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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 09:30

 

Je ne sais plus où je vous ai aperçue.

La mémoire a parfois des avens

dans lesquels elle se noie.

Peut-être dans la salle en demi-teinte d’un musée

 ou bien dans l’atmosphère apaisée d’une bibliothèque.

 Peut-être encore dans un boudoir,

dans un cabinet de lecture.

Peut-être seulement

dans la clairière de ma tête.

Parfois y naissent des images

sans réelle consistance,

elles glissent infiniment, clignotent,

font leurs étoilements et ne demeure,

le plus souvent,

qu’une palme indistincte agitée par le vent.

 

Mais, voyez-vous,

peu importent le lieu et le temps

de votre rencontre.

L’essentiel est votre présence

pareille au premier frimas

se posant sur l’étonnement des choses.

 Il m’arrive de me réveiller au cœur de la nuit,

l’esprit en déroute,

l’âme bousculée par la crainte de vous perdre.

C’est si léger les images du songe,

c’est si fragile,

c’est un cristal qui vibre

et menace de ne plus être.

Alors on tend les mains

dans la suie nocturne,

elles happent des taies de silence

 et on les replie en signe de deuil

ou de prière.

 

On est devenu autre que soi,

on ne reconnaîtrait même plus

la proue de son propre visage.

Le miroir ne renverrait

qu’une poudrée de cendre

et une immense solitude

serait le prix à payer.

Mais nul désespoir

ne saurait me sauver

de l’affliction de vous perdre.

 Pas plus qu’une soudaine joie

ne viendrait atténuer ma peine.

Et, d’ailleurs,

il me faut éprouver quelque chagrin,

 c’est le sol sur lequel

vous rendre désirée.

Non, le sourire ne convient nullement

à votre attente.

Une longue méditation plutôt,

une pensée faisant ses courbes

et ses élans dans la simplicité.

Vous en êtes le foyer

où nul ne songerait vous rejoindre.

Car il faut que vous m’apparteniez

en propre, sans partage.

 

La beauté ne se divise pas,

elle ne peut être que pleine et entière,

identique à un fruit mûr

dont on ne saurait violer la pulpe

mais regarder avec précaution

l’enveloppe charnelle,

 la tunique de pourpre

où bourgeonne le plaisir du jour.

Vous êtes une exception,

ceci vous le savez ?

Et, du reste,

pourquoi en dissimuleriez-vous

la juste effusion ?

Il n’y a nulle honte à avouer le rare

qui vous habite.

Sans doute avez-vous été élue des dieux ?

 Sans doute ont-ils tressé sur votre front

la palme d’une heureuse venue au monde ?

Bien qu’issue d’un rêve,

 je le crois et le redoute à la fois,

il me plaît de vous décrire.

Savez-vous, les mots

ont ce pouvoir magique

de vous poser ici, près de moi,

vivante effigie

que je pourrais toucher

du bout des doigts

si l’audace me prenait

d’oser quelque geste

en votre direction.

 

Mais la retenue est

ce qui vous convient le mieux,

 mais le silence est votre auréole,

mais la douce évocation

est l’empreinte qui sied

à votre naturelle pudeur.

Vos cheveux émergent à peine

du fond nocturne qui vient à moi.

Ils sont une à peine insistance,

comme une naissance

sur le bord du monde.

D’où viennent-ils donc ?

 De quelle source inaperçue

sont-ils le nom ?

Combien il est troublant

de vous relier à quelque mystère,

 de vous dire la Surgie d’un lointain

 et inconnaissable univers.

D’être mystérieuse,

vous entretenez le feu

qui m’anime,

 le ravivez et il crépite

dans le ventre de la nuit

pareil à une nuée d’étoiles.

Et ce front de marbre blanc,

ce front si lisse

que nulle veine n’y apparaît

qui dirait la douleur,

la servitude,

le désarroi de vivre.

 Il est une neige immaculée

 sur laquelle il me plairait

d’inscrire les traces

de ma propre quête de vous.

 

Mais jamais on n’offusque

qui l’on vénère.

Le devoir est de se tenir en retrait.

Quelques mèches éparses

(elles sont parfois

 la marque de la coquette !)

descendent sur vos tempes

à la façon d’une liane.

Vos sourcils,

 deux traits d’un pinceau délicat

 comme sur une toile de Fragonard,

cette exquise douceur retenue

à fleur de peau.

 

Vos paupières sont chastement mi-closes,

elles reposent sur les perles claires de vos yeux,

une lueur s’y anime,

sans doute venue de l’intérieur,

aussi n’en connaîtrais-je

que ce reflet,

cet éclair,

 cet instant

qui est instant de l’âme.

Pourrais-je vous dire soucieuse,

concentrée sur quelque pensée,

 oublieuse des êtres,

rêveuse ?

Voyez-vous combien

 j’ai de peine à cerner

ce qui vous anime en propre.

Mais c’est, je crois,

l’empreinte d’une grâce,

le sillage d’une félicité intérieure

qui ne laissent filtrer d’elles

qu’un mince filet,

je pense à ces résurgences

 d’une eau souterraine glissant

parmi les fins cheveux

des herbes aquatiques.

Le galbe de votre nez est parfait,

ni trop accentué,

ni trop linéaire.

 

Vos joues brillent

 d’une mince rumeur rose,

 vous savez ces délicieuses roses-thé,

on dirait la levée d’une aube

 traversée de brume.

Et vos lèvres tout juste entr’ouvertes,

 se disposent-elles à émettre un souffle,

 à prononcer le premier mot d’un poème,

 à faire s’élever les notes d’une chanson ?

Et votre menton,

cette blanche presqu’île

 baignée de lumière,

et la perte de votre cou dans le gris,

dans l’échancrure d’une chemise brodée,

et votre robe au rouge sombre de Falun,

ne termine-telle avec harmonie

 la délicatesse de votre portrait ?

Mais il me reste encore

à dire la double obole claire de vos mains,

elles illuminent du dedans de leur forme,

elles portent à l’éclat du paraître

cette étrange pomme

qui semble flotter dans les airs

 et vous fasciner

au-delà de toute expression.

 L’ai-je imaginée,

cette pomme,

afin d’introduire la notion

de tentation, de péché

et gommer d’une main

ce que l’autre avait donné

au titre d’une méditative splendeur ?

Non, mon Rêve au féminin,

soyez assurée de ma fidélité.

 Je ne pourrais renoncer à vous

qu’en renonçant à moi.

Il n’est pas si facile de mourir,

ne croyez-vous pas ?

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Loumi 19/07/2020 21:39

Au Temps du Pays Basque avec Montaigne & Don Quichotte....endurance.
Loumi=Neige

Blanc Seing 20/07/2020 09:23

Belle journée. BS.

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