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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 07:38

 

Dans la marge d'incertitude.

 

agata2a

                                        Photographie d'Antoine d'Agata.

                                                   

 

 

  Placés devant cette photographie nous sommes intrigués, nous sommes conduits à une manière "d'inquiétante étrangeté", à partir de laquelle nous  serons soit dans l'évitement de l'image, de son abrupte sémantique, soit dans la confrontation de ce qui s'y dessine. Mais que l'on se situe en-deçà de l'œuvre, ou bien  au-delà, c'est d'un même sentiment de déréliction dont nous serons atteints. Il n'y a pas d'autre issue. Le tragique nous aura identiquement visités dont nous ne pourrons plus prendre congé.

  Ici, la force de l'œuvre résulte plus de son lexique limité à l'essentiel,- des murs, un matelas, un corps - plutôt que de chercher à s'inscrire dans les canons d'une esthétique plus conforme à notre habituelle vision du monde. Tout ici, dans le flou, dans l'approximation, dans le fragment, tente d'échapper à la figure du réel ordinaire afin que, d'emblée, nous puissions plonger dans une autre dimension, esquisse débouchant sur ces marges d'incertitude, slums, favelas, ghettos, chambres où se consument des fumées hallucinées, où agit en un tellurisme mescalinien quelque sombre et maléfique "noire idole", où se dessine la violence nue du sexe. Avec cela nous n'en avons jamais fini, quand bien même nous tenterions d'échapper à la dimension d'abîme que recèle toute aventure existentielle.

  Rien mieux qu'une photographie floue ne pouvait traduire l'égarement, la perdition, la voie sans issue à laquelle la figure humaine semble, par essence, destinée. Voyeurs distraits et inconséquents, nous assistons à une disparition. De l'autre, de nous. Le vortex est là qui fait ses sinistres ondes alors que la bonde en forme de néant ouvre le consentement du sujet à sa propre finitude.

  Rien de plus révélateur, de plus parlant, que ce lexique simple, dépouillé, cette économie de moyens, ce parti pris du noir et blanc, cette granulation, ces amas de ténèbres jouant en mode dialectique avec la blancheur du linceul livré à sa confondante nudité. Thanatos est là, sur le bord de l'image, cernant de toutes parts ce qui voudrait se dire de l'ordre de la vie, de son déploiement, de sa toujours possible aventure.

  La prostration du sujet, son vraisemblable accablement, sa solitude, son renoncement à s'inscrire comme question à la face des choses deviennent non seulement une réalité palpable, une vibration, une urgence, mais nous mettent en demeure, nous-mêmes, de nous précipiter tête la première,  dans cette aveuglante blancheur, dans cet étourdissant silence par lequel le néant nous apparaît afin que  nous puissions habiter ce qui jamais ne nous quitte, dont notre effacement, un jour, signe le dernier acte, à savoir cette temporalité finie. Cette photographie nous en livre, avec la force des évidences, la face incontournable.

 

 

 

 

                                                          

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                              

 

 

 

 

 

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