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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 08:32
Affliction du jour

 

   « Les choses que nous aimons,

  ce sont elles qui nous affligent »

 

           Œuvre : Dongni Hou

 

***

 

 

 

Comment aimer,

se distraire de son être,

élire une âme amie

et demeurer en soi

avec la plus belle rectitude

qui se puisse imaginer ?

 

Car c’est de vérité

dont il s’agit, d’abord,

de conformité avec

l’essence que l’on est.

Combien il est éprouvant, déjà,

d’ouvrir sa forteresse,

d’y convoquer l’autre,

de lui accorder place,

de diminuer le cercle

de son emprise,

de faire de l’unité

l’orbe recevant le double.

 

La place que j’occupe

est toujours lieu de pure élection

dans la proximité.

Le corps est un objet qui, s’offrant,

se dérobe à sa propre tâche,

qui est de voguer à l’intérieur

de ses intimes frontières.

 

Le corps est asilaire,

perdu dès qu’il est hors de soi.

Amitié est ceci : affinité du corps à corps.

Amour est ceci : fusion des corps

en une seule et même matrice.

Visage unique, lequel dissimule,

sous un même voile,

deux figures distinctes.

 

Pourtant il faut bien consentir

à cette dilution de soi

qui appelle la dilution de l’autre.

Où se situe donc chacun

dans cette navigation

qui cingle vers les flots

de l’intranquillité ?

Oui, car il n’est jamais de repos

aux cœurs de ceux qui cherchent

l’inatteignable complétude.

 

Au large de notre vision,

bien des choses s’allument et clignotent

auxquelles nous ne prêtons aucun crédit.

Qu’en est-il de la feuille dans le vent

qui disparaît à même son vol ?

Qu’en est-il de ce fruit

qui se balance au bout de son rameau

et chutera bientôt ?

 

Mais les choses hors de l’homme

sont tellement insignifiantes

que nous les condamnons

à n’être que colifichets,

rapides manèges girant

au large de nos préoccupations.

 

Mais LA FEMME, là,

la souriante éclaircie,

l’éclair blond,

la dague de lumière

qui taraude nos chairs

jusqu’à la brûlure,

 pouvons-nous nous y soustraire ?

Pouvons-nous nous dérober

à son regard et aller l’âme en paix,

 le corps quitte de ses dettes,

libre de ses désirs ?

 

Nous, les hommes,

sommes si faibles

dans nos cuirasses fendues,

elles prennent l’eau et le vent

et nous nous sentons transis

jusqu’au plus profond dénuement.

 

Voici, nous nous levons.

Le soleil est blanc,

poudré d’une tristesse infinie.

On dirait Pierrot

ayant perdu sa Colombine.

On dirait Orphée

 en quête de son Eurydice.

L’air est serré telle une étoupe.

On avance à pas hésitants,

 pareil au fildefériste

sur son câble d’acier.

On tient la perche

d’un salutaire espoir

tout au bout

de ses longs tentacules.

 

On voudrait saisir la beauté

mais elle ne se donne jamais

qu’au prix de longs efforts.

On s’épuise à vivre,

on échoue dans l’œuvre d’exister.

On connaît le flamboiement

de la passion.

Il n’en demeure, le plus souvent,

qu’un long brasillement

qui fait sa gerbe lumineuse

dans la noire travée de l’inconscient.

 

On lance ses bras à la conquête

du solide, du rassurant,

de l’inextinguible présence.

Mais elle n’est que chiffon

s’agitant tout en haut

d’un bâton de prières,

que signe éteint au front usé

d’un étrange palimpseste.

 

CELLE qu’on a vue, là-bas,

dans le subit éclatement du jour,

celle qui s’allume

tel un brillant cosmos,

comment en faire le site

d’une joie perdurant

au-delà de l’heure ?

Comment se désigner

à son attention

autrement qu’à n’être

qu’un malhabile sémaphore

agitant ses bras au plein

d’une « Divine comédie » ?

Les cercles de l’Enfer sont si proches !

Ils font leur sombre rougeoiement.

Ils veulent connaître

le luxe de notre chair,

 y planter leurs braises inventives.

 

La feuille, la pomme, le morceau d’écorce,

Nous les piétinons

 sans quelque égard

pour leur être.

Ils sont semés ici et là 

mais au titre du hasard,

de la contingence,

de la dense matérialité.

 

Seule compte CELLE qu’on a vue,

 là-bas,

 dans son berceau de clarté.

Elle seule fait présence

Et demande qu’on la situe

 au plein de nos significations.

 

Elle est pareille à une étoile

piquée au firmament,

qui effacerait, autour d’elle,

quelque amas de poussière sidérale.

Ces poussières ne sont

que d’infimes détails,

de simples distractions,

les antonymes d’une Nécessité.

Aussi les regardons-nous

comme des diversions du temps,

des erreurs de l’espace.

 

« Les choses que nous aimons,

ce sont elles qui nous affligent »

 

Pour cette raison

nous sommes endeuillés

 de ne pas les visiter,

de n’en capter que l’éblouissement

sur le fond obscur de l’univers.

 Combien nous aurions aimé

nous aliéner à leur propre puissance

et dire, face à l’éblouissant Soleil :

« Tu es le rayon qui me féconde

et me porte au plein de qui je suis,

Aussi ma tristesse

est-elle infinie lorsque ta venue

se fait sur le mode confondant

de l’éclipse.

Rien au monde ne compte

que TOI ! »

 

« Les choses que nous aimons,

ce sont elles qui nous affligent »

 

 

 

 

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