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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 08:00
L’être-scindé de la présence

                                                                          Instantané

                                                                          Papier A3

                                                                       Barbara Kroll

 

 

***

 

 

 

L’être-scindé de la présence

 

C’était là ton destin

La voie à toi seule offerte

Le pli du jour selon lequel

Tu serais au monde

Le ton fondamental

Qui imprimerait sur ton front

Les stigmates de l’exister

A ceci tu ne pouvais échapper

Pas plus que le nuage

Ne saurait s’exonérer du ciel

Ta pente déclive en quelque sorte

L’ornière qui guiderait tes pas

L’abîme au bout

Qui inévitablement

T’y attendrait

Avec le souffle ardent

Du Néant

 

*

 

Ceci qui ne pouvait être nommé

 

Le Néant

L’Être

La Nuit

L’Angoisse

 

Voici que cela te parlait

Avec la voix puissante

Des intimes convictions

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Néant avec ses longs couloirs vides

Avec ses portes qui battaient au vent

Avec ses portiques haut levés

Au sommet de nulle montagne

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Être avec l’épuisement de l’invisible

Avec ses cordes de cristal

Qui vibraient au diapason du Rien

Avec ses hautes tours ses beffrois ses barbacanes

Ses douves immenses perdues dans l’indicible brume

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Nuit avec ses cohortes d’ombres blanches

Avec l’œil pléthorique de la Lune qui saignait

Avec la lancinante musique des sphères

Avec les draps livides du rêve qui s’effilochaient

Au souffle empierré de la mémoire

 

Ceci était en toi gravé au feu

 

Angoisse avec ses bourgeons tubéreux

Avec ses marais glauques

Avec ses mangroves plantées de racines noires

Avec l’ensemencement dru de ses étiques palétuviers

 

 

 

Ceci qui ne pouvait être nommé

 

Etait le haut lieu de ta destination

L’incunable aux images perdues

Aux signes effacés

Le palimpseste méticuleux

Où se superposaient

Les échardes aiguës du souvenir

Les tessons des envies insatisfaites

Les angles contrariés des désirs

Les ombres mêlées des amours apatrides

Les aveux d’échecs aux dents muriatiques

 

*

 

 

L’être-scindé de la présence

 

Oui Être Scindé Présence

Car jamais ton être n’arrivait

Au lieu de son effectuation

Car ta présence à toi aux choses au monde

Etait marquée du sceau de la perte

Tout glissait tout fuyait tout s’écoulait

Par le trou d’une bonde

Avec son sifflement de vortex

Avec ses remous délétères

Avec ses sinistres confins

Qui disaient le haut poème

De la Finitude

Cette consolation in-humaine

Puisque survenant hors la conscience

 

*

 

Ceci qui pouvait être nommé

 

Le glaive translucide de ton corps

On aurait cru la lame du silex

La poussière de charbon de tes cheveux

La fenêtre de ton visage

On y voyait des reflets d’Infini

La faucille d’opale de ton cou

Quelle grâce fragile

Des doigts vengeurs

Y eussent apposé l’image de la Mort

En une unique pression

Bruit de cartilages rompus

Pareils à la chute des osselets

Sur un sol de ciment

Un avant-goût de la biffure terminale

Cet ossuaire en croix

Qui est l’empreinte définitive

De la condition existentielle

 

Ceci qui pouvait être nommé

 

L’attache ambiguë de tes épaules

Un rien les eût ôtées

De ta Babel de papier

Et le monticule de ta poitrine

Et la blessure étroite des aréoles

D’à peine sémaphores

Pour des yeux étrangers

D’étranges combustions

Nul ne s’y fût brûlé

Le feu était éteint

Et tes bras en équerre

Cette tenue à la limite de l’insecte

Une mante peut-être

Dans l’instant de la dévoration

Ou bien de l’auto-manducation

Autophagie au gré de laquelle

Tu semblais boulotter

Les maigres provendes

Qui t’avaient été allouées

Et l’absence de ton ombilic

Cette racine ce rhizome

Qui remontent à ton origine

Mais où encore les choses indécidées

Te laissaient libres de toi-même

Et les sarments de tes doigts

Cette Veuve Noire arc-boutée

Sur l’infernal lieu de plaisir

Ce rougeoiement

L’étouffes-tu ou bien le supplies-tu

De te porter à cette ignition

Qui dévore ton ventre

Ecartèle ton sexe

Te met en demeure d’exister

Dangereusement

Partout où il y a sexe

Il y a danger

De combustion

De prolifération

D’extinction

 

*

 

Sexe est lieu du Néant

Sexe est oubli de l’Être

Sexe est ouverture de la Nuit

Sexe est vrille de l’Angoisse

 

*

 

C’est ceci que nous dit

La vergeture cinglante de ton corps

La venue de la venaison

Où le profit des chairs

Appellera le gibet

Où la confusion des membres

Convoquera la potence

Car ici tout est démence

Etre-scindé de la présence

Voussure de la Raison

Pliure de l’âme

En sa dernière oraison

 

*

 

O Être de la Présence

Nous te voulons plein

Hors d’atteinte

Du Néant

De la Nuit

De l’Angoisse

Dans la juste demeure

Du jour

Nous te voulons

Afin qu’en toi

Quelque chose

De vrai se lève

Le Vide est si grand

Avec ses blanches allées

Longues

Vides

Longues

Vides

 

*

 

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