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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 08:53
Qu’est-il ici occulté

        Œuvre : Marcel Dupertuis

 

 

***

 

[Cette poésie se donne à comprendre

en tant que tentative orphique

de  saisie du Rien]

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

On interroge et cela se ferme

Cela résiste et se cabre

Cela se réfugie dans la pureté

Du non-dit

Cela oblitère le sens

 La logique s’insurge

 La raison vitupère

Le langage s’aphasie

Les mots se révulsent

Et ne connaissent plus la forme

De leur usage

 

*

 

La forme s’informe

Se déforme

Se réduit à l’informel

Pareil au cristal

Qui vibre de l’intérieur

Et ne livre du secret

De son chiffre

Qu’un insoutenable éclat

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

Il faut limiter la puissance des yeux

Il faut la fente de la myose

Juste un rai qui frappe la pupille

Un regard félin

 D’abord on voit une impossibilité

Que faire de cet affrontement

Qui ne soit jeu gratuit

Anneau girant sur lui-même

Enonciation vide

Chute

 

*

 

Ainsi se donne la folie

Qui mêle les formes

 Du réel

De l’imaginaire

 De Soi

Le dehors s’écoule

Dans le dedans

Le dedans plonge à même

Le dehors

Où la limite 

Où le moi en sa glaise durcie 

Où le réel en son silex tranchant 

Où la rencontre des deux

Où rugit le vent

De la démence

 

*

 

Le Rouge percute le Noir

Le Rouge expulse le Noir

Le Noir macule le Rouge

 Macula de la vision

Le Noir veut broyer le regard

L’aliéner dans sa plus profonde

Dimension

Car voir serait offenser

Ce qui toujours

Veut se dissimuler

Et pourtant se montre

Mais à bas bruit

Sous la ligne d’horizon

De la conscience

Sous les cils vibratiles

De l’esprit

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

Mais au juste faut-il VOIR 

Faut-il entendre

Faut-il même espérer

Il faut se faire anti-Rimbaud

Se faire NON-VOYANT

Glisser sous la lame du réel

Briser les mots du poème

Il faut se faire Matière

NOIRE

ROUGE

S’éprouver en tant que taches

Sur l’aire immense de la toile

Là où le combat a lieu

Noir blessé jusqu’au sang

Ecume rubescente

Qui emporte la nuit

Au plein de son incandescence

Forges qui hurlent

Les loups sont entrés dans Paris

Noires les croix

Rouges les plaies

 

*

 

Lumière haute dans le ciel

Incendie zénithal

Œil bouillant verse

Ses scories

Arène Noire

Noire de monde

Rouge de passion

Pouces baissés

Foule exulte

Poussière vole

Poitrines hurlent

Acier a frappé

Garrot mutilé

Fleuve de sang

Robe de suie

Nuit de mort

 

*

 

On regarde et on ne voit pas

 

De l’infime myose

Il faut basculer

A la vertigineuse mydriase

S’ouvrent les abîmes

Par où marcher

Sur le bord des choses

Au risque de les comprendre

Et d’en mourir

Jamais œuvre ne nous est donnée

D’emblée

Jamais Aimée remise

Dans son écrin

Jamais Art à portée

De la main

Apporter quelque chose

Au-dedans de soi

Dans la Vérité

Est entailler le derme

Y verser l’acide

De la question

Ouvrir les portes

De Corne et d’Ivoire

Au gré desquelles Nerval

Connut le songe

Et la Folie qui y était logée

Comme le ver dans le fruit

 

*

 

Du NOIR il faut faire

Quelque chose

Rime à l’Initiale seulement

Nuit

Néant

Nul

Négation

Il est du destin de [N] de Néantiser

D’énoncer le Non

D’ouvrir la Nasse

Par laquelle le Rien s’annoncera

A la finale

Ce [R] uvulaiRe

Rocailleux

EchaRde

Comme ultime décision

Du mot

Roc de Sisyphe en surplomb

De l’Être

 

*

 

Dans le NOIR

C’est la NUIT qui veille

Coefficient d’ombre

A jamais imprenable

Dans la NUIT gît le NU

Que l’I pointe

Que le T observe

Du haut de sa potence

Tel Villon pendu

Clamant son épitaphe

Aux Frères humains

 

*

 

NOIR-NUIT

Dans leur dénuement

Le plus tragique

S’immolent dans la rivière pourpre

Des passions

Aurores de feu et d’incarnat

Teintées du sang des victimes

Que nous dites-vous

Qu’on regarde et ne voit pas

L’amour en son éclat

L’art en sa cimaise

L’être en son énigme

 

*

 

Nous sommes si démunis

Et de crier

Du Rouge au Noir

Du désir au deuil

Nos lèvres sont lassées

Vienne l’heure de Minuit

L’heure de l’entre-deux

Encore temps pour nous

De demeurer à la limite

Du Noir Hadès

Du Rouge Enfer

Ils sont le même

Et nos mains ne griffent

Que le Rien

Le Rouge

Le Noir

Le Rien

 

*

 

Que pourraient-elles faire

D’autre

Que griffer

Et griffer encore

Muets sont les signes

Plurielles les lignes

Perdues les couleurs

En leur insondable

Douleur

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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