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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 06:04

 

Cela qui vient à nous.

 

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                             Photographie : Blanc-Seing.                                                 

 

 

  La parution du jour est toujours un événement et nous sommes saisis d'étonnement. Le corridor de la nuit est si proche avec ses anfractuosités, ses poches d'ombre, ses ressacs plein d'inventivité. Cela nous habite encore avec la persistance que le papillon met à se dévêtir de sa chrysalide.

  Il y avait tant de mystère à être entourés, à être contenus, à être en route vers ce qui allait se produire et semblait de l'ordre du prodige. Nous vivions en abyme du temps, simple réverbération se répétant à l'infini, sans qu'il y ait de rupture, de césure, de point à partir duquel quelque chose de visible s'annoncerait. Une pure continuité dont nous ne pouvions nous abstraire puisqu'elle était nous-mêmes  en même temps qu'elle se disposait à devenir autre.

  Mais comment ceci est-il seulement possible ? Mais comment donc s'opère la métamorphose ? Comment le temps s'insinue-t-il en nous sans même que nous en ressentions la source claire, puis le ruissellement, puis l'ondoiement parmi la multitude à venir alors que nous avançons à notre propre rencontre ?

  C'est toujours un halètement, une respiration syncopée, une rapide effraction au creux même de l'intime que de poser ceci en regard de la conscience. Toujours il faudrait différer la mise en pleine lumière, toujours il faudrait laisser l'instant se recueillir en sa propre essence, dormir dans sa gangue d'éternité. Car certaines choses, cernées de haute solitude, ne peuvent descendre parmi nous qu'à l'aune d'une inquiétude, sombre lame d'effroi qui moissonne les têtes avant même, qu'en elles, se soit élaborée la question qui les occupe et, parfois, les taraude.

  Toujours des tumultes, toujours de rapides maelstroms autour de nos intellects dès que nous prenons garde de ce qui, par nature, se dissimule à la vue et dont le chant est si léger qu'il imite les balbutiements de la fragile libellule. C'est tout juste une tige de verre que nous serrons entre nos doigts égarés et qui, bientôt se brisera.

  De quel impérium nos mouvements sont-ils l'objet pour que nos gestes soient soudain si brusques, pris de fébrilité, attisés d'angoisse ? Cette infime vibration que nous ne pouvons même pas nommer, tellement il y a, en elle, de spontanéité, de naturel, de facile écoulement, pourquoi donc lui demanderions-nous de rendre raison ou bien de se manifester sous les auspices d'une quelconque matérialité ? Aurait-elle à se justifier, à se prouver, alors qu'elle s'éprouve continûment avec la force attachée aux justes intuitions ?

   Et puis, est-ce bien raisonnable de commettre cette subtile translation du temps à être autre chose que ce qu'elle est ? Pourrions-nous, de quelque façon, l'amener dans la présence afin qu'elle devienne visible, qu'elle nous dévoile un peu de sa merveilleuse anatomie. Jamais les choses n'apparaissent qu'à être différentes de nous, qu'à s'écarter, même dans l'infime, de notre propre silhouette.

  Est-il bien opportun de poser la question du temps, de l'espace, du langage, de l'être ? De tout cela nous sommes affectés depuis notre origine, pareillement à la respiration du monde. Nous le savons, nous en ressentons, à chaque instant, les multiples mouvances. Mais nous sommes hommes et nous tremblons d'effroi chaque fois qu'un mystère vient à notre encontre ou, plus modestement, quand le brin d'herbe vibre sous le vent sans que nous soyons informés de la raison qui l'anime.

  Demeurons en-deçà des choses, aussi bien que de ces manières d'absolus qui, toujours nous parlent, mais en une langue différente de la nôtre bien que nous nous déplacions toujours dans les mêmes orbes. Celles des significations qui ne se résolvent qu'à jamais être posées. 

                                                                                        

 

 

 

     

 

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Published by - dans PHOTOSYNTHESES

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