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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 08:37

 

 

En-deçà des mots.

 

 

zoï-copie-1 

A propos de Zoï & Cie. 

                                                                                    

 

   Nous sommes au bord de l'image, comme en retrait, ne sachant proférer quoi que ce soit de vraiment dicible. Nous nous tenons dans une manière de suspens et y demeurons aussi longtemps que cette apparition nous visitera. Comment dire le trouble, traduire le frisson alors même que tout se noie dans une brume dont nous ne saurions éprouver l'aérienne qualité. Pourtant nous ne pouvons nous contenter de cette incertitude. Pourtant nous ne pouvons rester sur cette lisière, si près  du flou, de la ligne ambiguë se retirant sans cesse d'elle-même, comme commise à sa disparition, à son effacement.

  Alors nous sommes reconduits à évaluer ce qui nous échappe selon des figures déjà connues afin que, de ces esquisses, puisse naître une réassurance, se profile une terre où poser nos pas. Sans doute penserons-nous, d'abord, aux belles représentations de la Renaissance italienne et singulièrement au tableau de Sandro Botticelli"Le Printemps". Mêmes teintes douces, nacrées, parsemées de reflets d'ivoire, de blancs vaporeux. Nous n'aurons guère d'efforts à produire avant que n'apparaisse, dans la limpidité de l'air, un cortège de fleurs, roses-thé, lys, chèvrefeuille, ainsi qu'une pluie de pétales d'orangers. Toute une évocation à demi-mots d'une nature encore recueillie en elle-même, inclinée à la douceur de l'aube, à la pureté, à la virginité.

  Mais nous n'aurons encore nulle certitude quant à la photographie, à son contenu latent. Alors nous irons du coté de Balthus, de ses jeunes filles nubiles, à mi-chemin de l'enfance, de l'adolescence, gardant de la première l'attitude gracile, l'apparente innocence, la quête d'une possible protection; de la seconde une fausse ingénuité, une disposition à une libre exposition du corps, un penchant à un déjà troublant érotisme, sinon aux prémices d'une perversion. Serons-nous allés trop loin ? Déjà nos fantasmes seraient-ils présents dans un genre d'effraction qui ne voudrait se dire ?

  Nécessité de revenir sur des rives plus alanguies, moins exposés à une supposée passion.  Les Filles-fleurs de David Hamilton  sont là, par un genre de nécessité, comme pour réparer un coupable oubli. Mêmes teintes pastels, adoucies, même bruine, même voile, même vapeur dans lesquelles les jeunes Apparitions  flottent, absentes, chairs éthérées, presque impalpables à force d'évanescence. Un pur surgissement onirique dont il semblerait que nous ne puissions  jamais nous saisir. Mais revenons à de plus justes considérations, ne nous laissons pas abuser par la fascination de l'image. Qu'elles soient balthusiennes ou bien hamiltonniennes, les figurations sont toujours l'exposé d'un désir, d'un vertige, d'un abîme au bord duquel nous nous tenons comme sur le seuil d'un danger. La déflagration est là qui menace, qui fait ses orbes et à laquelle nous échapperons d'autant moins que la grâce recouvre ces œuvres du voile d'une supposée fragilité, d'un en-deçà d'un acte qui ne saurait se commettre. Et pourtant le chemin est là, sur lequelle le Voyeur est engagé, son long cheminement s'accomplissant bien après que la peinture, la photographie auront été, en apparence, abandonnées. Ainsi sont les images dans leur force première qui, longtemps, forent en nous des puits dont nous ne percevons même pas l'œil maléfique.

  Ces "Filles du Rêve", ici présentes, (nommons-les ainsi) , nous ne les voyons qu'au travers d'un brouillard, dans la lumière déclinante du crépuscule. Fragiles constructions de l'imaginaire à l'arrière desquelles nous pourrions élever quelque tour écossaise prise dans d'impalpables embruns  alors que le lac proche nous inviterait, sinon à la rêverie, du moins à une proche dissolution de l'exister. Nous serions tout simplement à l'orée d'un possible langage, dans la conque encore refermée des mots avant qu'ils ne consentent à s'ouvrir, juste une douce incantation trouvant refuge, en arrière des lèvres, dans le secret d'une mystérieuse alcôve. A l'origine, sans doute, le discours n'était-il que cela, une à peine efflorescence que seule une illusion des sens pouvait s'essayer à formuler. Ou bien s'agissait-il d'une mutité confrontée à l'infini silence du monde ? Peut-être cette image, minimale à souhait, si proche d'un secret, nous enjoint-elle de demeurer dans l'en-deçà des mots. Seul lieu possible dont l'art a, depuis longtemps, fait son domaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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