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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 11:02
Passages simplement (Partie 2).

                       Oeuvre : Barbara Kroll

 

***

Oui, la pièce « est vide et blanche »

 et c’est cela même que vous prenez

 pour votre esprit qui, sans doute,

en a effacé la perspective existentielle ?

. Pouvez-vous, au moins,

supporter votre charge de Néant,

nullement vous dire Mortel

puisque votre existence

est encore plus réduite

que peau de chagrin ?

Que votre hypothétique vie

est tissée de Charybde,

ouvragée de Scylla.

 

 Exister, pour vous,

c’est endosser

cette dimension abyssale

au terme de laquelle

 vous ne pourrez découvrir

votre esquisse

 qu’à l’aune de l’intervalle,

qu’à la hauteur de la faille,

qu’à l’altitude du vertige.

Mais laissez-moi vous dire -

bien sûr vous ne pouvez m’entendre,

 mais quiconque parle et même s’égosille

ne fait commerce qu’avec le Néant,

tout au plus est-il ce bizarre ventriloque

dont les borborygmes ne façonnent

 que l’envers opaque

 d’une étique anatomie -,

donc laissez-moi vous dire

 comment je vous vois

et, ici, je consens à vous attribuer

quelque semblant de réalité

le temps de bâtir une rapide scène,

de dresser les tréteaux sur lesquels,

un instant seulement,

vous allez agiter votre corps

de pantomime,

votre silhouette d’acteur

de la commedia dell’arte :

sur un fond infiniment crayeux,

blême telle la Camarde,

on devine vos formes affligées

de Pénitents en méditation,

comme si la prière allait vous sauver

de l’Enfer,

des Autres

et de Vous

en dernière instance.

 

Mais vous savez que rien n’y fera,

que vous serez toujours

dans les coulisses,

 peut-être dans le trou du souffleur

ou bien logé au plus haut des cintres

regardant de vos yeux vides

 les pauvres hères,

les tristes emblèmes d’une vie

qui n’existe pas.

 Vous avez beau vous donner

des allures de dandy à la Baudelaire,

mimer quelque poème

des « Fleurs du mal »,

vous ne sortirez nullement

de l’ombre qui vous endeuille

 alors que vous n’êtes même pas nés,

nullement arrivés au premier signe

qui aurait pu manifester votre aube.

Vous n’êtes qu’un éternel couchant,

 un astre mort -

oui, tout comme moi, il va de soi -,

 un genre de choucas qui bâille aux corneilles

et n’en reçoit que le triste coassement

venu du plus loin d’outre-vie.

 

Quelqu’un aurait-il connu l’aventure

 d’un règne sur Terre,

 fût-il aussi prompt que l’éclair,

 aurait pu vous envisager ainsi :

forme double,

comme en écho,

genre de mirage d’astigmate,

à peine tremblement

sur la vitre dépolie de la sclérotique,

 pitoyable affabulation se prenant

pour l’Académie-en-personne,

spectre d’un passé révolu et amnésique,

chimère ayant perdu ses attributs mythiques,

simulacre cavernicole hantant

quelque phantasme platonicien.

 

Oui, vous êtes sans être,

vivez sans vivre,

existez sans exister.

Et ne croyez nullement

que le canapé fantoche

sur lequel vous êtes censé

 faire croître votre être nous abuse,

 non plus que le guéridon

- une table tournante ? -,

qui nous fait face ne délimite

quelque contour que ce soit.

Le Vide a-t-il des limites,

le Néant une enceinte,

le Rien des bordures,

la Déréliction une assise,

 la Folie une Raison ?

Allons, vous voyez bien

que vous n’êtes

qu’intervalle

entre deux mots ;

silence

au mitan de la voix ;

césure

du poème ;

élan pour le saut ;

apnée pour le souffle ;

 mouvement suspendu

de la diastole à la systole ;

point mort du balancier ;

point fixe dans le geste d’amour ;

espace entre cloche et marteau ;

 arpège arrêté du grave à l’aigu ;

 lumière au creux de la lourde matière ;

écart de l’Amant à l’Amante ;

 entracte, les acteurs se repoudrent ;

 pointes de danseuse dans le suspens du ballet.

 

Vous n’êtes

que PASSAGE,

oui, PASSAGE,

alors comment pourrait-on

vous fixer dans une existence,

elle qui fuit

au-devant de vous,

en arrière de vous,

 sans souci de qui l’a précédée,

de qui la suivra,

 elle qui s’évanouit constamment

dans ces mains que nous n’avons pas,

 que nous hallucinons,

alors que d’invisibles résilles de gouttes

chutent du bois sec de nos doigts

sans qu’on puisse, en quoi que ce soit,

en goûter la saveur,

en retenir cette pluie

 pareille à un sanglot.

 

Vous n’existez pas et pourtant,

sans vous,

les PASSANTS

comment saisiront-on

 ce qui est

ou feint de l’être ?

Sans PASSAGES

 et PASSANTS,

tout ne serait qu’illisible continuum

dans le chaos du Monde !

PASSAGES SIMPLEMENT

et pourtant si BEAUX !

Peut-être CE QUI EST,

n’est-il QUE CECI :

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