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28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 10:02
Ce monde qui nous regarde

                       Photographie : André Maynet

 

***

 

 

Ce monde qui nous regarde.

 Oui, CE MONDE !

Tout être en soi est

UN UNIVERS.

Une planète, oui,

une constellation d’étoiles.

Tout ceci à la fois

et encore un nombre illisible

de choses.

Nulle existence ne suffirait

à en tracer le mystérieux événement.

Nous les Hommes,

sommes des dormeurs debout,

d’étranges congères prises

dans le froid polaire.

Nous, les Hommes,

sommes des aveugles

aux mains qui tremblent.

Nous avançons

sur un chemin de crête

sans bien percevoir

les bonheurs, les joies

de l’adret,

mais aussi les chagrins,

les tristesses qui habitent

l’ubac.

 

Nous sommes des êtres

en partage

 et notre face est solaire

qui brille

et notre face est lunaire

qui s’efface

et plonge dans le mortel abîme

de la nuit.

Nous sommes des êtres

du voilement,

de l’éclatement,

de la diaspora.

Nos fragments sont épars

dont parfois

nous retrouvons

 quelques tessons,

ici sur le visage

d’un paysage connu,

là sur la nuque de porcelaine

d’une femme,

 là encore sur la clarté

d’une photographie

 qui se nomme réminiscence

et nous fait somnambules

de nos vies,

entre sommeil et éveil,

dans une manière

d’étrange léthargie

qui nous porte aux limites

de notre condition.

 

Il s’en serait fallu de peu

que nous ne nous prissions pour

« Des séraphins en pleurs Rêvant,

l'archet aux doigts »

dans une étrange

Apparition mallarméenne.

Eternellement, nous serons

 des êtres du songe,

des fumeurs de peyotl,

des buveurs d’absinthe.

Nous vivons en Poètes

et ne le savons pas.

Comment vivre en prose

parmi tous les malheurs

du monde ?

De si funestes images

en zèbrent à l’envi

 la chair dolente.

C’est une gageure

que de vivre

 en lisière de soi

et de n’en être point alerté.

Nous sommes en orbite

sur les effusions de notre aura,

comme si nous craignions

de rejoindre le plein

de notre conscience.

Une lame nous traverse,

une schize incise en nous

deux territoires :

l’un de glaise lourde,

de limon ombreux,

l’autre de rivières célestes

aux reflets de diamants.

Tantôt Matière,

tantôt Esprit,

nous naviguons à l’estime

parmi les écueils du jour,

les pliures des vents,

parfois les scintillements

qui font de nos yeux

des gemmes infinies.

 

Faisant ceci,

nous ne nous rencontrons

jamais,

ne croisons que des ombres

car nous vivons sur le mode

de la soif que jamais

nous n’étanchons,

de la faim qui, jamais,

ne parvient à satiété.

Il nous faut ouvrir les yeux,

les porter

 là où un monde se donne

comme la clé

de notre complétude.

 

Un boqueteau est levé

dans le ciel.

Le ciel est un souple camaïeu,

un subtil assemblage

de rose-thé et de myosotis.

 Une ampoule est vissée

au ciel.

On aperçoit son capot

de tôle noire,

le globe laiteux

de la lumière,

une pureté venant à nous

dans l’orbe du silence.

Ce monde qui nous regarde

EST LÀ

avec sa charge de sens,

avec ses bras couverts

d’encens et de myrrhe,

 avec les dons précieux

qu’il nous destine.

Un linge blanc festonne une table,

découpe un beau rectangle de lumière

parmi l’indécision des choses.

Deux sièges vides.

Attendent-ils deux Amants

 en quête de l’Autre,

d’eux-mêmes ?

Toujours il s’agit

d’emplissement,

deux êtres s’assemblant

en LUNIQUE.

Y aurait-il plus belle scène

que celle-ci ?

 

Emergeant à peine

d’un néant d’ombre,

ELLE qui vient à nous.

ELLE qui vient à ELLE.

Toujours mouvement en écho,

redoublement de l’être

que l’Amour assemble

comme pour des noces

célestes.

ELLE au visage blanc,

si doux, si effacé.

 

Effacement qui dit plus

que toute parole.

Signes du visage

à peine figurés,

 juste une touche,

 juste le glissement

d’une intuition.

Blancs aussi les bras.

 Jointives les mains,

on penserait à une prière

ou bien à la protection

de l’intime.

Une longue vêture noire

où se perdent les jambes.

Immobilité statuaire.

A quoi servirait-il de marcher

 lorsque la beauté est antiquaire

comme chez les anciens Grecs

qui l’ont inventée ?

Forme indépassable.

Forme en tant que Forme.

Essence parvenue

au faîte de sa parution.

 

Ce monde qui nous regarde

et nous confirme

comme étant présents

dans la toile de notre peau,

qu’attendons-nous

pour le connaître,

pour en entonner l’hymne,

pour réciter quelque louange

tressée d’air et d’eau lustrale ?

 Nous pourrions renaître de ceci

et devenir pareils à

un sillage de comètes

dans la plaine libre

du ciel.

Oui, nous le pourrions !

 

 

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