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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 15:37

(Variations sur l’UTOPIE)

 

 

   Je suis tout à l’extase de cette découverte lorsque l’avisé Platon, désignant du bout de son index savant une forme circulaire à laquelle je n’ai guère fait attention, me pose la question :

   « Qu’aperçois-tu ici-bas qui, j’espère, parle à ton âme ? »

   J’applique mon regard à pénétrer ce que le Philosophe me montre. Dans un genre de Grand Anneau, que je nomme, pour la commodité, ‘Ville-Paysage ou Ville-Monde’, je distingue avec une réelle acuité, dans le premier quart, en haut et à droite, les plaisantes collines de Savoie avec l’image des ‘Charmettes’ qui, vues d’ici, me font penser à la spontanéité d’une image d’Epinal ; puis dans le second quart, en bas à droite, l’Atelier de Léonard qui se profile sur les doux vallonnements de Toscane. Enfin, dans la moitié gauche, un immense réseau urbain dont je peux distinguer, avec une précision géométrique, tous les quartiers qui en constituent le puzzle complexe. Ce sont des cercles concentriques qui s’emboîtent dans une parfaite exactitude, une succession de parcelles habitées, séparées par des canaux, se terminant en leur centre par un genre d’île plus élevée où, sans doute, s’élève le centre du Pouvoir et le ou les temples qui sont dédiés à son prestige.

   Voyant mon étonnement doublé d’une immense satisfaction, l’Auteur des ‘Dialogues’, sûr de son fait, me lance comme en un défi :

   « Super, qu’en penses-tu ? »

   Je ne remarque même pas le néologisme qui fleurit le verbe de l’Académicien et, tout à la joie de la découverte, je jouis bientôt du jeu étonnant de la réminiscence, ce qui, je pense, n’est pas pour déplaire à mon Hôte.

   « Mais, c’est bien l’Atlantide, si je ne m’abuse ! »

   « Tu ne t’abuses point. C’est même la vérité vraie. Aimerais-tu connaître l’Atlantide de plus près ? » 

   « Certes, mais comment faire ? Ce balcon est si loin et l’Atlantide si éloignée ! »

   S’apercevant de mon réel dépit, Platon ne tarde guère à me rassurer.

   « Terrien, oublie donc ton corps un instant. Rassemble-toi en ton esprit. Recueille ton esprit en ton Âme et sois plein d’une intime joie. Ici, près du Soleil, sous l’aile juste du Souverain Bien, nous n’avons plus besoin de nous encombrer de ces anatomies qui nous piègent et nous contraignent à nous confondre avec la matière. Tu le sais bien, Terrien, notre Être déborde toutes choses. Communément les gens croient qu’il s’agit de l’inverse, que ce sont les choses qui nous constituent, que nous en sommes de simples districts. Mais combien leurs jugements sont hâtifs et, pour tout dire, simplistes. Quelque individu du type de la chose a-t-il jamais eu une pensée ? Un concept est-il monté de la chose ? A-t-elle émis l’ombre d’une vérité ? L’ombre ? Sans doute. Une Vérité ? Jamais. Le plus souvent les hommes ne croient qu’à ce qu’ils voient : ce mur-ci, cette table-là, cette chaise encore, aux pieds solidement amarrés au sol. Jamais ils ne réfléchissent à l’Idée de Mur, de Chaise, de Table. Ils veulent un monde entièrement constitué de sable et de ciment, de paillage et de traverses, de plateaux de bois et de nœuds dans le bois. Ils ont une manière de logique concrète dont ils ne démordent pas, persuadés qu’eux-mêmes ne sont qu’un assemblage de muscles, de chairs, de sang. Mais, ne seraient-ils que ceci, ils n’auraient nulle conscience, donc nul recul et ne pourraient même pas savoir qu’ils font partie de la classe ‘hommes’. De simples choses parmi les choses. Mais je sais que tu entends mes mots, aussi ne perdrons-nous nul temps à démontrer des vérités. Le propre de ces dernières est d’être évidentes. Donc… Allons voir l’Atlantide ! »

  

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