des Éléments pareils à des enfants joueurs et primesautiers. Déjà ils n'avaient plus souvenir de l'homme et n'attendaient plus qu'une promesse d'avenir. La prochaine civilisation était déjà en marche. On entendait sa joyeuse symphonie dérouler ses anneaux derrière la colline que cernait une brume bleue. Une grande procession avait lieu avec, à sa tête, le Philosophe-Roi dont on disait qu'il gouvernerait avec discernement et sagesse. Déjà les eaux baissaient. Le monde était ainsi qu'au premier jour. Une pure lumière envahissait l'éther. Il ne restait plus aux hommes qu'à attendre leur futur, à la Nature à vivre son présent. Toutes choses étaient infiniment disponibles. Il suffisait de recommencer à jouer.

"Le monde est un enfant qui joue", disait Héraclite. Reprenons donc à notre compte cette belle leçon de sagesse, tout comme Alexandre Adler dans son livre éponyme. L'Auteur dit, à propos de cette citation :

 

  "J'emprunte cette phrase à Héraclite. Le monde est innocent et naïf. Il titube, hésite, frappe, détruit. Il oublie sa propre histoire. Mais chacun de ses gestes est aussi une création et un apprentissage."

 

  La "morale" de l'histoire, ainsi que de la "fable" qui précède est tellement limpide que nous ne la commenterons pas. Apprenons seulement la maturité. Parfois le temps est-il un allié précieux qui nous enseigne la bonne pratique du monde. Cela, nous le savons, au moins depuis une éternité !

 

 

 

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