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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 16:51
Se levant au jour de l’être

                    Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

Cette lumière, me disais-tu,

cette lumière à peine venue,

ce mince liseré qui habille les choses.

Jamais, affirmais-tu,

l’on ne connaît l’autre,

juste ce contour

qui grésille à l’horizon,

meurt de n’être point arrivé

à ce degré d’ouverture

qui nous l’eût livré

tel celui que l’on attendait,

dont on n’osait espérer

qu’une rapide parution,

peut-être un simple mot,

puis la gueuse de silence

se refermant sur l’impénétrable

mystère des choses.

 

Longtemps nous errions

en nous-mêmes,

tels des navigateurs

au sextant pris de folie.

Nous ne voulions

nous enquérir de l’heure

qu’à ne nullement

y succomber.

Nous étions au bord du vivre

et souhaitions y demeurer

le plus longtemps possible.

Non pour briller.

Non pour nous donner en spectacle

sur l’illisible scène du monde.

Non, un destin d’éphémère

tout contre la vitre muette

de la lampe,

voici ce à quoi nous aspirions,

que nos présences si discrètes autorisaient.

Il nous fallait être, simplement,

l’un à l’autre face au doute

qui suintait du ciel.

Ne se savoir, chacun,

qu’en son anonyme contrée,

s’y abîmer dans la closure des yeux

 et voir, de l’intérieur,

la réverbération de ceci qui se refermait

à mesure que nous en demandions

l’impossible désocclusion.

  

Dans la courbe que faisait la lagune,

dans le bleu qui nappait tout

de son infinie et douce glaçure,

nos mains s’étaient rejointes

en une muette supplication.

Eût-il fallu que nous fussions

fous ou bien inconscients

pour ne pas happer

cet instant de bonheur,

l’enclore dans l’écrin

de ce qui se donnait

dans l’immédiateté,

en faire le sujet, plus tard,

d’une heureuse réminiscence.

Jamais l’on ne cerne

avec suffisamment d’exactitude

la plénitude d’un moment,

 le rare d’un lieu avec lequel

nous devrions jouer en écho

et que, pourtant, nous ignorons

pour la simple raison

que nous n’en apercevons

même pas la tremblante clarté.

  

La nuit venait tout juste

de quitter le socle de la terre.

Encore quelques haillons d’ombre

accrochés aux ramures des arbres,

ici et là.

Nulle autre présence

que la nôtre

et le langage de l’eau

dans son minuscule clapotis.

Ce flux, ce reflux de l’onde,

tu en sentais en toi

l’intime pulsation,

tu en devinais

 le vénéneux trajet

 dans l’étoilement carmin

de tes veines.

Tu me disais,

ce mouvement lent de l’exister,

cette si belle oscillation,

ce battement imperceptible,

ils sont la muse du poète,

le prétexte au rêve des aquarellistes,

ils sont aussi ce poison instillé

au plein de notre chair,

celui qui ruine notre devenir,

 tache l’espoir que nous avions

de pouvoir prospérer,

de connaître, peut-être,

un bref instant d’éternité.

 

Mais qu’était donc

ton corps auroral

se levant au jour de l’être ?

Une hallucination que tu m’offrais ?

Un sabbat de sorcière

dont je ne pouvais traduire le chiffre ?

Le rêve de l’inatteignable compagne

 dont je traçais la fuyante image

sur la toile perfide de mes nuits ?

Mais qu’était donc toute

cette immobile agitation

sinon le régime le plus contradictoire

qui se fût imaginé ?

Il y avait là,

à portée de mes doigts,

cette glaise souple,

tes bras dociles que l’air butinait,

tes longues jambes,

ces filaments soyeux

qui te reliaient à la sombre rumeur

de la terre.

Mais, ô combien tout ceci,

 cette lecture d’une vivante éphéméride

 qui s’effeuillait

dans la pellicule du temps

 était le spectacle le plus beau,

le plus inouï qui se fût jamais présenté

aux yeux des passants

et des chercheurs de sens !

 

Tout était donné

dans le pli attentif de l’heure

mais l’on n’en était toujours alerté

 qu’après que les choses

étaient passées,

que les événements

étaient retournés

au lieu de leur origine.

Alors que restait-il à faire,

sinon vivre à l’aplomb de soi,

ne faire qu’une ombre étroite,

coïncider un instant seulement

avec sa propre vérité

 - celle de l’autre était si loin ! -,

la déguster comme on le fait

d’un mets précieux ?

 

Mais, oserais-je l’avouer,

dans la verticale du jour,

alors que la lumière

bourgeonnait au zénith  

l’heure était passée

hors notre propre tumulte

- toute cette blancheur ! -,

nous nous sommes aimés

sur la rive soudain clouée

de chaleur.

Un instant,

un instant seulement,

 j’ai cru te connaître,

être allé au-delà de moi,

avoir franchi ma barrière de peau

pour enfin connaître

le revers de la tienne.

Mille illusions que ceci,

c’était la réflexion

de ma propre image

que je cherchais à saisir

dans le miroir profus

de ton corps.

Des étincelles s’y allumèrent

 qui, encore,

brûlent ma pensée

 aux moments de détresse.

Sais-tu,

toi la passante d’un jour,

combien de fois,

jusqu’à la cruelle obsession,

 j’ai rejoué cette scène

qui, aujourd’hui,

est si irréelle

qu’elle prend l’allure de brume

de la lagune qui nous accueillit

ce jour du passé

et ne parvient à mourir,

brasille au loin,

pareille à l’étoile perdue

au fond du firmament ?

Se levant au jour de l’être,

toi, l’inconnue,

m’avais crucifié

et je ne le savais point.

Seuls les stigmates

en forme d’éternelle brûlure.

 Le miroir m’en dit,

chaque jour,

 la tragique et ineffaçable

épiphanie.

 D’être ainsi cloué,

manière de chimère sacrificielle,

au mitan de mon destin

ne me désole nullement.

Ce que je voudrais, surtout,

mais ceci est hors de ma portée,

presser une fois encore

la pulpe de ton corps glorieux

dans celle, immensément vacante,

de mes doigts

et mourir.

Oui, mourir.

La seule liberté.

La seule délivrance !

M’y rejoindrais-tu ?,

mon unique

et éternelle consolation !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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