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19 janvier 2020 7 19 /01 /janvier /2020 09:35
Elle chevauche le vent (1° partie)

Fille Egon

Barbara Kroll

 

***

 

 

Fille Rouge,

fille de désir et de braise,

combien j’aime ta posture,

effigie dressée

 à la face du monde !

Bien des fâcheux

se désespèrent

de ta farouche liberté.

Combien ils ont tort,

eux qui ne vivent

que de menus faits

et débitent leurs patenôtres

à l’abri des regards,

dans de bien tristes églises !

 

Ta liberté, Fille de Vent,

 est ton étendard,

l’oriflamme que tu déploies

à l’encontre

des Sinistres et des Bien-pensants.

Te dire comment je te vois

c’est écrire des lettres de feu

aux fronts des Libertaires

et des Libres Penseurs.

 Eux te reconnaissent,

eux ne vivent qu’à t’envisager

dans leur propre horizon

qui est celui ouvert, mobile,

arrimé à l’immédiate

beauté des choses.

 

Nul ne peut voir ton visage

sculpté de volupté,

la blessure serait trop grande

par où s’épancherait leur âme,

par où se dissoudrait leur esprit.

Nul ne pourrait soutenir

ton masque de plaisir,

ces yeux profonds

 ouverts sur le mystère

des choses,

ces lèvres rubescentes

qui sont l’abîme

 où ils se jetteraient

afin de ne plus soutenir

cette vision

qui les rendrait fous.

 

Oui, Fille de Vent,

tu as ce pouvoir immense

de réduire à la démence,

 à la fois ceux qui sont

dans la distance,

à la fois ceux qui sont,

une fois, tes Amants

 et ne reviennent jamais

du voyage nuptial

dont tu leur as fait l’offrande.

Certains prétendent que tu n’es

qu’une Mante Religieuse

 qui aurait troqué sa robe verte

 pour cette vêture de chair rouge,

que tes lèvres ne seraient

que les mandibules au gré desquelles,

après le geste d’amour,

tu te repaîtrais

de tes innocentes victimes.

 

Mais que le monde est donc sot,

que les gens sont légers

 de soutenir pareilles billevesées !

Quiconque t’approcherait voudrait,

sitôt le baiser d’Amour,

recevoir, de toi,

 le baisser de la Mort.

Bien sûr nulle logique à ceci,

seulement la volonté,

après avoir connu le Ciel,

de connaître la Terre,

immense reposoir

pour les Amants fourbus.

 

 Oui, Terre après Ciel,

repos après l’infinie jouissance

dont tu es le temple,

 la Grande Prêtresse,

 l’ordonnatrice à tout jamais.

Sais-tu que moi,

qui écris à ton sujet,

suis depuis longtemps

 ton affable Serviteur

et, parfois,

oserais-je le dire,

ton Esclave ?

Ô ne va nullement croire

que le dévoilement de ce secret

ait quelque intention cachée,

par exemple de te séduire.

Certes te séduire me plairait

et rien ne me satisferait tant

que de succomber entre tes bras

de t’avoir trop aimée.

Bien au contraire,

ma mort justifierait

cet excès de toi

dont je suis atteint,

que seule ma disparition

pourrait effacer,

comme l’on gomme

d’une feuille blanche

un signe noir

que l’on trouve

trop insistant.

 

Vois-tu, parfois je ne peux

surseoir à mes phantasmes,

ils brûlent ma peau,

ils mettent ma chair au supplice

et ma libido écarlate te visite

telle la Reine que tu es.

Longtemps je me plais

 à butiner

 la falaise de ton cou,

à plonger mes cheveux

dans les tiens,

cette rivière d’ébène et d’acajou,

à en mêler les sombres confluences

afin qu’une fusion en naisse

et alors je pourrais te connaître

 de l’intérieur,

parcourir la tunique de ton cœur,

écouter ses pulsations carminées,

 me fondre dans la vasque de ton ventre,

m’immoler dans la forêt pluviale

de ton sexe.

 

Combien il me plairait alors

de devenir cet Ara macao

au plumage de feu,

au bec recourbé

qui prélèverait dans ton antre

les mousses et les lichens

de la pure passion.

Mais peux-tu au moins

connaître la fièvre

qui nous parcourt,

nous les hommes,

 à la seule idée de nous réfugier

au creux de ton intimité,

d’en humer l’odeur de rose,

d’en sentir la fraîcheur pluviale,

d’en éprouver la pliure

de soie et d’organdi ?

Sais-tu, au moins,

que nombre

de mes semblables,

après avoir absorbé

quelque élixir vénéneux,

cannabis, morphine ou héroïne,

 n’y trouvant guère leur compte

et désespérant de jamais

 pouvoir être les hôtes

de ton paradis naturel

se sont donné la mort

et que leurs âmes en perdition

volent,

pareilles à ces feux de Saint-Elme

qui brillent à la cimaise des caravelles ?

 

C’est ceci ton pouvoir :

 donner la Vie

et, pareillement,

 donner la Mort.

Pourrait-il y avoir

plus grande puissance

sur Terre ?

Nombre de mes semblables,

parlant de tes coreligionnaires,

usent de qualificatifs erronés

qui vont

de « fragile » à « menu »

 en passant par « frêle »,

comme s’il s’agissait

de jeunes rameaux

que le vent martyriserait.

Mais combien ils se trompent,

mais combien ils croient,

tels de naïfs enfants,

au privilège de leur sexe,

combien ils estiment

leur condition

au-dessus de tout.

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