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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 07:55

 

 

Dans l'à-peu-près de l'aube.

 

 

aube    

 

Photographie : Dreaming of Zoï

 

 

    La lune blanche vient de glisser sous l'horizon. Les étoiles se sont éteintes une à une. Le ciel est une immense dalle de schiste habitée de silence. C'est comme si les hommes, dans leurs abris de toile, s'étaient endormis à jamais. Sur l'arrondi des dunes, sur les ciselures des palmiers, dans les oasis sertis de nuit, les grains de lumière commencent à faire leur chant de sable. Ils sont si serrés qu'on les distingue à peine. Ils retiennent encore l'ombre tapie dans leur centre invisible. La clarté n'est qu'une brume, un genre d'écume floconneuse dont les dormeurs sont à peine assurés. A cette heure, la marge d'incertitude est grande qui habite leurs paumes hagardes et ils ne sont même plus très sûrs d'exister. Ils flottent entre deux mirages, deux rives qui s'écartent l'une de l'autre à la vitesse des comètes. Cela fait un grand vide, une immense aire d'esseulement où palpitent leurs doigts inféconds. Ils ne peuvent se saisir de rien, pas même de leur fugace esquisse, à peine une lézarde sur la trame serrée du temps.

  Alors qu'au-delà des touffes d'oyats le jour commence à poindre, ils sentent la lente avancée, en eux, d'un vertige dont ils ne sauraient donner le nom. Juste des effleurements, des passages d'air, des battements à l'orée de leur corps transi de froid. Ils ne sont pas encore réveillés. Seulement ballotés parmi les premières levées de l'aube. En arrière de leur front, pareilles au lissé d'un marbre, au flanc d'une jarre,  flottent des images, peut-être simplement des hallucinations. Ils ne peuvent savoir, tant les impressions sont fugitives, simples particules d'argent flottant dans le révélateur avant que l'image n'apparaisse. Parfois leurs bras s'agitent, leurs mains griffent l'air, pathétiques acacias tendus vers d'improbables quêtes. Puis les gestes retombent, comme par lassitude. Dans la conque de leurs doigts, alors qu'ils croyaient retenir le jour, peut-être des restes de nuit, il n'y a que la mesure du vide et quelques traces de poussière dorée. Tout autour d'eux, sur les vagues des dunes, dans le ressac des palmiers, le vent fait sa musique légère. Au loin on entend le raclement des sabots, les bruissements de l'eau dans les rigoles de terre, le glissement continu des premiers lézards à la gorge palpitante. Puis plus rien. Un genre de vide girant sur lui-même. Une pure abstraction.

  Du voyage nocturne, sous les étoiles aux yeux inventifs, il ne reste que cet écoulement sans fin du temps.  Paillettes de mica qui s'égrènent lentement dans la stupeur du sablier. De cette déesse dont ils  ont rêvé, qu'ils touchaient presque de leur souffle, qu'ils effleuraient de leur désir nomade, il ne reste que cette vague forme de dune pareille aux  irisations de la lumière, à l'aube au grand mystère, à l'harmattan qui habite le creux des termitières. Le prochain rêve est déjà là qui attend, embusqué dans le puits profond des yeux. Bientôt l'ombre sera présente et, avec elle, les plis urgents de l'incertitude. Les hommes, à nouveau n'auront de cesse  de se précipiter dans l'abîme avec ravissement, attendant seulement que le jour les délivre de la hantise qui les aura habités l'espace d'une nuit.

 

                                                                         

 

 

 

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Published by - dans PHOTOSYNTHESES

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