Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 15:39

(Variations sur l’UTOPIE)

 

 

   « C’est sans doute ceci le réel minuscule, une pierre au milieu du chemin, une chute et au terme, rien qui ne se relève alors que le Réel Majuscule, celui avec lequel les Philosophes mes frères jonglent habituellement, s’élève de soi, plane à des hauteurs illimitées, s’extrait de la Terre, gagne le Ciel où ne règnent que des oiseaux libres, ivres de ceci, précisément, leur liberté qui est leur vérité, qui est l’essence même de leur vol. Mais, Terrien présentement libéré de ton corps, tu vas penser que je m’ingénie, telle Pénélope, à détisser la nuit ce que j’ai tissé le jour. A condamner la Philosophie pour en faire une simple matière, une pierre qui, jamais, ne pourra se connaître comme philosophale, mais lourdement contingente, cloîtrée en son être, sur le bord de mourir, abandonnant l’idée d’éternité qui, toujours l’avait hantée dans le genre d’une obsession et qui, soudain, s’apercevait de sa cruelle finitude. »

   « Oui, nous sommes constamment des êtres de désir, reprends-je, que la Nature contrarie à la mesure même de sa nécessité. Elle s’affirme continûment comme cette substance primordiale, toujours en devenir d’elle-même, grosse de son propre enfantement, bouleversée en son fond, immensément chaotique, traversée d’énergies primordiales qui migrent vers leur futur, secouée d’une terrible volonté de puissance, cette ‘Phusis’ dont parlèrent à loisir tes prédécesseurs dans la tâche de la Pensée, cette incommensurable dimension qui nous effraie quand nous tâchons de la situer à sa place propre, sidérale, cosmique, illimitée, nous les pauvres cirons qui plions sous le fardeau de l’exister. Sans doute ne nous relevons-nous jamais de cette démesure qui nous habite, nous rend infiniment vulnérables, fétus de paille dans l’œil cyclonique des vastes espaces océaniques. »

   « Ô, Terrien, combien j’apprécie ton envolée toute de lyrisme et de lucidité traversée ! Sans doute la métaphore - cette paille, cet Océan - est-elle la figure de rhétorique la plus conforme à combler le fossé dont je parlais à l’instant, creusé entre la condition humaine et le langage. Nous comprenons immédiatement, sans peine, la dimension de vertige qui habite deux entités si dissemblables, si éloignées en leur sens, un empan abyssal les place en des territoires opposés, non miscibles. Nous identifiant au fragile brin de paille, nous percevons combien l’Océan, l’être-des-choses-en-sa-totalité nous écrase de son poids incommensurable. Le simple écart entre deux mots dessine la ligne de partage entre le fini et l’Infini. Tout ceci est assez admirable pour que cela mérite d’être mentionné. A condition, bien entendu, de ne point abuser du langage à des fins d’exposition de soi en sa prétendue vérité, œuvre dont les Sophistes sont coutumiers, eux qu’intéresse seulement leur propre esquisse. Tout le reste n’étant que de surcroît ! »

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Blanc-seing.
  • : Littérature et autres variations autour de ce thème. Dessins et photographies.
  • Contact

Rechercher