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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 16:56
Vers où ? (2° Partie)

Photographie : Hervé Baïs

 

***

 

 

Nous voyons cet oiseau

qui trace sa route en un fin sillage

à peine perceptible.

Sait-il au moins où il va,

lui l’intrépide, lui le décidé ?

Sa belle flèche gris-blanc fore l’espace,

les ailes sont amplement ouvertes

dans l’attitude de la course,

son bec est pointé sur un avenir

qui se lit, loin là-bas,

dans la claire résille de brume.

L’oiseau, là, l’oiseau de mer libre de lui,

se questionne-t-il au moins

sur sa présence entre ciel et eau,

sur sa destination,

sur ce qui l’attend après ce vol

puis encore après cet autre.

Un vol s’emboîte dans l’autre,

un acte en appelle un autre,

tout se fond en abîme

 dans l’illisible pente du jour.

 Ce vol hauturier,

 cette avancée à l’aveugle

dans les mailles serrées du futur

tracent-elles la voie d’un bonheur

ou bien ce vol n’est-il que la forme propitiatoire

qui attend la décision d’un dieu,

la permission de poursuivre cette course ailée,

de tenir encore le plus longtemps qu’il est possible

dans les plis d’air, de ne point chuter

(nous, les Hommes disons « finitude »,

l’oiseau que dit-il, a-t-il au moins

un lumignon de pensée

 ou a-t-il la lourdeur de la pierre,

le mutique enfermement ?),

de ne point sombrer là,

sur cette plage où passent

les éternels Rêveurs,

ils ne voient même pas

la fragile boule de plumes,

sans vie,

que recouvrira, bientôt,

une frange d’écume,

 linceul souple mais définitif,

linceul qui biffe un vol et le remet

aux profondes oubliettes de la mémoire.

 

Tout est toujours en fuite de soi,

il faut le répéter

à la manière d’une antienne,

en faire une joyeuse comptine

dans les cours d’école,

en tresser les cuivrés harmoniques

dans les fêtes où s’assemblent les hommes,

en dire l’urgence auprès de ceux qui,

 dormant debout, ne risquent que de chuter de plus haut,

tel l’inconscient Icare qui avait voulu tutoyer l’empyrée,

 le soleil y resplendit qui est sans pitié aucune,

sa tâche est de brûler jusqu’à l’extinction,

une éternité pour nous,

une seconde pour lui qui vit

à la mesure de l’infini cosmos.

 

Vers où l’oiseau, sans doute

 une mouette au corps fluet,

vers où, elle qui paraît ne voir

ni les rides légères de l’eau,

ni les traits de fusain des vagues sur le rivage,

 ni le rivage bordé d’écume où, bientôt,

 déferlera le monde sans souci des enfants

 aux visages de lumière,

des adultes aux faces contemplatives,

des vieillards aux figures sillonnées

des belles nervures de l’exister.

Tous ces Flâneurs qu’apercevront-ils

qui ne sera nullement eux ?

Chacun est occupé de soi,

c’est bien là la marque la plus apparente

de notre condition et son propre regard,

avant de le confier au monde,

on le destine à Soi en priorité,

lui attachant seulement après coup,

 telle esquisse au loin,

telle déambulation près de soi,

telle rencontre d’un Quidam

occupé à fouler le sol,

à y laisser les belles empreintes

de ses pas.

Vers où regarder

qui ne soit jeu purement gratuit ?

Vers où ?

Au-dedans de soi,

dans ce bastion de peau si léger

qu’un simple coup de vent

pourrait le faire se confondre

avec le premier nuage venu ?

Vers où ?

En direction de l’Autre

qui me met nécessairement en question,

au simple motif que j’en partage l’événement,

vers le vaste monde qui déborde mes yeux

 et dissimule toujours quantités d’esquisses

dont jamais je ne pourrai rendre compte ?

J’aurais tant voulu en archiver

la totalité des présences

dans le cercle fermé

de mon propre moi !

 

Vers où ce silence éternel

qui est réponse

à notre obsessionnelle question ?

Vers où ?

Quelqu’un enfin levé

au plus haut de sa conscience,

hissé au sommet de sa lucidité,

 atteint du don de définitive clairvoyance,

quelqu’un donc de haute destinée

me dira-t-il qui je suis,

si je suis vraiment,

vers où me conduit mon vol terrestre,

hautement terrestre ?

Que ne puisse-t-il connaître

de plus hautes altitudes !

Y a-t-il, là-haut,

en dehors du regard pointilleux

des hommes,

des champs d’édelweiss

à la blanche parure,

des ailes d’anges saupoudrées

d’un talc onctueux,

des neiges éternelles,

des sources

où étancher ma soif ?

Où le vol ?

Où ?

 

 

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