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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 08:19
Ces arbres traversés de lumière

                   Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

(Petite fantaisie néo-fantastique

A la mémoire du très fabuleux VINCENT)

 

*

 

 

Ces arbres traversés de lumière

quel langage tenaient-ils

à ton âme inquiète ?

Tout le jour tu errais

d’une colline à l’autre

sans même savoir le but de ta quête,

sans même te savoir, toi,

sans t’approcher de qui tu étais en réalité,

dont tu ne te doutais même pas

qu’une présence, un jour, pût exister.

 

Tu cultivais la carte de l’exil

comme d’autres leur jardin

et girais dans la vie

à la recherche de ta propre étoile.

Un signe au ciel qui t’eût rassurée,

qui t’eût dit le chemin

 à emprunter afin que,

lestée d’une possible pesanteur,

tu parvins enfin à assembler

le contour de ton être

et en jouir,

si tout au moins,

ceci était possible.

 

Mais ta complexité était grande

qui ne laissait guère de place

à quelque illusion.

L’on te cherchait ici

et l’on te trouvait là,

dans l’aire ouverte

du VIDE.

 

Dans le district l’on te disait folle.

L’on disait ta silhouette nocturne

qui frappait aux portes des masures

comme le font les chauves-souris,

se heurtant au métal de la nuit

dès que l’ombre tombe

sur leur vol erratique, éparpillé.

 Un tourbillon à jamais

qui ne se nourrit

que de sa propre ivresse.

 

Longtemps, moi aussi,

 j’avais couru

par monts et par vaux,

 espérant que mon étrange

pérégrination

me sauverait de moi

et de mes rêves hallucinés.

Et puis, je dois bien l’avouer,

je cherchais une âme sœur,

une compagne de voyage

dont l’essentielle vertu

eût consisté

à habiter mes jours

de sa propre densité,

cette dernière dissimulant

à mes yeux

les chausse-trappes du temps

qui s’ingéniaient toujours

à me reconduire dans cette manière

de NEANT

qui me persécutait

 et annulait tous mes gestes

 à mesure qu’ils sortaient de moi,

 étranges vols de freux

qui tournoyaient longuement.

 

Parfois, pris d’une soudaine fureur,

 j’en saisissais un vol

que je déchiquetais

avant même

qu’il n’ait pu réaliser

son destin en forme de croix.

Cela m’arrivait souvent

de jouer à ceci :

attraper une lame d’air,

la placer tout contre

le double globe

de mes yeux

et lui poser la question

qui me taraudait l’esprit

depuis la nuit de ma naissance :

Que faisais-je sur terre ?

Quel était donc le but

de mon étrange mission ?

Mon existence, avais-je

à la construire,

pierre à pierre

ou valait-il mieux

qu’une lézarde s’insinuant

entre ses murs,

l’édifice vînt à s’écrouler

tout seul,

ravi enfin que ma perte

consommée,

je pus devenir

 

PERSONNE

 

et renoncer à toute cette comédie

qui ne cessait de m’envoyer

par le fond ?

 

Parfois, les arbres ou bien les haies

chuchotaient à mon oreille

d’avisés et sinistres conseils :

 

« Précipite-toi dans l’abîme

tête la première.

Bois, tel Socrate,

un grand bol de ciguë

et prends ton envol

pour le ciel des Idées.

Pratique, tel le magnifique samouraï,

le seppuku,

entaille ton abdomen

 avec la lame aiguë d’un wakizashi

et regarde avec contentement

ton sang couleur de rubis

qui s’étend en minces filets,

fait sa course puis s’étale

en rhizomes incarnat

jusqu’au delta

de ton propre destin. »

 

Tout.

J’avais tout essayé,

 la corde,

le saut de l’ange,

 la poignée de champignons

 vénéneux

mais l’au-delà

ne voulait de moi

et je demeurais

dans mon linceul de peau

sans que rien ne se passât

que d’ordinaire

et de tristement contingent.

 J’en déduisis qu’il ne me restait plus

qu’à endurer mon sort,

à le rendre aussi étroit

que le fil du rasoir,

à longer les coursives fragiles

de la vie,

à demeurer dans l’ombre

des coulisses

et à ne regarder la pantomime

qui s’agitait sur la scène

que d’un œil vaguement distrait.

 

Finalement, je me serais bien vu

doté d’un destin à la Van Gogh,

vivant de rares subsides,

me sustentant de peu,

tirant de ma pipe

de longs nuages blancs,

faisant de brefs séjours à l’asile,

y recevant des injections

supposées atténuer mon mal,

peignant de l’aube au couchant

 des vols de corbeaux noirs

 essaimant la fureur

de leur condition

 au-dessus de champs de blé

écrasés de soleil.

 

Le soir venu

et jusque tard dans la nuit

je scrutais le pullulement des étoiles,

je buvais leur étrange ambroisie,

écoutais leur entêtante stridulation,

certaines entraient par mes orbites  

et faisaient leur sabbat

dans mes rivières de sang.

 

Un matin, revenant

d’une longue promenade

parmi les broussailles

et les terres grasses,

vêtu d’un coutil bleu élimé

et chaussé de godillots de paysan,

au détour d’une haie,

je t’aperçus,

oui, je te vis toi

la FILLE-TOURNESOL

empêtrée dans la danse

de saint Guy

de ta folie ordinaire.

Tu dansais et hoquetais

parmi le déclin immédiat du monde,

tu brandissais ta crécelle de pestiférée,

étais vêtue d’un habit d’Arlequin,

des pièces manquaient

qui révélaient des pans entiers

de ta nudité,

 

tu les appelais, ces manque-à-être,

 

« les guenilles de la Mort »,

 

tu sentais la Grande Absente,

 ses baisers acides

qui glaçaient ton sang

en même temps que ton corps

se réjouissait

de cet attouchement céleste.

 

Tu me disais,

lorsque je peignais,

sans relâche,

avec la hâte que seule

la folie peut octroyer,

 ma chambre à Arles,

mon lit de bois clair,

les lattes du plancher

lissées de lumière,

le petit guéridon

avec ses objets de toilette,

sa chaise paillée,

tu me disais :

 

« Vincent, viens

et faisons l’amour,

c’est notre seule chance

de demeurer en vie ».

 

Je te faisais l’amour

comme je le faisais jadis

aux prostituées de Provence,

avec une noire passion

dont je pensais

qu’elle pouvait extraire

de ma tête violentée,

de mon oreille ensanglantée,

la poix qui s’y était accumulée

depuis que le destin

 m’avait fait l’offrande

de ce poison mortel,

de ce violent opium

qui n’arrivait à avoir raison

de mon être,

du moins ce qu’il en demeurait,

ces coups de pinceaux sauvages,

ces coups de brosse funestes

 au gré desquels je criais

la douleur de vivre,

la crucifixion

de chaque respiration,

le coup de dague

dans le vif de ma chair

de chaque seconde

tel le terrifiant coup de gong

avant-coureur

de ma disparition.

 

MOI-LE-FOU de Saint-Rémy

de Provence,

le cloîtré volontaire

de l’Asile Saint-Paul

de Mausole,

le pensionnaire hagard

peignant jour et nuit,

sans relâche

ces iris - les dernières fleurs -,

cette Nuit étoilée - la dernière nuit -,

cet Autoportrait - le dernier Vincent -,

je procédais à ma propre manducation,

 je m’auto-boulottais

car ma folie était patente

et rongeait mon cerveau,

détruisait ma moelle,

 transformait mon corps

en ce champ de déluge

pareil à celui

 de ces oiseaux noirs,

les corbeaux,

qui moissonnaient le blé,

qui détruisaient la vie.

 

Alors, TOI-LA-FOLLE,

que mon esprit incandescent

 a inventée

afin que je puisse trouver

un écho

à ma propre démence,

je t’en supplie,

depuis la tombe

où je repose

- enfin - depuis la modeste stèle

qui orne une modeste terre,

viens donc me rejoindre et,

sur ce minuscule talus,

 

faisons l’amour,

 

fêtons EROS dignement

ce sera notre dernière FOLIE,

celle qui nous sauvera

de la MORT ou nous dispensera

d’en subir le cruel regard.

 

Oui, faisons l’amour :

 

le dernier mot avant

 

le NEANT !

 

 

 

 

 

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commentaires

Noble D'Yci 09/07/2019 20:10

Car tu en portais le nom, dans cet hemisphere ou seul, le poete, ecorché, reprend page après page l'univers de nos Solitudes, de nos détresses intérieures... de Celle ou de Celui, selon, souvent, nous en portons la trace/une cicatrice à l'arcade...il y a si longtemps - il y a si longtemps toi le Réfugié Intérieur - toi le Phare dans cet Océan ou seul les Vrais & les Libres côtoient ces drôles de boisés - Dieux olympiens emplis de charme,...par intermittence tu nous retrouveras...par intermittence comme cet éternité promis, oui promis. promis c'est promis.

Blanc Seing 21/07/2019 20:03

Merci Noble d'Yci pour tous ces commentaires et vidéos auxquels je n'ai pas toujours le temps de répondre. Bien à vous. JPBS.

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