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29 décembre 2019 7 29 /12 /décembre /2019 09:55
Au ciel l’étoile de tes yeux

 

                       Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

 

Sais-tu combien les rêves, parfois,

sont de sombres réduits

où la conscience vacille ?

As-tu déjà éprouvé ceci,

une pluie battante

à l’horizon de l’être

et nulle âme

qui fasse sa lumière,

nul esprit dont la braise

aurait levé, en Toi,

quelque mince espoir.

Partout un noir de bitume

et les étoiles éteintes

par milliers sur la tenture du ciel.

Que faire alors de son corps ?

Un flottant drapeau de prière

luttant contre le vent ?

Une outre vide où ne recevoir

que silence ?

Une pente déclive offerte

 aux soucis du monde ?

 Il est bien malaisé

 de vivre en ce cas

et les mots se dissolvent

qui ne disent plus rien.

On est pareil à ces cerfs-volants

qui, dans la nuit,

cingleraient vers l’inconnu,

leur longue queue,

simple gouvernail fou.

 

As-tu déjà éprouvé ceci,

 la perte de Toi

en un aven sans fond

dont il est impossible

de remonter,

et, tout en bas,

le cratère des eaux glaciales

qui exhalent leur souffle

de cristal ?

 

Mais que je te dise

mon dernier rêve.

J’étais assis derrière

une table de nuages,

des courbes de vent glissaient

 le long de mes pieds nus.

Tantôt je me sustentais

d’une blanche écume,

tantôt d’une aile

qu’un ange négligeant

avait abandonnée

au souffle du Noroît.

C’était, je te l’accorde,

 une bien modeste Cène

et nul Apôtre pour lever le verre

en signe de joie ou de piété.

Quant à Dieu, nulle trace ailleurs

que dans les enluminures

d’une songeuse Bible

dont je feuilletais les pages,

vides et blanches,

chute de grésil

dans l’écho infini

du vide.

 

 Ecoute bien ceci :

je m’étais saisi

d’un calice d’argent

dans lequel j’avais versé

une magique ambroisie.

Un mélange de félicité,

 une touche d’espoir,

 un zeste de mélancolie.

À l’instant même

où j’allais offrir cette libation

à mes lèvres blessées,

voici que paraissent

MILLE PRÉSENCES

qui ne disaient leur nom

mais effleuraient

la soie de ma peau

d’une douceur de rose.

Ma vision n’était nullement emplie

de ce mystère et c’était simplement

un ballet de formes diaphanes

qui allaient et venaient

dans de souples fragrances

de miel et d’ambre,

un carrousel continu de frôlements,

une ronde virginale et primesautière.

Était-ce mon esprit halluciné

qui voyait en ces INVISIBLES PRÉSENCES,

ces Belles dont j’avais toujours rêvé,

que les magazines m’offraient

dans leurs pages aussi glacées

qu’insaisissables ?

 

Sais-tu, je crois bien que

si ces Formes avaient été tangibles,

de chair et de sang,

j’aurais vendu mon âme au Diable,

à Méphistophélès en personne

afin qu’une fois, au moins,

le goût du Paradis inondât ma gorge,

saisi des mille délices

qui hantent mes nuits sans somme.

N’étais-je qu’un grand enfant

au seuil de quelque Caverne d’Ali Baba ?

N'étais-je le jouet

de ces vapeurs orientales

qui longent les coursives

des « Mille et Une Nuits »

et, toujours, nous laissent

dans le désarroi d’en jamais connaître

la souple et merveilleuse texture,

d’en éprouver le baume,

d’en goûter l’ivresse.

Ce qui était advenu, je crois,

en ces allées imaginaires

parmi les grappes des désirs

et les ramures

des plaisirs inassouvis :

une perte de Soi à Soi,

que parfois l’on nomme « délire »,

ou bien  « égarement »,

si ce n’est « Folie ».

Mais non celle d’Erasme

qui agite ses grelots

et se vêt de couleurs multicolores,

 mais la Folie du manque,

laquelle est nue,

pareille à ces hauteurs

du Mont Chauve

où soufflent les vents mauvais

comme ceux que chante Verlaine

dans sa complainte d’Automne,

simple feuille morte

parmi le peuple

des bourrasques.

 

Sais-tu combien il est affligeant

d’aller naviguer au loin,

de risquer les hauts fonds,

les colères océaniques

alors que tout près de Soi

veille une douce flamme,

crépite une étincelle

qui est le véritable orient

de notre âme ?

 Maintenant,

ailleurs que dans mon songe,

plutôt dans un rêve éveillé

 inondé de conscience,

levant mon regard au-dessus

de l’inquiétude des hommes,

j’aperçois, tout en haut du ciel

 l’étoile de tes yeux.

On dirait, dans la nuit profonde,

de minuscules pétales,

peut-être de myosotis,

de véroniques

ou de gentianes,

venus du plus loin du temps,

du plus loin de l’espace,

manière d’inépuisable poésie,

de comptine pour enfants,

de fugue à la lisière des choses.

Alors comment dire le bonheur

lorsqu’il devient une telle évidence,

tels le rocher sur le rivage,

l’arbre dans la forêt,

l’oasis dans le désert,

comment dire ce qui, toujours,

 bourdonne

autour de Soi,

au-dedans de Soi,

tisse sa résille

de fils de la Vierge

dans l’aube qui point ?

 Le regard en est

comme embrasé,

va au loin,

fait ses meutes de ricochets,

revient là où, toujours,

 doit se loger sa pointe,

dans le pli immémorial

de la conscience.

Oui, c’est là que tu es,

parmi la jungle

de mes soudains emportements,

au crible intime de mes soucis,

 dans l’arabesque de mes voluptés,

au foyer de ma pensée.

 

Au ciel l’étoile de tes yeux,

j’en suis la douce irisation

au matin levant,

j’en estime le luxe

au zénith,

 j’en redoute la perte

au nadir.

Au ciel, l’étoile de tes yeux.

Jamais ne verrai plus loin

qu’EUX.

 

 

 

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