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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 09:03

 

"Connais-toi toi-même".

 

deborath alcione

 Sur une page Facebook  de 

Deborath Alcione.

 

 

  Oui, regardant cette étonnante photographie, nous sommes ravis et décontenancés à la fois. Mais quel Photographe digne de ce nom ne rêverait, une fois dans sa vie, de croquer un si beau Modèle ? De l'avoir dans son champ de vision et de l'y maintenir le temps que durera le charme, c'est-à-dire une éternité. Car, regardant, nous sommes cloués à l'image, nous sommes insectes épinglés sur la planche de liège de l'entomologiste et nous ne serons jamais libérés de cette icône qu'à la mesure d'une cécité ou bien d'une tenace amnésie. Certaines révélations nous conduisent directement à la paraplégie et, du reste, nous souhaitons y demeurer avec toute l'insistance de notre éternelle curiosité.

  Mais cette image nous affecte surtout par le regard en chiasme qu'elle suppose : tout s'y inverse, le Regardant devenant le Regardé. Merveilleuse fascination des situations qui jouent en miroir, sublime perception décuplée qui nous place, dans le même instant, sur l'avers et le revers de la médaille. Au-dessus du miroir étincelant de l'eau et sous la ligne de flottaison, là où les choses apparaissent avec la surprenante perspective de ce qui, d'habitude, se dérobe.

  Car cette photographie nous parle plus de nous que de l'autre, car elle nous oblige à retourner l'arme contre nos poitrines étroites et obséquieuses afin d'y dénicher une once de vérité. Ou bien, elle cherche à faire surgir une particulière épiphanie dont nous n'aurions pas encore pris acte. Jamais nous ne voyons notre visage, réellement, directement, à nu, si ce n'est par le subterfuge du miroir. Mais, alors, comment mettre en pratique la sentence socratique gravée sur le fronton du Temple de Delphes, énonçant le fameux "Γνῶθι σεαυτόν",  "Connais-toi toi-même" ?  Comment oser rivaliser avec les dieux et prendre acte de sa propre mesure, de sa dimension, de l'empan qu'elle représente en tant que projection sur le monde ?

  C'est bien ce problème philosophique que pose cette image, alors que l'on n'y voit, à première vue, que licence, érotisme, voyeurisme convoqué à des fins libidineuses. Sans doute y a-t-il de cela, nous ne sommes pas des figurines de bois ! Mais revenons au sujet de la perception de nous-mêmes qui s'offre continuellement à nous, à savoir comment faire pour procéder au surgissement de notre propre vérité ? C'est de cela dont il est question et ne cherchons pas à nous égarer dans des considérations périphériques et obsolètes qui ne constitueraient que des esquives. Nous avons constamment à témoigner, de l'univers proche, de celui de la communauté humaine - il s'agit, toujours et sans relâche d'humanisme -, de notre propre esquisse surtout, laquelle est constamment en question même si, parfois, elle prend la tournure d'un simple commerce avec nous-mêmes. Nous sommes, consciemment ou à notre insu, continuellement en fuite par rapport à l'alternative d'être, d'exister vraiment, depuis le lieu de notre naissance jusqu'à l'entrée dans notre finitude.   

  Mais que pouvons-nous demander à cette image que nous ne connaissons pas encore avec suffisamment  d'assurance ? Il suffit d'observer ce qui s'y trouve et d'en faire émerger quelques significations, d'en interpréter quelques symboles. C'est notre image qui est focalisée par l'objectif - cette si belle homologie du regard dénué d'a priori, disposé à mettre à nu -, laquelle image, après s'être elle aussi inversée dans le processus optique, fera son apparition sur la rétine de la "camera obscura", étonnante chambre noire pareille au mur compact, dense de l'inconscient, avant qu'elle ne se révèle en son essence, c'est-à-dire qu'elle fasse phénomène dans toute sa dimension éclairée-éclairante. Et ce prodige aura eu lieu par le regard de l'Autre - parfois nous permet-il d'exister sans que son pouvoir aliénant prenne le pas sur notre nécessaire liberté - par notre propre regard, la complémentarité des deux assurant l'assomption par laquelle, cessant d'être de purs objets à contempler, nous devenons des Sujets à part entière transcendant cette matérialité qui, partout, fait notre siège. L'esquisse humaine n'est que cela, cette mise à la verticale d'un projet qui tend, constamment, vers une signification. Sans doute l'évidence est-elle toujours présente à portée de main. Cette image, malgré son apparente désinvolture, nous a permis de nous en saisir. Jusqu'à notre prochaine cécité !  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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