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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 08:11

Vois-tu, c’est toujours

sous les mêmes ciels

 que je viens chercher

la trace du monde.

Elle est partout visible,

me dis-tu.

Certes mais ma vision a besoin

d’appuis particuliers.

Une ombre qui s’allonge

et glisse sur le sol.

Une lumière qui rebondit

puis plane infiniment

à la manière d’une traînée de cendre

ou bien d’une feuille d’argent.

 

L’espace est infini

qui fait son chant,

loin au-delà de la terre.

Mais quelle est cette brume

qui se lève

sur la plaine de la mer,

elle est si fine, si haute,

si peu assurée d’elle-même ?

Elle pose sur le globe de mes yeux

l’empreinte

d’une illisible présence.

Ô bonds immédiats de la lumière !

Ô étranges silhouettes

qui naissent de l’eau,

vous pourriez être des Sirènes

ou bien des Muses

portées par les flots d’écume !

Mais vous n’êtes

que d’étranges sortilèges,

 des rumeurs, des fabriques de rêves,

peut-être simplement

l’esprit sorti de mon corps,

il erre longuement

et paraît ne trouver

nul repos.

 

Là-haut est la belle clarté

 que cerne un horizon noir.

Le ciel est pareil

à une porcelaine,

il brille depuis son intérieur

mais garde, en lui, son secret.

Les humains sont trop petits,

trop épars, trop disséminés

pour qu’il puisse

s’intéresser à eux,

leur adresser la parole,

déplier les vers d’un poème

qui les rassurerait.

 

Le ciel poursuit sa route,

entraînant avec lui

ses théories d’oiseaux.

 Ils sont gris ou blancs,

ils se fondent à même

leur longue solitude.

Car, sais-tu, les oiseaux,

tout comme moi,

sont de grands solitaires.

Ils se contentent

de glisser dans le vent,

parfois saisissent

 une goutte d’eau

de leur bec courbe,

puis cinglent vers l’inconnu

 à la seule force de leur ivresse,

de leur liberté.

 

Connais-tu quelque chose

de plus libre que la course

du goéland dans la forêt de nuages

ou la pluie d’un mince brouillard ?

Et puis, nous-mêmes,

depuis la forteresse de nos certitudes,

 ne sommes-nous

de simples lettres

que le temps effacerait ?

De simples signes

s’élevant à peine au-dessus

d’une tristesse ou bien d’une joie ?

Oui, les deux sont identiques.

Toujours la joie appelle la tristesse

 tout comme la tristesse appelle la joie.

C’est la loi bien connue

de l’affinité des contraires.

Tout comme le jour appelle la nuit,

le sourire convoque les pleurs.

Pourrions-nous inverser

 notre condition d’hommes,

en faire un livre sur lequel

 nous ne graverions

que le chiffre de nos plaisirs,

le pas de deux de nos caprices ?

 

Un puissant rocher noir

 émerge du miroir de l’eau,

son ombre s’étale

sur la nappe liquide

avec un air de tragédie.

Trois silhouettes

tout au bout de la plage,

à contre-jour d’une falaise

 qui s’élève doucement

puis disparaît

à ma bien trop courte vue.

Serait-ce ici le bout du monde

et il y aurait l’horizon

puis un vertigineux abîme

et plus rien ne se donnerait

qu’un silence orné de vrilles muettes,

qu’un écho dont nulle falaise

ne renverrait la parole déserte ?

 

Ici, dans la levée immémoriale du jour,

il faut bien prendre garde

à être soi jusqu’au bout de soi-même.

Ne nullement se laisser distraire

par un bruit qui dirait notre dette

à l’égard de ce qui nous entoure

 et concourt à nous égarer.

Tel le fier albatros

se perdant dans l’azur,

dans le bleu transparent,

il convient de ne nullement

se laisser distraire,

mais de tracer son chemin de vent

bien plus avant

que la vue ne le permet,

 bien plus large

que la conscience ne l’autorise

. Nous n’avons d’autre destin

que de nous en remettre

à cette heure-ci,

sur l’immanent bord des choses

 et à attendre l’éternité.

Oui, l’éternité !

 

 

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