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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 08:50
AUJOURD’HUI

                   Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

« Il n’y a pas d’avenir,

il n’y a jamais eu d’avenir.

Le véritable avenir,

c’est aujourd’hui.»

 

*

« Almanach des Lettres

françaises et étrangères »

 

Miguel de Unamuno

 

*

 

   Comment saisir adéquatement le temps autrement qu’à l’aune d’une « libre méditation » ? Car rien ne peut en rendre compte et la logique s’essouffle à en suivre les sinueux méandres. Alors c’est la pente intuitive qui se donne comme la seule « effectivité » possible. Alors c’est l’ouverture de l’imaginaire, sa longue fuite, selon les coursives inaperçues, qui rougeoient dans le silence. Alors c’est la seule vibration du songe en son éphéméride bleu. C’est comme vouloir happer un fragment du vol de la libellule, en regarder le trajet de verre, cette transparence qui dit son nom dans l’espace illisible du vol. C’est comme de voir le frémissement du colibri faisant son point fixe devant le calice empli de pollen, image de soufre, poudroiement à l’infini du somptueux mystère des choses.

   Mais Unamuno, venons-en à son assertion qui, d’emblée, nous confond et nous remet au « vierge, vivace et bel aujourd’hui » mallarméen. Ce que le poète dit en subtils attouchements, le philosophe l’assène dans l’implacable exiguïté d’un énoncé métaphysique, donc d’un tissage serré de l’impalpable, du bruit contrarié de l’inaudible, du bourgeonnement urticant de l’invisible. Unamuno, il faut le concevoir tels ces penseurs inquiets qui, en réalité, ne sont que les transpositions, à peine voilées, des thèmes existentiels de la tragédie antique.  Pensons prioritairement au « Phèdre » du génial Racine. Quel est donc « l’aujourd’hui » de l’épouse de Thésée, si ce n’est précisément que cet « aujourd’hui » est condamné par la volonté de la Moïra ? Cet implacable « Destin » dont on dit qu’il est « aveugle » et frappe au hasard ceux qui ont l’infortune de croiser sa route.

   Le drame de Phèdre est entièrement contenu dans sa propre fresque temporelle qui a connu la terrible césure de la passion. Lorsque l’Athénienne prend conscience de son désir incestueux  pour son beau-fils, c’est un écroulement de la temporalité qui l’affecte en son pli le plus intime. Dès lors elle n’a plus de passé : sans amour pour Hippolyte elle n’est plus. Sans projet pour un lendemain humainement envisageable, elle n’est pas davantage. Quant à la présence du présent dont est tissé le maintenant, l’immédiat représentable, l’instant faisant briller son étincelle, il a perdu tout sens possible, il brasille au loin derrière de ténébreux et fuligineux voiles. A la raison productrice de significations multiples et apaisantes succèdent la déraison, la folie hauturière, lesquelles ne peuvent que se solder par la mort.

   Chez Phèdre, le sentiment du temps a subitement disparu. Ce temps qui, habituellement, se bâtit d’instant en instant au gré d’une positivité, se décline par un assemblage des secondes, voici qu’il devient une simple entité nébuleuse sans un avant ni un après. Il est devenu ce bouton végétal replié sur sa propre confusion, n’attendant ni un retour dans les limbes, ni le surgissement que constituerait sa propre éclosion. Il est devenu une simple absence d’être, tout comme Phèdre est devenue une occlusion de sa propre histoire, une manière d’absence à elle-même puisqu’elle ne peut s’appartenir en totalité qu’à la hauteur d’un amour qui, par essence, est non seulement coupable, mais ne peut s’évoquer que dans la perspective de l’incontournable finitude. Autrement dit la figure de l’aporétique en sa plus insoutenable provocation.

   Si Phèdre peut encore « vivre » une certaine approche de l’espace : sa chambre, la chambre dans le palais, le palais dans Athènes, Athènes dans le monde, tout ceci à la manière d’une série d’emboîtements gigognes, par contre elle ne peut plus « vivre » les phases de la temporalité que d’une manière abstraite, désincarnée, autrement dit l’absence d’une absence. C’est bien là le drame de la durée lorsqu’un cruel événement vient en rompre l’habituel écoulement. Pour la reine, le  « vierge, vivace et bel aujourd’hui » s’est métamorphosé en son inverse, à savoir en cette dépouille, en cet abîme, en ce rien qui néantisent tout jusqu’à la forme même d’une existence. Le « vierge » a été offensé. Le « vivace » s’est enlisé, sédimenté dans un temps sans mémoire. Le « bel » a retourné sa peau et ne laisse plus paraître que les scarifications d’un derme meurtri.

   Mais reprenons la thèse du dramaturge de Salamanque d’une façon plus essentielle en la détachant d’une existence pour tâcher d’en percevoir l’essence. « Il n’y a pas d’avenir, il n’y a jamais eu d’avenir. Le véritable avenir, c’est aujourd’hui».  Mais « aujourd’hui » existe-t-il davantage qu’hier ou bien demain ? Quelle est donc la « certitude » dont nous pourrions assurer notre soucieuse condition afin que, libérée du poids trop lourd des contingences, elle pût enfin se percevoir comme cette « nécessité », sans doute finie, mais dont, un instant au moins, nous pourrions connaître une  liberté à nous provisoirement octroyée ? Le problème vient en droite ligne du fait que cette entité temporelle demeure à jamais intuitionnée et qu’y réfléchir est déjà en pervertir l’essence, y introduire les prédicats au terme desquels, chutant de l’intelligible, elle revêtira ses oripeaux sensibles qui n’en seront que les lointains reflets. Un genre de pantomime n’ayant même plus le souvenir de sa lointaine puissance.

   Toujours nous avons la certitude de « posséder » le réel au seul motif que sa matérialité (« le réel est ce que l’on touche », ai-je l’habitude d’énoncer), se laisse déceler au travers d’une positivité de son être. Cet arbre-ci, cette maison-là, en une certaine manière, « s’ajoutent » à la neutralité de ma perception, s’y impriment en tant qu’image, s’y donnent tel un ballet qui fait mouvoir ses ballerines et flotter ses tutus de mousseline, ses robes blanches de derviches tourneurs. Plutôt que la « circularité » (cette abstraction, ce concept), notre esprit n’en retient que ce mouvement, qu’aussi bien nous pourrions rejoindre de façon à « entrer dans la danse ». Et ce qui nous exclut de la « danse » à titre définitif, irrévocable, c’est bien le temps qui en ourle la présence, dont nous ne pouvons rien dire, dont nous n’avons nulle possibilité de tracer quelque figure pour la simple raison qu’il « n’apparaît » jamais , ce temps,  qu’à la mesure d’une négation, donc d’un retrait.

   Demain n’aura lieu qu’à effacer aujourd’hui, aujourd’hui ne brillera qu’à éteindre hier. C’est bien ceci, cette négativité en acte (pas seulement hypothétique, hallucinée), qui nous désarçonne et nous remet dans les mains d’un démiurge qui ne bâtit d’éternels châteaux de sable que dans le même moment qu’il les détruit, en supprime l’être. Telle est la nature des phénomènes, (la partie visible de l’être) ils sont un flux continuel de signaux que vient reprendre un constant reflux, synonyme de disparition, d’extinction, de perte à jamais de ce que nous pensions indestructible. Inexpugnable forteresse qui se lézarde et ne laisse percevoir que ses barbacanes écroulées, ses mâchicoulis de carton, ses échauguettes de comédie. Tout un burlesque qui se dissimulait sous les traits de la quotidienneté mais portait, en son sein, les germes qui en détruiraient la fragile architecture.

   La sublime mise en musique proustienne du « Temps perdu » (heureux titre s’il en est !), trouve son point d’orgue dans le fragment d’anthologie de la « Petite Madeleine ». Il semble bien que la sensibilité exacerbée de Marcel soit, en quelque sorte indépassable, comme si, en cette réminiscence d’un jour du passé se tenait la totalité de l’essence temporelle liée à la « possibilité » pour l’homme d’effacer définitivement sa propre esquisse du champ mondain. Finitude de l’homme jouant en écho avec la finitude du temps. La « Petite Madeleine » n’existe plus, pas plus que le Petit Marcel irrévocablement remis aux oubliettes du passé, pas plus que le temps qui leur donna visibilité l’espace d’une limpide joie. Ce morceau de « bravoure » littéraire est aussi la compréhension ultime de la chair existentielle lorsque celle-ci, partant d’une sensation ancienne, devient le lieu d’une perception réactualisée dans le présent de l’entendement.

   Ici, dans l’espace de ces mots quintessenciés, se donne à saisir le germe initial de la présence en tant que lieu intime de l’être, dans un registre à la fois mémoriel et expérientiel qui ne demanderait qu’à se réactualiser mais ne trouverait le site d’un court bonheur, la mesure  d’un ineffable don, qu’à la manière d’une fuite éternelle de ce qui est. Dans cet « aujourd’hui »  du temps proustien de la remémoration se joue l’entièreté du « drame humain » : je suis irrévocablement dans cet hic et nunc qui me ravit et me désespère, me libère et m’aliène en même temps. Temps tragique de la conscience, dague  mutilante de la lucidité quand elle frappe en plein cœur la cible du sentiment criblée de toutes parts de trous, de manques-à-être qui sont les failles par lesquelles s’infiltre le doute et, en définitive, la fragilité constitutionnelle des êtres-que-nous-sommes.

   Notre cogito le plus immédiat n’est nullement l’assertion cartésienne qui postule le « Je pense donc je suis ». Ceci est déjà trop conceptuel, trop « philosophique ». « Je souffre donc je suis », tel pourrait être le cogito proustien, lequel révèlerait la grande affliction qu’est nécessairement tout « temps perdu » en son inconcevable renouvellement. Le temps n’est « circulaire » que considéré du point de vue de la Nature, non en tant que réalité pour l’Homme. En ce dernier, rien ne se régénère que la corruption vient atteindre au plein de l’âme. De là, sans doute, naît la grandeur de la condition humaine. Nous sommes « l’espèce » la seule entre toutes qui sait qu’elle va mourir. Là est toute la différence. Là est la dimension qui nous sépare définitivement de la vie végétative de la plante, de la locomotion animale qui ne marche que pour marcher sans jamais en connaître le but. Une destinée eschatologique (de l’Homme), contre une destinée assommée de lourde et obtuse matérialité (l’animal).

   Mais reprenons avec Marcel : « […] peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience ».

   Tout est dit, ici, dans le style d’une pure élégance, au travers du scalpel de la lucidité de ce qui fait tache sur l’humaine condition : les défaillances de la mémoire (voyez « Oublieuse mémoire » de Jules Supervielle), la survivance du rien qu’est toute désagrégation de formes, l’usure de la sensualité en tant qu’accomplissement mortifère de l’âge, le long sommeil de ce qui nous fut cher, l’inévitable torpeur qui engourdit aussi bien le corps que l’esprit, enfin ce douloureux constat d’une désertion de la conscience qu’effectuent les choses vécues, autrement dit cette irrémédiable fuite du temps qui est son empreinte essentielle. Tout ce qui fait sens dans l’horizon de notre regard (un visage aimé, la rutilance d’une fleur, la beauté d’une roche trouée), nous le consignons aisément et l’archivons dans notre récit personnel sans difficulté particulière.

   Il y a même une certaine jouissance passive à en être les acteurs émerveillés. Il en va tout autrement des concepts (or, qu’est-ce donc que le temps sinon le concept diastolique-systolique de notre présence au monde, cette illisible résille, cette trame impalpable qui nous traverse sans que nous puissions en déterminer ni le flux, ni en savoir la forme car tout est toujours en apparition-disparition de soi et il n’y a nul suspens qui nous autoriserait à en prendre acte ?), donc ces concepts qui sont les abstractions à partir desquelles notre entendement bâtit ses hypothèses et met en fonctionnement toute activité sémantique qui préside à définir notre position dans l’univers, nous ne les cernons que dans une manière de brume éthérée, préférant renoncer à les élucider car nous pressentons que le prix de leur désocclusion serait lourd à payer, peut-être même serait-il mortel ? Pourtant, sans la multiplicité des sèmes, leur inévitable redondance, leur pullulation, nous ne sommes que des égarés, des êtres privés de boussole, des navigateurs sans sextants.

   Comme le prétend Hegel, sans doute à raison,  la « vérité est totalité », alors nous n’avons d’autre lieu où exister authentiquement qu’à faire se conjoindre toutes nos intuitions eu égard au temps, ce tremblement inaperçu, ce murmure sous les eaux, ce chuchotement qui s’élève à peine du réel dont, pourtant, et avec force, il sculpte les innombrables facettes à mesure de son imperceptible chemin. Une « phénoménologie de l’inapparent », selon la belle expression du « dernier » Heidegger, reprise par Françoise Dastur qui pense repérer chez l’auteur de « Sein und Zeit » (« Être et Temps »), la poursuite d’une science du paraître, initiée par Husserl, laquelle devient, dans une manière d’étonnant oxymore, la « monstration de l’invisible » puisque la thèse soutenue par le philosophe est bien que le seul sujet de la philosophie est la quête de l’Être qui n’est elle-même que la quête du Temps puisque Être, Temps = le Même. Et sans doute a-t-il raison dans le cadre de cette ontologie fondamentale dont, toute son existence durant, il s’est fait l’ardent défenseur.

    Mais je disais « Vérité et Totalité », leur nécessaire coalescence au vu de l’argumentation hégélienne. Percevant le temps, pour nous, modestes chercheurs d’un absolu « à portée de la main », nous ne le trouverons jamais d’une manière plus subtile que dans la somme de nos vécus empiriques, dans l’éventail de nos différents percepts, affects, concepts. Ce sont eux qui travaillent à l’édification de notre propre architectonique. A ces derniers nous joindrons les propos éclairants d’un saint Augustin : « Or, ces deux temps, le passé et l’avenir, comment sont-ils, puisque le passé n’est plus, et que l’avenir n’est pas encore ? Pour le présent, s’il était toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps ; il serait l’éternité ». Et que veut donc dire la logique augustinienne si nous la reportons aux propos de Miguel de Unamuno ? Comment, en effet, relier cette ponctualité présentielle, à savoir la présence du présent sans, de facto, en faire un infini, une éternité, donc une « chose » située hors du champ de l’humaine condition ? Certes, les concepts sont trop souvent arides ou bien trop éthérés pour qu’ils nous parlent « en situation » pour employer la terminologie sartrienne. Car c’est toujours de ceci dont il s’agit : de rapporter nos expériences quelles qu’elles soient à la factualité de notre être. En dehors du champ de notre conscience, en dehors de notre possibilité de connaître, les arguments intellectuels fussent-ils de « haute volée », ne nous apprennent rien sinon que nous avons toujours tout à apprendre.

    Le temps est une telle démesure, pour la simple raison de son intrication avec chacun de nos mouvements, le moindre de nos actes et le fait qu’il constitue, pour nous, ce terrible et merveilleux sans-distance  avec lequel nous n’avons jamais fini de nous interroger. Dès que nous pensons en saisir un fragment, le voici au loin, tel un enfant espiègle qui nous provoquerait à distance et ne nous destinerait que ses malicieuses et risibles grimaces. Le temps n’est jamais séparé des faits dont il soutient la venue, aussi, de nature strictement indissociable du phénomène apparitionnel, il nous est impossible de l’isoler sur la table de dissection de l’entomologiste au gré de laquelle nous pourrions débuter son inventaire. Par rapport au temps, lorsque nous voulons en dresser l’intime cartographie, c’est comme aux échecs, toujours nous avons un coup d’avance ou bien un coup de retard et c’est bien normal puisqu’il est déjà parti ou bien non encore arrivé alors qu’en suspens, nous éprouvons nous-mêmes, dans le creux le plus efficient de notre propre subjectivité, une brève éternité sans contenu effectif.

   Aussi nous sera-t-il demandé d’apporter, à « la totalité » que j’évoquais, en plus de ces ténébreuses perceptions, quelques sources littéraires ou poétiques dont je soutiens que, sans nul doute, elles nous éclaireront bien davantage que les finesses rhétoriques qui, en définitive, ne sont que prouesses de langage, non le réel tel que nous souhaiterions qu’il s’emparât de nous , si du moins, une telle chose est jamais possible. Si donc nous affectons une valeur temporelle au poème de Mallarmé, que pouvons-nous y trouver qui nous dise l’être de l’heure, la fulgurance de l’instant ?

 

« Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui

Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre

Ce lac dur oublié que hante sous le givre

Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui ! »

 

   « Le vierge » est ce qui n’a nullement encore expérimenté les stances temporelles selon leur habituel dépliement. Ici est donc imaginé ce temps originaire, ce temps des commencements, peut-être une parenthèse adamique, célestielle, paradisiaque, avant même que la faute n’entraîne la chute de l’homme dans les ornières de la quotidienneté. « Le vivace » dit l’éclair, la foudre de l’instant telle qu’éprouvée par l’artiste dans l’éclatement de son génie, la fusion du saint avec son idole, la dyade des amants au plus haut de l’accomplissement du désir. Temps fusionnel si proche de l’extase qu’il semble en être l’aliment essentiel. « Le bel aujourd’hui » se donne en tant que la synthèse d’un temps donateur de joie (temps adamique et temps extatique) et d’un temps tragique qui ne fait que « déchirer avec un coup d'aile ivre » la cuirasse à peine venue de l’homme en quête de son propre être. Car l’être-de-l’homme n’est révélé qu’au terme de son existence, lorsque sa « totalité » enfin réalisée il connaît cette Vérité qui le transperce et le condamne à trépas. Toute Vérité au sens strict est tragique. Voyez le cas de Phèdre crucifiée par son « déraisonnable » amour. Seule la mort l’en délivrera. « Ce lac dur oublié que hante sous le givre », n’est rien d’autre que la « Petite Madeleine » proustienne glacée dans les congères étroites du souvenir, les fontanelles de l’enfance y sont soudées comme avant toute naissance et la mémoire n’y est qu’un embryon sans devenir car jamais le phénomène originel ne refleurira, même au terme d’une ressouvenance. Le dernier vers du quatrain fait signe vers ce « transparent glacier », la nécessaire lucidité de la conscience qui n’a pu saisir que les « vols qui n'ont pas fui », cette guise d’éternité que nous tend tout « aujourd’hui » à défaut de pouvoir nous assurer de son être. Toujours avec le temps nous serons en délicatesse. Raison pour laquelle existent les arts de toutes sortes, la poésie, la brume de la métaphysique, le déploiement de la géniale phénoménologie. Ils ne sont là qu’à combler les vides laissés vacants entre les secondes, à néantiser les intervalles qui existent entre les parutions épisodiques du coucou dans la fenêtre d’ou il lance son cri à nul autre pareil.

   « Tout à coup, le coucou (le temps) dans mon cœur se met à sonner, très fort, bien plus fort que lorsque je fais mes crises. Je sens mes engrenages (le temps) tourner à toute vitesse, comme si j'avais avalé un hélicoptère. Le carillon (le temps) me brise les tympans, je me bouche les oreilles et, bien sûr, c'est encore pire. Les aiguilles (le temps) vont me trancher la gorge ». (C’est moi qui souligne).           

  « La Mécanique du cœur » - Mathias Malzieu.                                                 

 

 

 

 

 

 

  

 

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