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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 09:18
Ce chemin dans la chair

                     Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Ce chemin dans la chair

Dont nous pensions

Qu’il nous sauverait de nous

Sans doute l’avions-nous

Trop emprunté

Au gré de nos passions

Au feu de nos instincts

Il était inscrit en nous

De toute éternité

Car nul n’échappe

 À la mesure humaine

De ses pas

 

*

 

De Toi tu n’avais emporté

Que le deuil de ta séparation

Pour Moi la solitude à jamais

Avec ses ailes de carton

 

*

 

Sur du mouvant

Nous nous étions assemblés

Telles les feuilles qui filent

Au ras de l’eau

 À leur perte prochaine

Nous étions deux courants

Que rien ne rapprocherait

Tu étais trop lointaine

J’étais bien trop en souci

De mon être

Qu’attend-on

Si ce n’est d’arriver à soi

D’y parvenir jamais

 

*

 

Nous étions pareils

A Simon du Désert

En proie au doute éternel

En quête d’absolu

J’errais parmi les dunes

Le silence était grand

L’ombre des barkhanes

Faisait ses sombres croissants

Au creux des nuits que ne visitaient

Ni Lune ni Etoiles

Ciel d’encre dans lequel

Nous dérivions

Orphelins de rêves

Erratiques figures

 

*

 

Le matin nous trouvait hagards

Les mains tournées au ciel

Les paumes ruisselantes de vide

Les doigts englués d’aube

Nous avions toutes les peines

A nous hisser hors le pli

De nos cauchemars

Chrysalides empêtrées

Dans cette soie qui aurait dû

Nous être douce

Elle n’était que parois

De notre commune geôle

Nous étions ermites

En nos blanches méditations

Nous étions ascètes

Perdus dans le labyrinthe

D’un morne ennui

Et le Diable soufflait

En nos âmes

La complainte du chagrin

 

*

 

Ce pays des Hauts Vents

Hors toute raison

Hors toute présence

Hameau déserté des Vivants

Nous l’avions choisi

D’un commun accord

Pensant que ce lieu vide

Serait le premier mot

D’une phrase que nous dirions

Le premier jour d’un poème

L’existence était en prose

Les heures de plomb

 

*

 

Nous passions un long temps

A regarder au travers des vitres

Que le dépoli froissait

Les troupeaux que conduisaient

Les bergers

Nous nous usions

A lire Cioran ou bien Unamuno

Le tragique ornait nos fronts

Les pleurs lissaient nos yeux

La mélancolie tissait nos âmes

Des fils infinis d’une invisible toile

 

*

 

Sans doute pour des Etrangers

Aurions-nous été transparents

Tels des phalènes au crépuscule

Qui meurent sans le savoir

Jour et nuit étaient du même goût

Une amande sans saveur

Habitait nos palais

Une amertume creusait

Son vertige

 

*

 

Parfois nous allions sur ces collines

Teintées d’argile claire

Sur ces crêtes prises de vent

Que n’habitaient que

De maigres genévriers

Que ne troublait

Que le vol des sauterelles

 

*

 

Parfois le calvaire de fer

Tout en haut de son pain de sucre

Nous voyait corps unis

Corps soudés

Il était le météore

Auquel nous confiions

La juste mesure

De notre égarement

La Mer tout au loin

Se laissait apercevoir

Dans un moutonnement bleu

Qui ne manquait de nous étonner

Existait-il encore quelque chose

Qui eût du sens en quelque endroit

Du Monde

Quelque chose qui proférât

En dehors d’une affliction originelle

 

*

 

Ce chemin dans la chair

Que nous avions inclus

Dans la dague ouverte

De nos corps

Cette  chair repue

Aurait-elle connu

L’instant d’une courte extase

L’éclair d’un possible bonheur

Mais après ces brèves étreintes

Qu’en était-il

De nos vies qui ne soit inutile

La chair est triste hélas

Et j’ai lu tous les livres

disait le Poète Mallarmé

Fuir  là-bas fuir

 

*

 

Que fuir sinon son être

Qui est toujours en avant de soi

En arrière de soi

Il est si difficile

De coïncider

Avec soi

De faire unité

Avec sa propre chair

De demeurer

Dans la brume infinie

Qui nous fige

Ici

Et nulle part

Ailleurs

 

*

 

D’un chemin hors la chair

Nous exilant

De nos tourments

Serions-nous à nous-mêmes

Advenus

Rien n’était moins sûr

Jamais les Hauts Vents

Ne cessaient de souffler

Ici

Dans la courbure

Du jour

Jamais

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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