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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 09:06
S’aliéner en la solitude ?

                  Photographie : Blanc-Seing

 

 

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   Toutes les formes viennent à nous mais c’est l’humaine dont nous retenons l’image. Le ciel est haut, taché de gris, pareil à un voile qui dissimulerait à nos yeux l’autre côté du monde. Nous demeurons en-deçà et notre vue s’arrête à ces quelques effigies perdues en plein éther : un homme debout, le profil de trois arbres, un horizon subtil qu’une teinte de corail verse dans une facile nostalgie. Posture d’une cinématographie qui se voudrait existentielle en même temps qu’esthétique. Tenue au bord des choses comme s’il fallait les interroger, comme si elles, en retour, posaient le cadre d’une dramaturgie.

   Fascination, convergence de notre regard en direction de cette silhouette humaine trop humaine. Elle porte en elle la profonde ressource d’une énigme. C’est sa verticale solitude qui nous met en demeure de trouver une explication à cette présence. S’aliéner en la solitude ? C’est, ici, la prémisse qui se fait jour, laquelle semble découler du Principe de Raison. Postulat : solitude est un manque qui demande à être comblé. Mais le problème est-il si simple qu’il se clôturerait à même sa propre formulation ?

   L’homme ici debout semble pris de trouble face à la beauté partout présente : du ciel, de la couleur à peine apparue, de la douce vibration du lointain. Il ne peut nullement se déporter de lui-même, ni s’absenter  de cette vision qui le grandit et le comble. En toute hypothèse il ne peut y avoir que cette intime relation établie entre lui et ces choses qui le portent à son accomplissement. La contemplation de la beauté est le lieu d’un unique regard partant de soi, allant à l’objet beau, retournant à soi. Il ne saurait y avoir de trajet divergent, de présence annexe contribuant à l’énoncé d’une joie si entière qu’elle ne saurait admettre de chemin parallèle, de concert à plusieurs voix, de polyphonie diluant ce prodige de la relation de l’unique à l’unique. Le paysage beau est unique. Le Regardant est unique. Rien ne pourrait s’interposer qui porterait atteinte à cette union. Tout sentiment de plénitude découle d’une immédiateté de la sensation sans médiation. Ici toute altérité ferait figure d’une singulière étrangeté. Seulement dans le silence de la solitude parle le signe de la beauté. Nous regardons et nous sommes. Solitude est libération, non aliénation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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